mardi 29 septembre 2015

Quelques réflexions sur "Je cherche l'Italie" de Yannick Haenel

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Lors dans la dernière "conférence" de l'association Guillaume-Budé, nous avons pu rencontrer le romancier Yannick Haenel, et nous avons découvert avec quelque surprise un homme  assez différent du "nihiliste" que nous imaginions, co-fondateur, avec Meyronnis, de la revue Ligne de Risque et auteur de quatre romans, qu'on a tendance à lire comme des autofictions, centrés sur le personnage de Jean Deichel, ce garçon qui, en haine de la société, a choisi de vivre en marge pour se livrer à la quête de jouissances et, si possible, d'extases.

En effet, dans Introduction à la mort française (2001), Jean Deichel dit l'impression qu'il a de vivre dans une France abjecte, une France vivant sur le pourrissement de sa culpabilité historique, une France dont les écrivains sont tenus dans une sorte d'hébétude, soucieux de produire surtout des livres qui se vendent bien. S'isolant d'une société considérée comme mortifère, Deichel survit grâce à l'écriture libre, grâce aussi au contact avec la beauté pure, par exemple dans la lumière des vitraux de la Sainte-Chapelle.

Dans Évoluer parmi les avalanches (2003), animé du même nihilisme, il expérimente un mode de vie fondé sur la recherche de la solitude et la quête de la jouissance, celle, par exemple, que peut donner la contemplation de la tapisserie dite la Dame à la Licorne. Il lit beaucoup et il écrit, ayant l'ambition, en littérature, d'inventer quelque chose qui ne soit pas "le négatif charbonneux des phrases françaises".

Dans Cercle (2007), le même Jean Deichel a, plus encore que dans les romans précédents, conscience de vivre dans un monde qui se décompose, un monde dans lequel "tout doit disparaître" (comme les disent les slogans utilisés lors des soldes par les Galeries Lafayette). Il décide donc d'abord de couper tout lien avec la société, de ne plus exercer une profession. Son but, désormais, est de chercher des occasions d'éprouver "la sensation de l'existence absolue", sensation qu'il connaît, à Paris, en pissant sur une fougère ou, en avril en Pologne, en se masturbant sur un buisson en fleurs. Souffrant de recto-colite hémorragique, souvent ivre et drogué, copulant avec toutes les femmes qui s'offrent à lui (éventuellement sur une tombe du Père-Lachaise), il finit par quitter Paris pour aller à Berlin, où, vivant un véritable enfer au milieu de drogués et de squatters, il sombre dans la folie. Pourtant il persiste dans son refus d’une vie "normale", une de ces vies vécues d’avance, "qui s’exténuent dans la rengaine, avec ce qu’il faut de vice pour supporter la nullité". Toutefois, à Varsovie, après avoir fait l'épreuve de l'invivable contemporain, il parvient à réenchanter le monde par l'opération érotique des phrases. Et il y retrouve une danseuse qu'il a connue à Paris, laquelle, à la fin, lui accorde un "oui" plein de promesses.

Dans les Renards pâles (2013), on retrouve Jean Deichel vivant dans Paris en marginal désoeuvré, n'ayant que sa voiture pour domicile. C'est qu'il considère (comme Meyronnis) que le travail ruine l'existence de ceux qui s'y soumettent dans le seul but de faire du profit. Il estime, en conséquence, que la dernière liberté qui nous reste ne peut se trouver que dans la solitude et dans les interstices d’une société de plus en plus contrôlée. Sa logique le pousse jusqu'au refus d’avoir une identité : brûler ses papiers, c’est devenir libre. D'ailleurs bien des signes laissent pressentir la fin violente de cette société qui pourrit dans ses injustices, qui se consume dans son chaos. Les exclus, les sans-papiers, les "renards pâles" sont de plus en plus visibles, et même au bord de la révolte,  dans une société qui les considère comme des hommes "en trop", les déchets de la société planétaire.

Cette vision très sombre, ce pessimisme, ce nihilisme du co-fondateur de la revue Ligne de risque se retrouvent dans Je cherche l'Italie (2015). Dans ce "récit", Yannick Haenel abandonne l'autofiction – comme il l'avait déjà fait dans Le Sens du calme (2011) – pour relater ses propres expériences. Pourtant on y retrouve, attribuable à l'auteur lui-même, le nihilisme de Jean Deichel. Yannick Haenel, à qui l’on demandait, à propos de Cercle, quels étaient les rapports entre l’auteur et son personnage, n’a-t-il pas répondu : "Faulkner a écrit : Un livre est la vie secrète de l’écrivain, son jumeau noir. Jean Deichel, c’est moi — en mieux, et en pire." ?

