jeudi 2 janvier 2014

Aryballe corinthien en forme de chouette

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Notre ami Jean-Louis Gautreau, amateur d'art bien connu des Orléanais, auteur du blog très fréquenté consacré aux musées des Beaux-Arts de France et vice-président des Amis de Roger Toulouse, a réalisé une étude sur l'aryballe corinthien en forme de chouette [Art grec archaïque (vers 640 av. J.-C.) du musée du Louvre] d'où est issu le logo de notre association, je vous communique ce travail en guise de cadeau pour l'année 2014 commençante.

Qu’est-ce qu’un aryballe ?

En dépit de sa forme, celle d'une petite chouette (5 cm) très expressive avec sa tête penchée et ses grands yeux étonnés, ce vase est un aryballe : petit vase à huile parfumée dont Corinthe s'était fait la spécialiste. En effet, un réservoir se trouve à l'intérieur de l'objet et un orifice a été pratiqué sous la base afin de favoriser l'écoulement du liquide. De même, les deux trous percés dans cette même base permettaient de suspendre l'objet à son poignet. Ce petit aryballe en forme de chouette est à usage individuel et portatif.
Corinthe va devenir l'atelier céramique dominant de l'époque orientalisante (VIIe siècle av.-J.-C.). 
Son succès s'explique par sa spécialisation dans les petits vases à parfum (entre 5 et 20 cm), faciles à exporter, par l'invention d'une nouvelle technique, celle des figures noires qui ajoute aux silhouettes noires déjà existantes des incisions et des rehauts de couleurs.
L’argile corinthienne, naturellement pâle, les rehauts rouges, le vernis noir et le dessin au trait forment un ensemble polychrome des plus harmonieux.


Quelle chouette ? 

La Chevêche d'Athéna ou Chouette chevêche (Athene noctua) est une espèce d'oiseau de la famille des strigidés de petite taille à l'aspect trapu. C'est la plus diurne des strigidés, malgré son nom latin (Athene noctua). Dans l'Antiquité grecque, la Chevêche d'Athéna était l'attribut d'Athéna, déesse de la Sagesse.

Tétradrachme d’Athènes - Dans la Grèce antique, la Chevêche d'Athéna, attribut d'Athéna, symbole de la Connaissance (la sagesse mais aussi la science) devint tout naturellement celui de la ville d'Athènes (Athéna était la déesse protectrice d’Athènes). On retrouve ainsi la chevêche accompagnée d'un rameau d'olivier sur les drachmes de cette ville. On retrouve encore aujourd'hui la chevêche sur les pièces grecques de 1 euro.

Pourquoi la chouette est-elle l’un des attributs d’Athéna ?

La chouette est le symbole de la sagesse dans le monde antique. Elle est liée à la déesse grecque Athéna, à laquelle Homère attache déjà l'épithète de glaukôpis (Athéna aux yeux brillants, ou "aux-yeux-de-chouette"). Cette particularité du regard de la déesse a conduit à plusieurs interprétations : elle voit dans la nuit, elle représente la connaissance liée à la Lune, c'est-à-dire une connaissance indirecte, par reflet, fondée par conséquent sur le détour par la pensée et par la raison. Déesse des Arts et de la sagesse, de la guerre défensive et de l'activité intelligente, elle prête son symbole ailé à la ville d'Athènes, qui frappe monnaie à l'effigie de l'animal.

La Chouette et Athéna symbolisent donc la réflexion qui domine les ténèbres, la sagesse qui s'impose contre la violence : les armes d'Athéna, contrairement à celles d'Arès, sont défensives.
C'est pourquoi les dons d'Athéna sont toujours féconds pour le développement de la civilisation contre la barbarie toujours menaçante à l'intérieur comme à l'extérieur de l'homme et de la cité. Elle accorde par exemple l'olivier, source de bienfaits matériels et civiques. Elle enseigne les techniques, mot grec qu'on peut traduire par arts, comme la poterie ou la menuiserie, ou le tissage. Elle préside aux débats en protégeant les orateurs et les philosophes. Son action civilisatrice est encore plus nette lorsqu'elle encourage les hommes d'Athènes à substituer une justice nouvelle fondée sur la raison à une ancienne fondée sur la violence de la vengeance sans fin
La Chouette d'Athéna nous rappelle donc les mille ressources de l'intelligence hellénique, et particulièrement le goût pour la clarté de la raison toujours vigilante. Elle nous propose ainsi finalement une des voies pour un humanisme moderne.

