lundi 12 novembre 2012

Jean Giraudoux et l’Antiquité

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Le jeudi 25 octobre la Section orléanaise de l’Association Guillaume Budé avait invité
Mauricette BERNE et Guy TEISSIER
pour parler de :
JEAN GIRAUDOUX ET L’ANTIQUITE

Mauricette BERNE, conservateur honoraire des Bibliothèques, spécialiste du fonds Giraudoux à la BNF est Présidente de la fondation Jean et Jean-Pierre Giraudoux ; Guy TEISSIER, professeur honoraire à l’Université Descartes de Tours a collaboré à l’édition des œuvres de Giraudoux dans la collection de la Pléiade ; de plus ils ont écrit ensemble un livre remarqué Les vies multiples de Jean Giraudoux paru en novembre 2010 aux éditions Grasset : pouvait-on trouver guides plus sûrs pour nous accompagner dans l’univers giralducien ?

Nous avons suivi dans un premier temps l’itinéraire du jeune  lycéen celui qui  a pour double le héros de Simon le Pathétique dont l’innutrition (pour reprendre le terme que Faguet appliquait à Du Bellay et à Ronsard) par la culture antique a commencé dès la classe de cinquième avec une composition française intitulée “le gladiateur mourant” ; un peu plus tard, en classe d’humanités, il écrit des variations sur Plutarque; en rhétorique, il s’exerce à imiter un dialogue de Platon. A sa sortie de la rue d’Ulm, il déclarera avec un peu d’exagération que l’Université ne lui avait appris que le pastiche.  En réalité, Giraudoux,  comme les grands musiciens, se plaît à multiplier les variations sur les œuvres majeures, à commencer par les récits homériques. Ainsi du Chant X de l’Odyssée, il ne retient qu’un personnage épisodique, effacé, couard, et qui, dans son ivresse, se tue en tombant de la terrasse du temple de Circé : c’est Elpénor, héros ou plutôt anti-héros du roman éponyme, dont la première rédaction date de 1919, version burlesque de l’épopée. Plus tard il l’enrichira, par exemple en inventant  de nouveaux épisodes, comme ce concours de poésie où Elpénor gagne contre Apollon, mais heureusement sans subir le destin tragique de Marsyas.

Giraudoux est alors parvenu à dépasser le jeu du pastiche et de la parodie ; il peut se mesurer aux grands mythes ; mais c’est au théâtre qu’il va les retrouver, et notamment grâce à sa rencontre avec Louis Jouvet en 1927, lequel va mettre en scène l’année suivante Siegfried et le Limousin. Un succès immédiat l’encourage dans cette voie, et, retrouvant son monde antique, il donne, entre 1929 et 1937, trois “grands classiques” ; d’abord une comédie  sur les amours de Jupiter et d’Alcmène, à la suite de Plaute, de Moliére, de Kleist et de 37 autres (paraît-il) : c’est Amphitryon 38. M. Berne et G. Teissier ont pris le soin de démonter le mécanisme subtil de cette fable “qui joue avec les identités” et de souligner les facettes différentes de cette pièce qui peut, comme au deuxième acte, friser le vaudeville, ou conduire le spectateur à une réflexion philosophique sur la liberté humaine. Le ton est encore plus grave dans La guerre de Troie n’aura pas lieu dont la première représentation a lieu le 22 novembre 1935, en pleine crise internationale, au milieu des rumeurs les plus alarmistes. L’auteur a pris ses personnages dans Homère, mais pour ainsi dire dans leur intimité, “avant qu’ils n’entrent dans la légende”, et, surtout, ils se sont enrichis de l’actualité : en face du belliciste Démokos / Déroulède, Hector est un combattant qui revient de la Guerre de 14. Et son Discours aux morts “est une Prière sur l’Acropole à la mesure de notre temps et de notre inquiétude”, selon le mot si pertinent de Colette. Il est hors de doute que Giraudoux a souhaité donner, à sa manière, un avertissement à ses contemporains. Dans sa troisième pièce “à l’antique” Electre, il entre directement en concurrence avec les tragiques grecs. Il va “épousseter le buste de l’héroïne et placer le mythe dans une lumière contemporaine en lui donnant la démarche d’une enquête policière, voire psychanalytique”. Il imagine des personnages, comme le Président et sa frivole épouse Agathe Théocatoclès, le chœur des trois Euménides, d’abord petites filles et qui grandissent de scène en scène, le Mendiant, spectateur et commentateur des événements, tandis qu’il emprunte la figure du Jardinier à Euripide ; en même temps il remodèle la psychologie des acteurs du drame antique. En quelque sorte Giraudoux a réinventé à sa manière la tragédie, même si certains critiques de l’époque lui ont reproché de prendre trop de libertés.