C'est une crise personnelle qui semble avoir poussé Yannick Haenel à revenir en Italie (après son séjour à la villa Médicis) et à s'installer  à Florence, où l'abondance des œuvres d'art devrait lui permettre de vivre ces  instants où le temps se met à glisser hors de lui-même, où l'existence prend la forme d'une extase.

Malheureusement, dès le début de son séjour, ce sont plutôt des signes négatifs qu'il perçoit : à côté de la beauté des églises, des fresques, des sculptures, la laideur des soirées bunga-bunga de Berlusconi ; à côté du palais de Laurent le Magnifique, un pauvre immigré sénégalais vendeur de pacotille ; et même, au lieu de la lumière bleue et dorée attendue, un ciel gris et la pluie. Il n’en faut pas plus pour que revienne à l’esprit de Yannik Haenel ce qui hantait la conscience de Jean Deichel : l’horreur de ce monde que le capitalisme a généré, avec ses politiciens qui méritent le terme de "fripouilles désemparées" dont les avait affublés Georges Bataille, avec la faillite des démocraties parlementaires, mais sans la moindre espérance révolutionnaire. Finalement, les critiques contre la France que l'on trouvait dans Introduction à la mort française s'appliquent aussi bien à l'Italie, où la politique se confond avec les agissements criminels de la mafia, où l’on assiste à la dévastation politique et culturelle du pays.

Selon Yannick Haenel, la société vampirise chacun de nous, ronge jusqu’au plus intime de nos vie, de nos pensées, de notre érotisme. Les hommes se laissent formater, opprimer, assujettir, conditionner, faisant preuve d’une "passivité gueularde" désespérante. Victimes des flux d’information, ils fraternisent dans l’inessentiel. L’excédent culturel les intoxique et les amène à une sorte de jouissance rassasiée. "L’incubation noire du nihilisme touche la planète entière" et, dans un ravage général, le monde qui s’effondre est un cauchemar global.

Accablé par ce nihilisme qui rappelle  Nietzsche ou Heidegger, Yannik Haenel se demande toutefois, avec plus de vigueur que dans ses précédents ouvrages,  s’il est possible de traverser l’intolérable pour retrouver, par delà la mort du politique, la possibilité d’une espérance. Il cherche comment résister, comment faire en sorte que la société n’ait pas de prise sur lui, comment se dégager des conditionnements. Sans doute sous l'influence de Philippe Sollers, il va donc décrire la "guerre" de l'individu créatif qui est à la recherche d'un certain bonheur face à une société improductive, falsificatrice et répressive.

Le premier moyen est  l'écriture, conçue comme un moyen de s’abstraire de ce monde décidément "invivable" et comme un moyen d’accès au "sacré". Yannick Haenel, qui ne se sépare jamais d'un petit cahier d'écolier, ne cesse de noter des phrases, en espérant que certains mots "ouvriront les portes". Toutefois, parce que l'auteur semble accueillir un peu trop facilement toutes les phrases qui lui viennent à l'esprit, le lecteur, parfois, pense à ce que Cioran disait de Maurice Blanchot : "Le livre est admirablement écrit, chaque phrase est splendide en elle-même, mais ne signifie rien. Il n’y a pas de sens qui vous accroche, qui vous arrête. Il n’y a que des mots."

Il reste que l'omniprésence de l'art en Italie doit rendre plus facile la quête d'expériences spirituelles, d'éblouissements, d'illuminations, de moments d'extase. C'est alors que Yannick Haenel finit par trouver cette Italie à la recherche de laquelle, comme l'Énée antique, il était parti. Il la trouve à Florence devant la porte du Baptistère, devant la fresque du Déluge de Paolo Uccello ou devant l'Annonciation de Fra Angelico. Il la trouve aussi près du lac de Némi avec son ancien culte de Diane, au sanctuaire de la Verna avec le souvenir de François d'Assise, au castel del Monte avec son curieux symbolisme.

Finalement, de même que le dernier panneau sur la "porte du Paradis" du Baptistère de Florence  exalte l’amour de Salomon pour la reine de Saba, de même l’ultime "révélation" que reçoit Yannik Haenel est celle de la puissance de l’amour par lequel on est rendu à l’univers et accordé à la convulsion des planètes. Le baiser d’une japonaise, convoquant tous les baisers de sa vie amoureuse, le plonge dans un monde de jouissances, dans une extase qui correspond à l’éveil spirituel que le bouddhisme zen appelle le satori.