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mardi 24 décembre 2013

Hannibal contre Carthage ?

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Le mardi 7 décembre, en avant-première de la représentation d’HANNIBAL, pièce de l’allemand Christian Dietrich GRABBE (1801/1836) dans une mise en scène de Bernard Sobel - représentation programmée par le CDN en collaboration avec l’ATAO, notre président Alain MALISSARD a tenu à raviver nos souvenirs de l’Antiquité dans une conférence intitulée
Hannibal contre Carthage ? 
dont le titre, malgré le point d’interrogation, était pour le moins provocateur. 

Il faut avouer que tout le monde avait peu ou prou mésestimé la rivalité entre deux personnages influents - Hannibal et Hannon, entre deux grandes familles de la cité fondée, selon la légende, par Didon. Cette rivalité constitue la trame de la pièce de Grabbe, nettement plus centrée sur les effets dramatiques que sur la vérité historique - parfois même un peu malmenée. 

Alain Malissard - que Jean NIVET a présenté en déclarant que ”rien de ce qui était romain ne lui était étranger” - a tout d’abord évoqué la situation à Carthage au sortir de la Première Guerre Punique : dans cette cité-état, le pouvoir est disputé entre deux clans dont le plus connu est celui des Barca. Le chef de clan Hamilcar Barca a d’un premier mariage trois filles : la première épouse Bomilcar, la 2e Hasdrubal le Beau, la 3e gagne la célébrité littéraire (c’est Salambô) et symétriquement d’un second mariage trois fils : Hannibal, c-à-d. le favori de Baal, Hasdrubal II et Magon, tous les trois partisans d’arrêter au plus vite l’expansion romaine. En face de ces “faucons”, les membres du clan Hannon font figure de “colombes”; ces oligarques de vieille souche, conservateurs, grands propriétaires (comme d’ailleurs les Barca) veulent négocier une paix équitable et surtout étendre leur hégémonie sur l’Africa (c-à-d. le Maghreb actuel). En -241, après la bataille navale des Îles Aegades remportée par les Romains, Carthage demande la paix qu’Hamilcar négocie contraint et forcé. Comme dit si bien l’exemple de grammaire inspiré de Tite-Live “Sicilia amissa angebat Hamilcarem” (la perte de la Sicile angoissait Hamilcar). Mais le général carthaginois a d’autres soucis: il est obligé de réprimer sur place la révolte des mercenaires en menant pendant 5 ans la “Guerre inexpiable” ; il ne peut empêcher la conquête de la Sardaigne par Rome à partir de -239. Cependant les Barcides restent en position de force. Le Sénat carthaginois, soucieux de chercher une autre zone d’influence, confie à Hamilcar le soin de conquérir l’Espagne du sud afin d’exploiter les mines d’or (pour payer le tribut à Rome) Ce dernier s’y installe de -237 à -228, date de sa mort ; c’est son gendre Hasdrubal dit le Beau qui lui succède et fonde Carthago nova, autrement dit Carthagène, juste avant d’être assassiné. C’est alors qu’Hannibal entre en scène, plébiscité par l’armée ; il a à peine 25 ans, la haine de Rome chevillée au corps et un charisme hors du commun. La prise de Sagonte, l’alliée de Rome, va le consacrer comme chef de guerre et comme stratège incomparable.

Cet événement de l’année -218 marque le début de la Seconde Guerre Punique, que les historiens appellent la “Guerre d’Hannibal”. Les budistes - dont la plupart  avaient suivi à l’UTL le cours d’histoire romaine d’Alain Malissard - ont eu plaisir à écouter le récit de cette campagne militaire célèbre qui a mené les troupes carthaginoises et les cavaliers numides, accompagnés de 37 éléphants, depuis les rivages ibères jusqu’au fond de l’Apulie. Une campagne dont les batailles désignent à chaque fois la déroute des armées romaines : Le Tessin, La Trébie, Trasimène, Cannes. Le “chef borgne” est aux portes de Rome, mais, selon le mot trop connu de Maharbal, il ne sait pas profiter de la victoire. Les “délices de Capoue” marquent le tournant de la guerre : pendant que les troupes d’Hannibal s’enlisent en Campanie, celles d’Hasdrubal envoyées en renfort se font massacrer sur les bords du Métaure, le consul Marcellus prend Syracuse, libère la Sicile et les légions d’Espagne sous la conduite de Publius Scipion, après avoir regagné le terrain perdu, vont porter la guerre sur le sol punique. Hannibal, rappelé d’urgence ne peut que s’incliner à Zama en -202. Le jeune proconsul, auquel s’est rallié le roi numide Massinissa, a porté un coup fatal à Carthage, affirmé l’hégémonie de Rome sur la Méditerranée et gagné son surnom d’Africain.