Mauricette Berne et Guy Teissier ont évoqué ensuite la “veine romaine” de l’auteur. En 1937, alors qu’il met en chantier l’impromptu de Paris, Giraudoux envoie à Jouvet le projet d’une pièce politique qui s’intitulerait Caïus ou Les Gracques, librement inspirée de Plutarque. Ce projet, qu’il reprend en 1939, restera cependant sans suite, mais dès 1942, entreprend une pièce sur l’histoire de Lucrèce et des Tarquins qui deviendra Pour Lucrèce, où il malmène la tradition, prenant le contre-pied du Viol de Lucrèce d’André Obey. C’est seulement en 1953 que cette œuvre de Giraudoux sera jouée grâce à J.-L. Barrault. Et toujours en pleine occupation, alors qu’il fait ses débuts de dialoguiste au cinéma, il écrit L’Apollon de Marsac vite rebaptisé en l’honneur de son pays natal, L’Apollon de Bellac : un lever de rideau plein de charme et d’imprévu qui n’est pas sans rappeler la verve et la fantaisie d’Intermezzo.

Disons pour conclure, en suivant nos guides attentifs, que Giraudoux, à partir de l’obscur Elpénor, a jalonné toute son œuvre théâtrale de personnages empruntés à l’histoire ou aux mythes antiques qu’il a remodelés, enrichis, en montrant leur complexité. Et surtout il a su leur insuffler ce qui manque trop souvent à la scène un langage poétique inimitable.
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lundi 15 octobre 2012

Quand les murs racontent : LES PAPIERS PEINTS DE JOSEPH DUFOUR et l’invention d’un genre décoratif



Le mardi 25 septembre a eu lieu la Séance de rentrée de la Section orléanaise de l’Association Guillaume-Budé et qui a débuté par le traditionnel propos de notre Président.

Alain MALISSARD a fait d’abord un rapide compte-rendu de l’Assemblée Générale de l’Association qui a eu lieu à Paris au mois de juin dernier, ensuite le bilan de la saison passée, saison plutôt riche avec neuf conférences, dont six sur des sujets en rapport avec l’Antiquité, trois sorties théâtrales à Paris ( dont celle au Théâtre des Amandiers où une mise en scène  décapante  a revisité à la suite trois pièces de Sophocle: Les Trachiniennes, Antigone, Electre) et, au mois de juin dernier, la sortie littéraire de 3 jours dans le Bordelais avec “les 3 M”, Montaigne , Montesquieu et Mauriac, sortie qui a connu un franc succès. Après quoi il a brossé à grands traits le programme de la Saison 12/13 sous le signe de la diversité, où le théâtre sera encore largement représenté avec Giraudoux, Jean Vilar...et Molière, puisque, dans le cadre de notre partenariat avec le CDN, avant la représentation de Georges Dandin, Patrick Dandrey, professeur en Sorbonne, parlera du “Secret d’une comédie grinçante”.

Le sujet de la conférence qui a suivi : 
“Quand les murs racontent :
LES PAPIERS PEINTS DE JOSEPH DUFOUR
et l’invention d’un genre décoratif”
par Georgette PASTIAUX-THIRIAT  et Jean PASTIAUX
professeurs de Lettres
était pour le moins original, voire insolite, car on a peu l’habitude d’associer le nom d’un créateur aux revêtements de nos murs. Le papier peint- qui en réalité n’est jamais peint, mais imprimé à la planche a commencé à se répandre en Europe vers la fin du XVIIIe siècle, en même temps qu’ont progressé les techniques ainsi que le goût du bien-être, à l’époque des grands entrepreneurs comme J.H. Dollfus ou Oberkampf, pour ne citer que des noms célèbres. Or il y en a eu d’autres, sans doute plus modestes, et qui méritaient d’être réhabilités ;  c’est le cas de Joseph Dufour et s’il est aujourd’hui un peu mieux connu, c’est  grâce à G. et J. Pastiaux, qui s’intéressent à lui depuis 20 ans, ont créé un Centre de documentation et animé un Colloque en mai 2009 — avant de diriger un ouvrage collectif dans leur terre d’élection du Mâconnais : le village de Tramayes, chef-lieu d’un canton de Saône-et-Loire, non loin de Cluny et près du Saint-Point lamartinien.