Telle est donc la découverte qui mettra fin à la "crise" qui a conduit Yannik Haenel en Italie. Cette découverte est qu'il faut vivre selon la lumière intense que transmet l’amour, particulièrement dans cette "prairie amoureuse" qu’est l’Italie (les ancêtres des Italiens l’avaient dit d’une manière plus directe en écrivant, à côté de l’image d’un phallus, "hic habitat felicitas").

Yannick Haenel est donc l'un de ces artistes que Philippe Sollers présente comme des "exceptions" à la société, cherchant dans la création artistique une "expérience des limites". On veut bien croire que lui-même a trouvé le moyen de sortir, individuellement, de sa "crise" (par l’amour, par l’art, par la poésie, par la lecture, par l’écriture). Mais, pour la crise que connaît le monde d’aujourd’hui, il ne propose nul remède, sinon un pessimisme désespérant et une résignation à l’inévitable.
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mercredi 2 septembre 2015

Colloque 2015 — Femmes des lumières et de l’ombre

L’an dernier à pareille époque, nous découvrions des parcours féminins ayant marqué la période 1918-1938, dans les domaines artistiques les plus variés : la littérature, les arts, le cinéma, la prestidigitation. Furent abordées aussi les luttes qui accompagnèrent l’émancipation du sexe dit faible, soucieux de sortir des clichés dévalorisants : pour une nouvelle image du corps féminin (la haute-couture), une nouvelle approche des intellectuelles (place aux femmes universitaires et essayistes), une nouvelle audace en matière d’identité sexuelle (la voix des lesbiennes).

La matière à traiter nous a paru si riche que le thème a été reconduit, avec le souci d’élargir les champs de compétence où s’illustrèrent bien des noms. Les figures qui seront présentées cette année touchent en effet des domaines plus en prise avec les réalités socio-politiques, les luttes pour une égalité des droits, les exigences de la vie quotidienne. Ainsi ferons-nous connaissance avec des militantes lancées dans le journalisme, l’anticolonialisme, la philosophie en action, le droit de vote, la publicité, l’auto-entreprise, le jazz, etc.

Des temps de partage entre les intervenants et le public permettront à chacun d’exprimer ses questions, ses impressions, voire son témoignage. L’an dernier, Catherine Martin-Zay nous faisait l’honneur de présider le colloque. Nous aurons le plaisir de recevoir cette fois une autre grande dame : Annie Metz, conservatrice et directrice d’une bibliothèque parisienne dont le nom est tout un symbole : Marguerite Durand, pionnière du journalisme féminin de la Belle Époque.

À l'Auditorium Marcel Reggui de la Médiathèque d’Orléans, les 17 et 18 septembre 2015, il sera donc question des "Femmes de l’Entre-deux-guerres : Quelques parcours extraordinaires".

jeudi 4 juin 2015

Troisième jour de l'excursion en Lorraine avec les écrivains en guerre

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Nuit calme face à la gare de Nancy. Les trente budistes s'apprêtent à rejoindre la Colline inspirée… 

Au départ, Peter, notre chauffeur, nous présente le parcours de ce troisième jour d'excursion en pays lorrain.

Ensuite Gérard LAUVERGEON nous parle des grandes lignes du dernier jour de cette excursion.

Jean NIVET, quand nous quittons Nancy, nous conte l'histoire des frères Baillard
Gérard nous parle de la colline de Sion, puis nous retrouvons la querelle des hosties rouges, où nous pouvons remarquer que les avis de Jean et d'André peuvent différer. Puis Jean, dans la foulée, conclut à propos de l'histoire des frères Baillard et de Maurice Barrès.

Notre car nous dépose sur la colline à Sion. Nous entamons  une promenade, en commençant par le cimetière. Devant la tombe de Léopold Baillard, Jean évoque la fin des frères Baillard.

Devant la plaine de Saintois, Gérard nous parle des côtes de Moselle, puis Jean lit un de Barrès, le 2 novembre en Lorraine (la colline vue d'en bas). Enfin Pierre revient sur la forêt, en particulier celle de Haye traversée par la Via Agrippa des romains.

Devant le panorama Gérard nous parle de la ligne bleue des Vosges.
La colline de Sion
Nous reprenons le car pour nous rendre au monument, au passage nous longeons le "saut de la Pucelle", Jean nous le signale et annonce le monument de Maurice Barrès.


C'est au pied du monument à M. Barrès qu'est prise la traditionnelle photographie de notre groupe :


Enfin, pour affiner nos connaissances en matière de gastronomie Lorraine qui s'est révélée de fort bonne qualité, nous avons pris notre repas à La Commanderie à Tantonville. 