A. Malissard nous invite alors à examiner de plus près cette période, pendant laquelle les Barcides toujours combatifs se sont opposés au clan Hannon, en comparant avec la situation à Rome, où les Aemilii et les Cornelii (autrement dit le cercle des Scipion) bellicistes et soutenus par le peuple s’affrontent aux Fabii fervents adeptes de la négociation. A Carthage, la rivalité entre les deux factions est lourde de conséquences : ainsi, pendant le siège de Sagonte (en -218) après l’envoi d’émissaires romains demandant l’arrêt du blocus en vue d’un traité, Hannon manifeste son appui aux Romains en critiquant ouvertement Hannibal ; quand Magon profitant du succès de Cannes, en -216, vient demander de l’aide, il essuie d’abord un refus, puis obtient satisfaction, mais trop tard et en pure perte ; lorsqu’Hannibal sera rappelé dans sa patrie en -203, il avouera “être vaincu, non par les Romains, mais par la malveillance du Sénat carthaginois”. Après la défaite de Zama, c’est Hannon qui négocie la paix avec des conditions désastreuses qui placent Carthage sous tutelle avec un tribut énorme de 10 000 talents, soit 50 millions de francs-or. Cependant Hannibal, soutenu par Scipion, garde une certaine influence ; élu suffète (l’équivalent du consul) il cherche à imposer une réforme financière égalitaire, au grand dam de la classe dominante carthaginoise qui serait prête à le livrer aux Romains. Il préfère s’exiler chez Antiochus III de Syrie, puis chez Prusias Ier de Bithynie, où il s’empoisonne pour ne pas tomber aux mains du légat romain Flamininus. C’est la fin de l’aventure : le parti des Hannon a gagné contre les Barca, dont le nom phénicien signifiait, dit-on, à la fois : “éclair” et “chance” (cf. la baraka)

Au moment de conclure, A. Malissard nous invite à réfléchir sur le destin de ce capitaine hors normes : est-ce un héros désintéressé en lutte contre le ”lobby” des marchands ? s’agit-il du conflit d’un chef ambitieux d’une part et des oligarques médiocres de l’autre? On peut aussi se demander quel aurait été le sort de Carthage si celle-ci avait toujours écouté les Hannon. Le changement aurait-il été si grand ? En effet, après Zama, Carthage a vite retrouvé la prospérité, au point de proposer à Rome en -191 de payer son tribut en une seule fois et même de continuer à lui fournir des vivres, comme au bon temps des échanges commerciaux. La paix aurait-elle été alors possible ? Les Romains  qui avaient vécu la plus belle peur de leur histoire avec cette rumeur : “Hannibal ad portas !” n’imaginaient pas le renouveau de cette cité rivale. La Troisième Guerre Punique était inévitable, et martelée par le célèbre “Carthago delenda est” du vieux Caton. Rien ne pouvait plus arrêter l’expansion romaine. En revanche, aucun vainqueur romain, même Jules César, n'a égalé la gloire du grand vaincu de Carthage.

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mardi 10 décembre 2013

Libraires et librairies en Gaule romaine


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Le mardi 26 novembre les budistes venus en nombre ont été attirés à la fois par l’originalité du sujet :
Libraire et librairies en Gaule romaine
et par le renom du conférencier :
Robert BEDON professeur émérite à l’Université de Limoges

Dans sa présentation, le Président Alain Malissard, après avoir rappelé les travaux et publications de son invité (entre autres l’Atlas des villes et villages de France au passé romain), sans oublier son titre de Directeur de la revue Caesarodunum, a tenu à rendre hommage à un ami commun, Raymond Chevallier, disparu en 2004, professeur à la Faculté des Lettres de Tours  et connu notamment comme initiateur de l’archéologie aérienne en France (nous l’avions accueilli à Orléans par deux fois, en novembre 86 et en avril 89).