G. Pastiaux retrace l’itinéraire de ce Louis-Joseph Dufour, né  en 1754 dans ce bourg agricole, fils d’un charpentier, orphelin de bonne heure, placé chez un oncle boulanger à Beaujeu, puis chez des officiers de justice — huissiers et greffiers où il fait son éducation “sur le tas” et, au moment de s’engager dans l’armée, a la chance d’entrer à l’Ecole royale de dessin de Lyon ;  ses dons artistiques vont sans doute se révéler dans  son futur métier de dessinateur en soieries. Mais au sortir de l’Ecole, en 1786, trois jeunes fils de famille fortunés lui proposent d’entrer dans une association en vue de fonder une  manufacture de  papiers peints, à l’instar de la mode anglaise. Ce projet a failli être ruiné par la Révolution, d’autant plus que J. Dufour, jacobin militant et franc maçon, a quelques ambitions politiques ; en effet en 93 il est commissaire, puis en 94 président de District à Lyon. Il échappera à l’épuration de 95, fort heureusement protégé par le député Jacques Reverchon, négociant en vins, qui lui proposera en 97 d’installer sa manufacture dans ses entrepôts de Mâcon, encouragé par le maire de l’époque, Jean-Adrien Bigonnet  soucieux de développer l’industrie et le commerce dans sa ville. Et, chance supplémentaire ! il épouse une jeune veuve, Joséphine Farge, fille de soyeux lyonnais qui lui apporte une jolie dot, ce qui lui permet de se lancer dans la réalisation des “tableaux-paysages” ou “panoramiques” qui feront sa notoriété.

En 1807 Joseph Dufour s’installe à Paris, au faubourg  Saint-Antoine, ”haut-lieu de la production artisanale et manufacturière de l’Ancien Régime”; le succès est immédiat et l’ascension rapide.  La Maison — devenue Dufour-Leroy en 1821   a acquis, à la mort de son fondateur, une renommée internationale ; elle exporte même au Nouveau-Monde.

De toute évidence, nous attendions des exemples et des illustrations ; ce fut l’objet de la dernière partie. Joseph Dufour  s’était rendu célèbre dès 1804 par le panoramique intitulé “Les Sauvages de la mer Pacifique” d’après un dessin de Jean-Gabriel Charvet inspiré par le troisième voyage du Capitaine Cook (que l’on peut voir au Musée des Ursulines à Mâcon) : une nature paradisiaque servant de décor à des créatures exotiques, heureuses et pacifiques... Les sujets antiques - chers au style Empire, comme Psyché et Cupidon (en réalité d’après un conte de La Fontaine avec des dessins de Gérard) constituent une autre veine; les grandes œuvres romanesques à succès ont  également inspiré Dufour qui avait des intentions esthétiques et morales affichées : Paul et Virginie, les Aventures de Télémaque et ce roman fleuve  de 1798 écrit par un  certain E. F. Lantier Les Voyages d’Anténor en Grèce et en Asie dont une scène de festin (faussement attribuée par Balzac au Télémaque) excitait la verve des convives de la Pension Vauquer.


Les Sauvages de la mer Pacifique

Une chose est sûre, c’est que le choix opéré par l’inventeur du panoramique reflétait le goût du public, et les œuvres littéraires évoquées faisaient partie de la culture de l’époque ; le papier peint pouvait sans conteste rivaliser avec les autres formes d’art. Et ce Joseph Dufour qui a été révélé grâce à la passion (et au talent) de Georgette et Jean Pastiaux restera un remarquable témoin de son temps ; de plus il a ouvert la voie à tout un style de décoration dont  nous reconnaissons encore aujourd’hui les qualités esthétiques.

samedi 29 septembre 2012

La Mouette de Tchekhov mise en scène par Arthur Nauzyciel



La représentation de "La Mouette" de Tchekhov, mise en scène par Arthur Nauzyciel, que nous avons vue grâce au "Pass Budé" a provoqué chez les Budistes, et aussi les autres spectateurs venus nombreux, des réactions diverses allant de la fuite discrète à l'entracte jusqu'à l'enthousiasme.
Pour essayer de mieux cerner le sens de la mise en scène d'Arthur Nauzyciel, deux sites me semblent apporter quelques éclaircissements :

Un entretien du metteur en scène avec Jean-François Perrier réalisé  peu avant la représentation : c'est ici. Il y expose sa conception du théâtre, sa façon de travailler avec les acteurs et ce qu'il a voulu mettre en valeur dans "La Mouette" présentée au festival d'Avignon.