Il nous restait à retourner dans notre cité johannique : un trajet de 5 heures heureusement égayé de causeries historiques, géographiques ou littéraires :



  • Jean poursuit par des remerciements à Peter notre chauffeur qui lui répond.
À 20 heures, comme prévu, notre car dépose les budistes devant le théâtre d'Orléans.

mercredi 3 juin 2015

Deuxième jour de l'excursion en Lorraine avec les écrivains en guerre


Après une nuit réparatrice à Houdainville, près de Verdun, Gérard LAUVERGEON nous annonce le programme de cette journée : le matin, les écrivains qui ont combattu sur les Côtes de Meuse : les Éparges et St Rémy la Calonne et l'après-midi : Nancy et ses fameuses places. Nous dormirons dans cette ville.

Après avoir serpenté à travers les beaux paysages meusiens ensoleillés, nous arrivons à la crète des Éparges
À Saint-Rémy-la-Calonne, devant la tombe d'Alain-Fournier, Jean NIVET nous parle de sa mort et lit des textes de cet auteur. Une page sur A. Fournier.


Puis nous allons dans le Jardin Littéraire tout proche, où André nous parle de sa vieille connaissance : Paul Cazin "le sage d'Autun", auteur de L'Humaniste à la guerre, témoignage admiré par Barrès et Bernanos. Lire, à propos du jardin littéraire.


Nous n'avons pu voir que de loin, au sommet de la butte de Montsec, un monument, en forme de tholos, commémorant les offensives menées par l'armée américaine sur le saillant de Saint-Mihiel, près de Montsec en 1918. Une page sur Montsec.

Très bon déjeuner à l'hôtel-restaurant du Lac de Madine à Heudicourt-sous-les-Côtes.


Puis nous prenons la route de Nancy (plus d'une heure de trajet). Au contournement de Pont-à-Mousson, Gérard nous donne quelques précisions sur cette ville. Puis à l'entrée dans Nancy, il présente la ville aux trois places (le début de l'intervention, la partie historique manque, elle sera placée en annexe écrite)

À Nancy deux guides de l'office du tourisme nous attendent, une fois le groupe scindé en deux nous parcourons cette ville superbe. Voici quelques extraits des propos de notre guide agréablement érudite 1 et 2.

Notre journée se terminera par une visite libre du musée des beaux-arts. Une riche collection Daum nous y attend…

Enfin installation à l'Hôtel Ibis-Gare, dans le centre de Nancy.

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mardi 2 juin 2015

Premier jour de l'excursion en Lorraine avec les écrivains en guerre

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Ce mardi 2 juin, premier jour de notre excursion en Lorraine, sur les pas des écrivains de la grande guerre, au programme :
  • le matin, Valmy pour la visite libre du Centre d’Interprétation et du moulin de la bataille de Valmy du 20 septembre 1792.  
  • l'après-midi, Visite guidée du Fort de Douaumont.
  • Visite libre de l’ancien palais épiscopal de Verdun devenu le Centre Mondial de la Paix.
Départ très matinal, dès 6 h 30, trente budistes encore un peu somnolents quittent Orléans, sans Mauricette, qu'une méchante sciatique cloue au lit.
Notre car Dunois, très moderne et spacieux, mené avec souplesse par Peter, traverse le pays d'Othe et la Champagne.

Gérard Lauvergeon,
généralissime de notre expédition
Gérard LAUVERGEON, organisateur de ce voyage, nous présente, dès le départ, la journée (écouter cette présentation). Ensuite, après 10  heures il nous réveille doucement en parlant de la Lorraine (écouter cette présentation).

André LINGOIS prend la parole vers Châlons-en-Champagne, à propos de la bataille des champs Catalauniques (451). Il dérive vers le cabaret de la belle femme, nouvelle de Roland Dorgelès (écouter cette présentation).

Après Châlons-en-Champagne, anciennement "sur Marne", nous quittons l'autoroute. Gérard en profite pour nous parler de "Goethe et la campagne de France" (écouter cette présentation).

Marie-Hélène VIVIANI lit quelques lignes que Goethe rédigea durant cette  campagne  (écouter cette lecture). Elle est interrompu, un court moment, par Gérard lorsqu'apparaît l'église de Notre Dame de l'Épine (commune de l'Épine, en souvenir de la relique de la couronne d'épines du Christ)

Nous suivons la route de la fuite du roi Louis XVI, vers Varenne. Bientôt apparaît le moulin de Valmy (écouter cette courte présentation de la visite).