M. R. Bedon a déclaré en préambule avoir choisi un tel sujet en raison de sa nouveauté — parce que le territoire de la recherche était encore vierge, du fait de la rareté des sources au sujet de la Gaule. Dans un premier temps, il a dessiné un tableau de la présence du livre à Rome  dans l’empire, et aussi dans le monde hellénistique. Le livre — d’abord sous sa forme de “volumen” — est répandu chez les particuliers, puis dans les bibliothèques, privées ou publiques,  qui s’enrichissent par des dons ou des “recopiages”. On peut parler alors d’un véritable  activité professionnelle et donc d’un commerce du livre. Grâce à quelques mentions littéraires, dans Cicéron ou Aulu-Gelle, on connaît l’existence de “tabernae librariae” ou de “librariae”, qui jouent souvent à Rome un rôle de foyer culturel. En ce qui concerne la Gaule, si nous n’avons aucune indication précise sur les librairies, en revanche nous avons identifié les libraires. Au Ve siècle de notre ère, Sidoine Apollinaire les appelle “bybliopolae”, que nous traduisons par libraires. Pline le Jeune écrit dans une lettre adressée à un certain Geminus, alors gouverneur de la Lyonnaise : “Je ne pensais pas qu’il y eût des libraires à Lyon et qu’on y vendait “libellos meos” (“mes petits livres”, expression d’une évidente fausse modestie!)

R. Bedon a évoqué ensuite quelques pistes de recherche, comme l’archéologie, avec des photographies à l’appui. Témoin un des bas-reliefs de Neumagen (en aval d’“Augusta Trevirorum” = Trèves) aujourd’hui perdu, mais conservé dans un dessin du XVIIe qui représente un personnage rangeant dans des casiers des “volumina” (c'-a-d. des parchemins roulés) munis de “tituli” (des étiquettes). Document précieux, mais qui ne lève pas l’ambiguité : s’agit -il d’une bibliothèque ou d’une librairie ?  
         
Il propose alors d’interroger les textes : Horace (Odes, II,20), au siècle suivant, Martial (Epigrammes, passim) font état d’un commerce de librairie avec une rivalité entre Lyon et Vienne.  Il faut attendre le IVe siècle pour trouver à Bordeaux  une activité semblable avec la caution d’Ausone (310-395), maître de rhétorique, qui fut le précepteur de l’empereur Gratien. Au siècle suivant s’impose le nom de Sidoine Apollinaire (430-487) véritable écrivain officiel , panégyriste des empereurs, qui devint préfet de Rome en 468 et finit  comme évêque de la cité d’Augustonemetum, la future Clermont-Ferrand. Dans un texte datant de 465 ( Epistulae II,9) il parle d’“armaria exstructa bybliopolarum”, soit des hautes armoires des libraires, situées dans la salle de lecture de la villa d’un riche particulier près d’Alès. Un détail qui entretient la même ambiguité que dans les documents provenant de l’archéologie… D’ailleurs le statut du bybliopola a aussi sa part d’ambivalence : il est parfois traité de “mercennarius”,  voire  dans une autre lettre du même Sidoine Apollinaire, de “famulus”, un terme qui désigne le serviteur de la domus, ce qui impliquerait une condition d’affranchi. En réalité le bybliopola joue parfois le rôle d’éditeur ; il lui  arrive même de se déplacer à domicile. Ce qui est sûr, c’est que la plupart du temps il exerce un métier indépendant: il est vendeur de livres, et non copiste ni secrétaire.
          
Dans une dernière partie, R. Bedon s’est intéressé au public, c’est-à-dire aux utilisateurs de livres dans la Gaule romaine qu’on peut partager en trois groupes : ceux des bibliothèques privées, ceux des bibliothèques publiques, enfin le public des écoles. Dans le premier, qui appartient à une classe favorisée, une grande place est donnée aux ouvrages “classiques” grecs et latins (Homère côtoyant Virgile) On peut imaginer une telle bibliothèque dans les maisons cossues de Gaule, comme la villa maritime de la Rivière d’Etel dans le Morbihan- ce qui prouve que la romanité ne craignait pas la distance ! Un autre exemple: la très belle mosaïque représentant Métrodore le Jeune (un philosophe épicurien du IVe siècle avant notre ère)découverte à Autun. Cet “emblêma” révélait un propriétaire de grande culture, à moins qu’il ne s’agisse d’un parti-pris d’ostentation. Sénèque s’était déjà moqué de ces collectionneurs pour qui les livres ne servaient que de décor. Les bibliothèques publiques servaient aussi de lieux de rencontre pour les élites locales ; elles bénéficiaient souvent de généreuses donations, à la manière de celle que Pline le Jeune a faite à sa ville natale de Côme. Les vestiges conservés donnent une idée de ces monuments : ainsi à Nîmes, à la Fontaine — appelée à tort temple de Diane et à Avenches, l’Aventicum des Helvètes, près du lac de Neuchatel. Leur dispersion  laisse entendre que ces lieux de culture étaient fort répandus dans tout le monde romain. En revanche il reste peu de traces des boutiques des libraires dont certains n’avaient qu’une armoire près d’un pilier sous une  — ce qui les fait ressembler à nos bouquinistes des quais parisiens ; d’autres font penser aux colporteurs ambulants d’autrefois ; certains vendaient même des ouvrages d’occasion. Le livre, chez nos ancêtres les Gaulois, faisait l’objet d’une activité  — difficile à cerner du fait de la rareté des sources — mais bien réelle  et qui témoignait d’une vie intellectuelle authentique.