Une courte vidéo avec le chorégraphe lors des répétitions : c'est là

Personnellement, je n'ai pas été convaincu par la mise en scène de Nauzyciel que j'ai trouvée grandiloquente à force de vouloir faire passer des messages sur la mission de  l'artiste et la nécessité d'un renouvellement des formes traditionnelles du théâtre, éléments retenus comme fondamentaux par le metteur en scène ainsi qu'il l'explique dans son interview. Ni les ballets, ni la musique auxquels Nauzyciel attache une importance extrême (recherche d'un spectacle global ?) ne m'ont paru apporter "un plus" à la pièce. Le ton déclamatoire et les déplacements des  acteurs m'ont semblé se faire aux dépens de l'expression des sentiments et de la psychologie des personnages.

Après toutes ces critiques, un point positif : la diction très claire et , au moins de ma place, parfaitement audible des acteurs, m'a permis de savourer la beauté de certains passages du texte.  

Pour conclure, je dois avouer que cette mise en scène qui bouscule quelque peu l'idée traditionnelle que j'avais du théâtre de Tchekhov, m'a conduit à approfondir cette oeuvre, dont je n'ai d'ailleurs qu'une connaissance très limitée. Rien que pour cette remise en question, je ne regrette pas cette soirée.

Le débat est ouvert.

Claude Alsac

dimanche 17 juin 2012

Sortie littéraire : trois jours de promenades dans le bordelais littéraire (12-14 juin 2012)


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Mardi 12 juin 2012peu après l'aube (6 h 30) une petite quarantaine de budistes se trouve rassemblée en gare d'Orléans. Embarquement ferroviaire ! 7 h 10 : nous mettons le cap sur Tours. À Saint Pierre-des-Corps, bref contact avec le quai, le temps d'emprunter notre TGV ; une fois installés, nous nous laissons glisser dans une douce somnolence avant de rejoindre Bordeaux, la cité des trois M : Montaigne, Montesquieu et Mauriac. Nous pénétrons bien avant midi dans la gare Saint Jean. Notre chauffeur Thierry, au volant de son car Richard nous attend. Il nous conduira pendant deux jours avec dextérité, nous faisant profiter de ses connaissances du milieu viticole avec une bonne humeur communicative.
Présentation de l'excursion par Alain Malissard

Gérard Lauvergeon, en géographe averti, déchiffre la région de l'Entre-deux-mers : Garonne et Dordogne, prenant appui sur les vues qui défilent à travers les vitres de notre car. 

André Lingois — notable amateur de Bourgogne — nous parle des vignobles qui tapissent les coteaux  bordelais aux douces ondulations.

Nous voici à Saint-Émilion : après avoir salué un grand pan de mur, vestige d'un couvent dominicain du XIIe siècle, nous nous arrêtons face à l'hôtel du Palais Cardinal où nous allons déjeuner ; halte réparatrice qui nous fait découvrir, de belle manière, la gastronomie régionale.

Nous partons ensuite à la découverte de ce bourg, symbole des vins de la région bordelaise. La vue sur les toits de briques rondes en amphithéâtre nous enchante. Arrêt sur image : Le cloître de la collégiale Saint-Émilion, dont la partie romaine nous séduit puis un autre cloître curieusement transformé en café champêtre. Nous n'avons pu voir l'église monolithe car le temps nous était compté. Avant de regagner le car nous admirons l'équilibre des pans encore debout de l'église des Dominicains.

Ayant rejoint notre car, nous écoutons André Lingois reprend sa présentation des vignes et du vin bordelais. Ensuite Marie-Hélène Viviani nous donne des indications biographiques sur Michel Eyquem de Montaigne, puis Gérard reprend la parole lorsque nous traversons Castillon la Bataille pour évoquer de la bataille qui a conclu la guerre de Cent ans en 1453.