Nous pénétrons dans le Centre historique Valmy 1792 qui restitue la fameuse bataille du 20 septembre 1792 qui sauva la Révolution française menacée par les armées prussienne, autrichienne et la troupe de l'aristocratie française émigrée. Puis notre guide nous conduit voir de plus près le moulin, symbole de la République. Quelques lectures sur cette mémorable bataille.

Après Valmy, 1/4 h de route vers Sainte Ménehould. Nous passons près de l'emplacement du Château de Boncourt. André nous parle de Louis-Charles de Chamissot, poète et scientifique qui sera très connu en Allemagne sous le nom de Adelbert von Chamisso. Il poursuit en parlant de Sainte Ménehould, ville où il fit son service militaire. Ici naquirent aussi Don Perignon et Jean-Baptiste Drouet qui reconnut Louis XVI (écouter cette présentation) à Sainte Ménehould.


La mairie de Sainte-Ménehould
Dans cette petite ville, nous déjeunons au Cavalier Rouge, sans déguster de "pieds de cochon à la Sainte Ménehould" ; pour compenser, Claude VIVIANI nous lit la recette de cette spécialité locale qu'Alexandre Dumas a mis à l'honneur (écouter cette lecture). Plus de précisions sur l'hôtel de Metz et les pieds de porc, grâce aux plumes conjugués de V. Hugo et A. Dumas.

Nous reprenons notre car vers Douaumont. Dans un premier temps, nous traversons la forêt de l'Argonne, à ce propos Gérard intervient (écouter cette intervention).
Pierre Bonnaire, ingénieur des eaux et forêts et ancien président de la SAHO nous parle de cette forêt Lorraine qu'il connait bien (écouter cette présentation).

Plus loin, Gérard reprend la parole à propos de la Voie Sacrée où nous arrivons   (écouter cette présentation).


Visite du fort de Douaumont (écouter des interventions de notre guide : 1, 2 & 3). Voici quelques lectures sur le fort et un texte de Claude Simon sur les inhumations de soldats pendant la grande guerre.


Nous partons pour Verdun, Jean Nivet lit des textes de Jules Romains, puis d'Antoine Prost. Vous pouvez les lire sur notre site.


Centre Mondial de la Paix de Verdun
(ancien palais 
épiscopal)
Visite libre du Centre Mondial de la Paix de VerdunJean NIVET nous présente le Palais épiscopal qui héberge ce CMP (écouter cette présentation). Nous voyons deux expositions : Les relations franco-allemandes dans le dessin de presse et UNEARTH, sur les Nations Unis.

Puis sur le chemin de l'hôtel Le Privilège à Haudainville, où nous avons dîné et dormi, Jean lit un texte de Maurice Genevoix (écouter ce texte)
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dimanche 31 mai 2015

Innovation et humanisme

Le 9 avril, la Section orléanaise de Guillaume BUDE recevait Anne LAUVERGEON, chef d’entreprises, sur le thème :

INNOVATION ET HUMANISME

Jean NIVET, notre président, salua d’abord la conférencière, actuellement responsable de la commission Innovation 2030 mise en place par le gouvernement. Il parla au nom de l’humanisme, ce mouvement intellectuel porté entre autres par Guillaume Budé. Il rappela que cette mutation des idées provoqua une profonde rupture pour faire renaître l’esprit de l’Antiquité en Europe. Puis ll mit en relief le mot “innovation“ qui entraîne forcément l’idée de rupture - or, précisa-t-il - notre souci est de propager la culture gréco-latine  qui insiste plutôt sur la notion de continuité. Peut-on, alors, trouver un équilibre entre l’innovation défendue par la commission et l’humanisme qui nous est cher ?

Anne LAUVERGEON, vive et souriante, manifesta d’emblée sa satisfaction de retrouver Orléans, ville où elle a grandi, fait ses études, où vivent toujours ses parents, ville inséparable de l’association Guillaume-Budé dont elle entendit souvent parler à la table familiale. Elle ne manqua pas d’honorer la mémoire d’Alain Malissard, notre président disparu qui lui demanda de participer à cette année de commémoration du soixantième anniversaire de notre association orléanaise. 