samedi 23 novembre 2013

Histoire du vin…

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Comme la vigne et le vin intéressent de nombreux budistes, ainsi que notre récent "voyage littéraire en Bourgogne" en témoigne, leur sagacité a dû les conduire à écouter, cette semaine sur France Culture, l'émission "La Fabrique de l'Histoire" qui traitait de l'Histoire du vin.


Au cas, bien improbable, où certains d'entre vous, distraits par d'autres occupations, auraient oublié de suivre ces émissions (environ 52 min chacune), voici des liens pour corriger cette omission :




  • Balade dans le vignoble d'Argenteuil avec Hervé Bennezon, professeur d'Histoire-géographie à L'Isle-Adam et  Emmanuel Monteau, œnologue sur les vignobles d’Ile de France au XIXème siècle.


Un documentaire d’Emmanuel Laurentin et de Séverine Cassar. Au début des années 1970, les vignerons du sud de la France sont dans une situation financière délicate. L’intégration européenne fait entrer en concurrence leurs productions et celles de l’Italie, tandis que les accords signés à la fin de la guerre d’Algérie autorisaient l’importation de vins algériens. Cette crise économique se double d’une crise d’identité. Le Sud de la France se considère incompris du pouvoir parisien. Les revendications occitanistes prennent une telle ampleur qu’à partir de 1972 la région abrite un foyer de contestation important : le Larzac. C’est dans ce contexte, rappelant aux plus anciens la grande crise viticole de 1907, que renaissent des actions viticoles, créées à l’époque par le leader Marcellin Albert. Soutenus par la population, les vignerons passent à l’action, n’hésitant pas à affronter les C.R.S. et à plastiquer perceptions ou péages d’autoroute. Naissent alors des leaders viticoles (Emmanuel Maffre-Beaugé, André Cases, Jean Vialade, Jean Huillet) dont la parole fait descendre des dizaines de milliers de manifestants dans les rues de Béziers ou de Montpellier. Les affrontements se durcissent tout au long des années 70 jusqu’à la manifestation du 4 mars 1976, qui fait deux morts, un CRS et un vigneron, à Montredon des Corbières. 
  • Avec Jean Huillet, Claude Marti, Rémy Pech, André Cases.


  • Valérie Boidron, auteur d’une thèse en ethnologie sur l'étude des vignerons qui ont réhabilité des cépages anciens, autochtones, oubliés… sous le titre "Culture vigneronne : vignerons, pratiques et ampélographie populaire".  
  • Mickaël Wilmart, ingénieur d'études à l'EHESS-Groupe d'archéologie médiévale.



  • Laurent Bouby, ingénieur d’étude au CNRS-CBAE, Montpellier.   
  • Matthieu PouxProfesseur d'archéologie gallo-romaine à l’Université Lumière Lyon 2
  • Fanette Laubenheimer, Directeur de Recherche émérite au CNRS
  • Jean-Pierre Brun, professeur au Collège de France. Chaire des Techniques et économies de la Méditerranée antique

Remarque : en suivant les liens ci-dessus, vous accédez à la page de chacune des émissions. Alors, cliquez sur le gros bouton rouge décoré d'une flèche blanche pour écouter l'épisode. 
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lundi 18 novembre 2013

Entretien avec Vassilis Alexakis

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Le mardi 8 octobre, à l’auditorium de la médiathèque, les budistes et sympathisants ont assisté à un
Entretien avec le romancier grec Vassilis ALEXAKIS
conduit par notre Président Alain MALISSARD

L’invité n’était pas un inconnu pour le public orléanais ; venu en effet il y a quinze ans, exactement le 13 novembre 1997, il avait présenté son œuvre romanesque sous le titre :
Ce voyage, Vassilis Alexakis l’a refait devant nous, avec de nouveaux détours et de plaisantes digressions, toujours en gardant l’allure spontanée d’une conversation libre, comme au IVe siècle avant notre ère, celle des disciples de Platon sous les portiques de l’Académie...