Nous voici au château de Montaigne, guidés par une ravissante jeune femme qui nous promène dans le domaine du conseiller au parlement de Bordeaux. Entraînés par son accent chantant nous pénétrons dans la chapelle au bas de sa tour. L'abside est ornée d'une peinture murale représentant l'archange Saint Michel, patron de l'écrivain. L'étage suivant nous mène à sa chambre peu meublée : un lit à baldaquin fait face à la cheminée ; placé dans un angle nous contemplons une copie d'un buste de l'ancien seigneur des lieux. Au même étage, se trouve une petite pièce qui fut la garde-robe : de la fenêtre nous apercevons la tour de madame Montaigne un peu moins élevée que celle de son époux. 

Au troisième étage nous parvenons à la bibliothèque de l'auteur des Essais. C'est une très belle pièce, lumineuse, sans cheminée afin de prévenir les incendies destructeurs de livres. Sur les poutres, des sentences d'auteurs latins et grecs nous rappellent les affinités électives qui ont nourri l'œuvre de Montaigne.

Aucun livre n'est visible car sa fille Léonore les a tous dispersés afin que Marie de Gournay, amie érudite de Montaigne n'en bénéficie pas. Accrochée au mur figure une gravure du château tel qu'il était du vivant de Montaigne. Nous nous intéressons particulièrement au dessin représentant la bibliothèque installée par l'écrivain pour y recevoir les milliers de livres qui lui légua son ami Étinne de la Boétie. Sur une table-bureau, une page de manuscrit nous montre les innombrables rajouts écrits par son secrétaire
Château de Montaigne

À l'issue d'une dégustation du Bergerac — Château Michel de Montaigne — Marie-Hélène lit sur le perron de la maison vigneronne quelques pages des Essais de Montaigne.

Notre chauffeur nous dépose en fin d'après-midi au Novotel Meriadeck, proche du centre historique de Bordeaux. Nous y dinerons avant d'aller dormir comme des bienheureux.

Mercredi 13 mai, les demeures de Montesquieu et de Mauriac sont au programme…

vendredi 1 juin 2012

« Printemps arabe (s) : Les changements mènent-ils au…changement ? »



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Samedi 2 juin 2012 à 15 heures, dans la salle « Délicat & Scène » du Cinéma Les Carmes à Orléans aura lieu une conférence :

« Printemps arabe (s) : Les changements mènent-ils au… changement ? »

par le Dr Abdelkader ABID, cardiologue et facilitateur méthodologique.

Questionnement :
     Acteurs réels des printemps arabes et notamment la jeunesse encore dans l’attente d’un changement sociétal réel : politique et/ou institutionnel, économique et social ?
     Les changements constatés ont-ils impactés la société civile et le rapport des forces sociales issues des premières élections « libres, honnêtes et pluraliste » ?
     Peut-on répondre à ces questions et tracer des perspectives en identifiant les acteurs et leur rôle dans la conduite du processus de changement : élites intellectuelles, politiques, militaires, religieuses ? 

Organisation :
- Association de solidarité Loiret Algérie (ASLA), en partenariat avec
- La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et 
- Les Amis du Monde diplomatique (AMD) 

Libre participation aux frais
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mardi 29 mai 2012

Le Mythe de Salomé ou les rêves d'Orient

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Jeudi 10 mai, dans un lieu inhabituel : la Salle du Kid au Carré Saint-Vincent — avant la représentation de la pièce d’Oscar Wilde au Théâtre dans une mise en scène de Jérémie Le Louet, présentée par l’ATAO :

Yasmin  HOFFMANN professeur d’allemand à l’Université d’Orléans
a prononcé une conférence sur:
LE MYTHE DE SALOME OU LES RÊVES D’ORIENT

D’emblée, le public  s’est imprégné du climat intellectuel qui régnait à la fin du XIX° siècle à Londres — et de là dans une grande partie de l’Europe — hostile à la vulgarité bourgeoise et au progrès industriel, recherchant les frissons, les séductions de la volupté et de l’érotisme dans une Antiquité exotique comme remède à l’ennui. D’où la floraison de ces deux créatures d’un Orient à la fois sacralisé et reconstitué, Hérodiade (la mère) et Salomé (la fille) souvent confondues dès les temps anciens, puisque cette confusion remonte au récit de Saint Isidore de Péluse, un moine du V° siècle.