D’emblée, elle répond à l’interpellation du président au sujet de l’innovation dont la présence dans l’histoire de l’humanité est immense. Elle prend des exemples dans l’histoire de l’énergie. Il y a 400 000 ans, la maîtrise du feu révolutionna la vie de nos ancêtres, en matières de chauffage, de cuisine… Ensuite la première révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle et la machine à vapeur et le charbon, la seconde révolution avec le moteur à explosion et le pétrole, en ajoutant l’électricité : tout cela reste les bases de notre civilisation. Les effets de ces innovations majeures sur la vie des hommes est patente…

Attention : « ces innovations ne marchent pas si la société n’est pas prête ». Divers exemples sont proposés, d’Héron d’Alexandrie à notre époque, en passant par l’invention de la machine à tisser le coton… L’émergence d’une innovation nécessite un environnement favorable, le rôle de humain est fondamental. Elle cite le cas de l’iPhone : Steve Job a trouvé la réponse juste à une demande latente. Nous avons besoin d’un téléphone intelligent, esthétique, que l’on s’approprie comme partie intégrante de soi. Il faut une conjonction de compétences. On ne peut innover que si la société est mûre pour cela. Il faut un environnement favorable, non seulement technique, mais sociétal. 
  
Alors, d’où vient l’innovation ? Il y a trois façons pour les grands systèmes d’innover :
  • L’état stratège qui impulse, par exemple : l’Airbus, aujourd’hui l’industrie aéronautique européenne est revenue au niveau de Boeing, grâce à la volonté forte de plusieurs états… qui ont joint leurs activités aéronautiques afin de développer de nombreux nouveaux avions avec le succès que l’on sait.
  • Plutôt que de lancer de grands programmes, il existe des états créateurs d’écosystèmes qui favorisent l'innovation, comme les USA et la Corée du Sud qui sont en tête pour les smartphones et les tablettes avec de grandes firmes comme Apple et Samsung.
  • Les indépendants qui innovent quelque soit leur environnement.


La France a connu six grands programmes : l’aéronautique, les télécoms, le nucléaire, le TGV, le spatial et le plan calcul ; seul ce dernier a échoué, donc cinq des six objectifs ont bien réussi, c’est très bien. Où nous sommes moins bons, c’est l’écosystème : aider l’innovation en créant des conditions favorables. Cela commence dès l’école puisque notre système scolaire mesure la distance à la perfection : prenons le cas d’une dictée de cent mots, un élève qui fait cinq fautes ou plus est noté zéro, c’est un cancre. Aux USA, au Brésil, sur cent mots, 90 mots de juste, c’est bien, les dix fautes c’est une base de progression… C’est pourquoi, notre système d’enseignement n’encourage pas l’innovation, contrairement au système américain du Nord où l’on voit les choses de façon plus positive et moins discriminante pour les élèves. Chez nous l’échec est stigmatisant or innover c’est prendre un risque d’échec, donc notre système n’encourage pas l’innovation… 

Dans les élites françaises très peu de gens sont formés par la recherche, qui éveille la curiosité, alors que les doctorats sont beaucoup plus valorisés dans le monde anglo-saxon ou en Allemagne… En France, nous ne soutenons pas assez le travail collectif, celui d’équipes pluridisciplinaires. “Nous aimons spécialiser“ affirme-t-elle. En prenant un exemple, en Amérique latine, Anne Lauvergeon montre la nécessité d’associer les ingénieurs aux artistes pour le design, aux commerçants pour vendre et sans oublier les logisticiens. Elle poursuit dans ce sens avec l’exemple d’un campus de Nancy (Artem) qui réunit ces compétences.

Notre école française vise à l’individualisme, la réussite personnelle basée sur la rivalité. Elle ne pratique pas assez le travail en équipes. « Alors, ceci étant dit , nous avons des forces considérables… » : nous avons beaucoup de formations d’excellence, des infrastructures formidables, une recherche publique remarquable, une capacité de débrouille hors pair, nous devons y arriver… Il faut faire travailler ensemble des gens qui voient les choses différemment qui viennent d’horizon variés ; l’hybridation doit permettre aux innovations d’être au service de l’homme. Nous avons besoin d’innover, d’avancer pour restaurer la croissance, pour garder notre modèle social, pour notre qualité de vie. 

Anne Lauvergeon prend pour exemple le département du Loiret dans lequel se trouve dix mille personnes âgées dépendantes dont l’espérance de vie et le confort sont liés au maintien à leur domicile. Elles reçoivent actuellement une boîte, une box ! spécifique qui permet de collecter des informations jusqu’alors notées sur du papier (passage des intervenants et remarques). Le Conseil général fera des économie par rapport à la gestion des papiers, La famille et les amis auront accès à ces informations. Enfin elle sert de système d’alarme. Mme Lauvergeon est présidente de la société SIGFOX, qui est l’opérateur de ces objets connectés. Ces objets connectés qui vont envahir notre quotidien.

« Les innovations n’ont de sens que si elles répondent à un besoin »

Nous arrivons à la démarche de la « commission innovation 2030 » destinée à permettre à notre pays de développer des innovations afin de les vendre au reste du monde pour restaurer la balance de notre commerce international. Elle part des besoins de la population mondiale tels que nous pouvons les envisager aujourd’hui : allongement de la durée de vie, développement des classes moyennes, urbanisation accélérée, changement climatique, extension du numérique (les datas). L'augmentation de la population entraîne des tensions grandissantes sur l’eau potable, l’énergie et les matières premières. On doit aussi prendre en compte la santé et l’éducation, ainsi que le changement des comportements des consommateurs (personnalisation, respect de l’environnement et des conditions de production des produits et des services).

La Commission  a proposé « sept ambitions stratégiques » que la France ne doit pas rater :
  • Le recyclage des métaux.
  • Le stockage de l’énergie.
  • La valorisation des richesses marines.
  • Les protéines végétales et la chimie du végétal.
  • La médecine individualisée.
  • La silver économie, l’innovation au service de la longévité.
  • La valorisation des données massives (Big Data).

Anne Lauvergeon conclut en paraphrasant Heidegger qui parlait de la vérité : « Les innovations sont des chemins qui souvent ne mènent nulle part mais parfois permettent d’avoir des vies meilleures »
     
Plusieurs questions du public permettent à notre conférencière de préciser sa pensée, puis cette soirée se conclut sous les applaudissements d'un auditoire intéréssé.
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Quelques liens :

   


jeudi 21 mai 2015

Victor Hugo au Sénat

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Le mardi 28 mars, l’Association Guillaume-Budé a accueilli 

Jean-Pierre SUEUR
sénateur du Loiret

qui avait choisi d’évoquer la figure d’un illustre prédécesseur au cours d’une Conférence intitulée :

VICTOR HUGO AU SENAT 

Assurant l’intérim de la Présidence, Jean NIVET a remercié le conférencier, d’abord d’avoir répondu aussi vite à l’invitation d’Alain MALISSARD peu de temps avant sa disparition - unanimement déplorée - ensuite d’avoir choisi un sujet inédit, les dernières années de notre grand poète étant, somme toute, assez mal connues.

En préambule, J.-P. Sueur a rappelé que le Sénat avait commémoré le bi-centenaire de sa naissance en déclarant l’année 2002  : « Année Victor Hugo », affirmant, non sans fierté, que « pour le citoyen qui a une activité politique, la littérature est d’un grand secours. » Et d’évoquer l’ouvrage que Charles Péguy avait consacré à notre poète : Victor Marie Comte Hugo, où il fait un portrait sans indulgence qui commence par :

« Hugo, pair de France, membre de l’Institut était un faiseur, un politicien fini, pourri de politique. » Il ajoute : « Il avait admiré l’Empereur, aimé les rois; il avait été libéral, démocrate, républicain et socialiste. » Victor Hugo a effectivement beaucoup changé, mais en suivant le chemin inverse de nombreux personnages politiques (même actuels), c’est-à-dire de la droite vers la gauche. Entre 1845 et 1848, il fut très proche du roi Louis-Philippe, assumant même le rôle de confident. Il avait reçu de lui une grande marque de confiance : en effet le 23 avril 1845, il avait été élevé à la Pairie, ce qui lui valut des critiques plutôt acerbes de la part de la presse républicaine.

Victor Hugo tenait donc son rang dans une assemblée résolument conservatrice, lorsque trois événements le troublèrent profondément :

1°) le 5 juillet 1845, il fut surpris en flagrant délit d’adultère avec Léonie d’Aunet, épouse Biard (Elle sera l’héroïne de La fête chez Thérèse des Contemplations) ; faisant état de son immunité parlementaire, il échappa à la prison que n’évitera pas sa complice. Il en éprouva de vifs remords, mais il n’esquiva pas les brocards de la presse; le roi lui conseilla donc de voyager. En réalité il n’alla pas plus loin que chez sa chère et tolérante Juliette, en attendant que l’orage passe; ce qui lui valut le mot spirituel de Lamartine ». En France, on se relève de tout, même d’un canapé ! »

2°) le 22 février 1846, rue de Tournon, en face du Sénat, Hugo assiste à l’arrestation d’un jeune homme qui vient de voler une miche de pain, sous les yeux indifférents de la grande dame qui trône dans sa berline aux portières armoriées. Cette scène symbolique de l’aristocrate ignorant superbement « le spectre de la misère » est le signe annonciateur d’une « catastrophe inévitable »; elle lui inspirera le début des Misérables et, sur le plan social,va susciter de sa part la création d’une Commission d’enquête parlementaire sur les logements ouvriers.