Dans la pièce d’Oscar Wilde, écrite à Paris en 1893 et en français (l’auteur rédigea l’année suivante une version en anglais), Salomé, personnage-clef,  apparaît comme une synthèse de toute une tradition picturale et des créations contemporaines de l’époque, mais surtout elle incarne la femme fatale, lascive et ensorceleuse, dont la “danse des sept voiles” — imaginée par notre génial dandy (et que Flaubert avait entrevu sur un  tympan de la cathédrale de Rouen) — a suscité de nombreux fantasmes, au point de devenir le type même du ”mythe qui ne pouvait que ravir la bonne société européenne.” Salomé a tourné la tête de son beau-père, Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, personnage veule, réduit à “une marionnette qui a peur des rumeurs, peur des Romains, peur de son ombre, peur des ombres et peur des fantômes — ceux des Innocents que son père a fait massacrer.”

Cela dit, Oscar Wilde  s’attache surtout au caractère scandaleux de la fille d’Hérodiade, toute à la manifestation de son désir et de sa jouissance , dont le paroxysme est atteint dans la scène où elle baise la bouche de Jean-Baptiste décapité et sanguinolent. Y. Hoffmann nous a lu cette scène à peine soutenable, mais transfigurée par un bel élan lyrique, où Salomé crie à la fois sa vengeance de princesse dédaignée, son amour et son désir: “j’ai baisé ta bouche, Ioakanann et  sur tes lèvres j’ai senti l’âcre saveur de l’amour.” Une telle jouissance solitaire relève d’une démesure inacceptable qui ne peut trouver son accomplissement que dans la mort…

Y. Hoffmann attire ensuite notre attention sur l’importance du regard dans cette tragédie, en rapport avec le dispositif scénique : la grande terrasse du palais d’Hérode, avec d’un côté une ouverture sur la salle du banquet , de l’autre une échappée sur la citadelle, offre un double éclairage sur Salomé. A l’extérieur, celle-ci est vue par le jeune capitaine des gardes (appelé Narraboth  dans le drame lyrique que Richard Strauss adapta en 1905 de la pièce d’Oscar Wilde — et dont nous avons entendu un magnifique extrait) à la fois comme idéalisée et désirée, tandis qu’à l’intérieur, elle est “déshabillée par le regard concupiscent d’Hérode” et devient en quelque sorte “un corps réduit au regard”. On peut dire que l’action dramatique progresse sous les effets produits par les différents regards, et, dans ce jeu de miroirs déformants, “dans cette ronde de craintes et de désirs qui font tourner les personnages en rond autour d’eux-mêmes, la pièce avance, inexorablement, vers son destin”. 

Comme il m’est difficile de rendre la richesse et la profondeur de l’analyse de la dernière partie de la conférence, je me contenterai, en guise de conclusion, de laisser la parole à Y. Hoffmann :
“La Salomé d’Oscar Wilde est une héroïne de l’aube du XX°siècle, comme la Loulou de Pabst ou la Mélisande de Maeterlinck.. Elle a cristallisé tous les thèmes qui ont servi d’exutoire à la bonne société désireuse d’échapper à l’ordre moral : le goût du pouvoir, la jouissance, la cruauté, le jeu, le désir morbide ou le couple : Éros / Thanatos…
C’est un continent noir auquel le monde européen s’éveille, entre Paris, Londres et Vienne…” 
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mardi 8 mai 2012

Deux orléanais du XVIe siècle admirateurs de l'Italie, Germain Audebert et son fils Nicolas

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Même s'ils ont donné son nom à une "allée" du quartier gare, les Orléanais ont bien oublié ce GERMAIN AUDEBERT qui fut, au XVIe siècle, un modeste "président en l'Election d'Orléans", mais qui a pu accéder aux plus grands honneurs parce que, ayant séjourné pendant dix ans en Italie, il avait fait passer son amour pour ce pays dans des poèmes en latin célébrant les quatre grandes villes italiennes. Et la qualité littéraire de ces poèmes lui a valu de figurer, au siècle suivant, parmi "les hommes illustres qui ont fleuri dans la profession des lettres".

Quant à son fils NICOLAS AUDEBERT, qui a parcouru l'Italie dans les années 1574-1577, il en a rapporté un Journal de voyage qui vaut bien celui de Montaigne, ainsi qu'une masse d'Observations que le grand géographe du XVIIe siècle Pierre Duval a cru utile de publier à la suite de son propre ouvrage sur l'Italie.

Ces deux Orléanais seront évoqués, dans le cadre des conférences de l'ACORFI, par Jean NIVETprofesseur de Lettres, vice-président de la section orléanaise Guillaume-Budé, mardi prochain 15 mai 2012 à la Maison des associations d'Orléans (18 heures - salle Érasme).
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