3°) le 16 avril 1846, il est confronté à la question de la peine de mort à propos de l’affaire Lecomte, du nom du garde-forestier qui a tiré deux coups de feu sur le roi en forêt de Fontainebleau. La Chambre des Pairs — qui a fonction juridique — va juger l’homme comme régicide. L’écrivain plaide la folie avec éloquence, mais en pure perte. Et cet échec va le marquer profondément.

Victor Hugo, devant cette Chambre, qu’il juge réactionnaire « avec ses membres infatués, méprisants et gourmés » (sic) va prononcer quatre discours qui furent diversement appréciés, dont J.P.Sueur nous donnera de larges aperçus.

Le premier (en date du 19 mars 1846) traite de la Pologne un mois après le soulèvement de Cracovie, un très beau discours (qui fut assez mal reçu) où il défend la civilisation européenne menacée en souhaitant que « la France engage son ascendant moral et son autorité qu’elle a si légitimement acquise parmi les peuples »

Le 1er juin 1846, Hugo s’exprime sur « la consolidation et la défense du littoral » menacé par les tempêtes et en même temps sur la nécessité d’aménager le port du Hâvre- une intervention très écoutée annonçant la future écologie et prenant en compte le développement économique. Dans la foulée, il va proposer une loi d’ensemble pour « arrêter cette colossale démolition », avec des accents dignes de son roman Les travailleurs de la mer.

Le troisième discours prononcé le 14 juin 1847 porte sur le sort de la famille Bonaparte (et en particulier celui du prince Jérôme). Victor Hugo qui se veut du « parti des exilés et des proscrits » demande qu’on abroge la loi qui bannit à perpétuité du sol français la famille de Napoléon. Il souhaite que, pour la mémoire populaire, la gloire de l’Empire soit réhabilitée.

Le dernier discours - du 13 janvier 1848 - sur le Pape Pie IX- fit un fiasco et Hugo dut quitter la tribune sous les huées.. Disons que présenter ce Pape comme « l’auxiliaire suprême des hautes vérités sociales » et bénissant la Révolution française ne pouvait qu’attirer des protestations véhémentes de la part des républicains convaincus.

Dans la dernière partie de sa conférence, J.-P. Sueur a montré l’activité de Victor Hugo en tant que sénateur de la Seine, c’est-à-dire de 1876 jusqu’à sa mort le 22 mai 1885.Il avait été en effet élu le 30 mai 1876 et réélu le 8 janvier 1882. En ces dix dernières années, alors qu’il est une personnalité célèbre et respectée, il va s’exprimer également à quatre reprises. Le discours le plus élaboré — et où l’on retrouve la griffe du grand écrivain — est celui où il s’engage contre la dissolution de la Chambre des Députés proposée par Mac Mahon le 21 juin 1877. Hugo est persuasif et la dissolution refusée. Cela dit, le discours qui a le plus marqué les esprits est sans conteste celui du 22 mai 1876 où il intervient pour l’amnistie des Communards, avec des formules incisives comme celle-ci : « Il n’y a qu’un apaisement, c’est l’oubli. Et dans la langue politique, l’oubli s’appelle amnistie. Je la demande pleine et entière. Sans conditions. Sans restrictions. » il aurait pu s’arrêter là, mais son goût pour la polémique l’emporte. Et de mettre en parallèle deux situations: celle de la France après le coup d’Etat du 2 décembre 1851 où « un homme commet un véritable crime contre le peuple », et celle du 18 mars 1871 où « une ville assiégée sauve l’honneur d’une nation ».


Il va conclure par une comparaison entre deux formes de représailles : d’une part en 1851 la fusillade du Boulevard Montmartre, de l’autre l’inexorable répression de la Commune. Hugo ne sera pas entendu. Dix sénateurs seulement voteront l’amnistie.

Cependant il ne désarme pas et revient à la charge, d’abord lors de la séance du 28 février 1879, puis le 3 juillet 1881: c’est son 3° discours pour l’amnistie, en même temps qu’il songe aux préparatifs de la fête du 14 juillet, une fête « qui doit commémorer la chute de toutes les bastilles, la fin de tous les esclavages… »

J.-P. Sueur a rappelé les dernières paroles de Hugo au Sénat et lu ses dernières notes consignées dans Choses vues avant de conclure par un souvenir plus personnel : lors des visites qu’il accompagne au Sénat, il tient à montrer la place qu’occupait notre poète, c’est-à-dire la troisième au deuxième rang. C’est de ce fauteuil qu’il est parti à la tribune pour défendre toutes ces nobles causes : l’abolition de l’esclavage, l’abolition de la peine de mort, le vote des femmes, l’institution de l’école laïque et obligatoire, la monnaie unique, les Etats-Unis d’Europe…
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