Jean Nivet, dans une présentation impeccable, a resitué le parcours de l’écrivain venu en France à dix-sept ans qui a “toujours vécu sa double culture comme un enrichissement et non comme un déchirement, établissant sans cesse des ponts entre ses deux patries”. Il a rappelé l’abondance et la variété de son œuvre (hésitant entre les termes de “roman” et de “récit”), citant Les mots étrangers, Après J.C. pour s’arrêter sur le dernier livre paru en 2012 intitulé L’enfant grec. Il a fait remarquer qu’en se fiant au titre, les lecteurs ont pu être quelque peu surpris, car, s’ils retiennent les allusions à l’Athènes d’aujourd’hui, ils constatent que tout se passe à Paris, au Jardin du Luxembourg, le “Luco” en automne (celui que décrivait Anatole France au début du Livre de mon ami). On y croise des êtres familiers, tels les sœurs qui tiennent le théâtre de marionnettes, ou Marie-Paule, la dame pipi, Ricardo le SDF, M. Jean, un ancien bibliothécaire du Sénat, mais aussi les héros de nos lectures, Don Quichotte, D’Artagnan, Cyrano, Robin des Bois, Tarzan ou encore Jean Valjean et Cosette, qui se mêlent à quelques personnages historiques ayant fréquenté le quartier, de Baudelaire à Lénine… Il faut y ajouter le narrateur, qui a des points communs avec l’auteur — devenu parisien à partir de 1968 après l’installation du régime militaire en Grèce. Invité par Alain Malissard à préciser l’image d’un écrivain “à double appartenance”, Vassilis Alexakis a répondu très simplement : “Ce sont les Colonels qui m’ont obligé à changer de langue. Après mes trois premiers romans rédigés en français, pour écrire le suivant (Talgo), j’ai été obligé de réapprendre le grec, sur le tas, à l’aide du magnétophone. Depuis j’écris deux fois mes livres, d’abord en grec, ensuite je les traduis moi-même, ce qui me pose souvent de sérieux problèmes de traduction ! “

V. Alexakis a abordé ensuite avec la même simplicité naturelle la grave question de la création romanesque ; il affirme écrire des romans plutôt que des récits, car le roman implique l’imaginaire, même s’il y entre une part d’autobiographie — et d’ailleurs “une autobiographie, dit-il, est souvent construite comme un roman”. Le but du romancier, c’est d’inventer une histoire — et d’en avoir conscience ; il avoue avec humour : “J’ai su très tôt en somme que la meilleure façon de raconter un événement, c’était de l’inventer”. Et d’ajouter: “Quel sentiment de liberté !”.

V. Alexakis s’est ensuite prêté de façon très naturelle au jeu des questions ; à la première portant sur la frontière entre le réel et l’imaginaire, il a répondu qu’en général elle n’existait pas, mais que pour sa part, il cherchait toujours un rapport avec la réalité. Un auditeur ayant remarqué la fréquence des citations dans ses livres, il a déclaré vouloir briser le rythme narratif, donner au texte une respiration et aussi, introduire une note humoristique ; ce qui peut contraster parfois avec des séquences plus graves (A. Malissard en a relevé une en particulier dans L’enfant grec : au petit théâtre du Luxembourg, la marionnette figurant la mort).

Au fur et à mesure des interrogations, notre hôte a apporté un éclairage sur la “fabrication” de ses livres : il cherche, dit-il, toujours à associer le lecteur à son travail de narrateur (le lecteur serait en quelque sorte présent dans la chambre où il écrit.) A l’œuvre linéaire, sur un thème unique, il préfère une œuvre bâtie sur deux axes, ou même sur deux sujets : par exemple, dans Avant J.C. il y a, d’une part une enquête sur la vie des moines du Mont Athos, de l’autre une réflexion sur le partage de la Grèce entre le monde antique et la religion orthodoxe, c’est-à-dire entre la liberté de la pensée philosophique et le dogmatisme étroit de l’Eglise byzantine.

La plupart du temps, ce sont ces deux orientations qui vont alimenter la trame romanesque et même imposer les personnages, à l’insu même du romancier qui, au départ, peut ignorer la fin de l’histoire ! Dans L’enfant grec on voit se dessiner deux grands thèmes : celui de la maladie, de l’immobilité et de la mort, de l’autre, celui du retour à l’enfance. Comme le dit si pertinemment un critique : “D’un jardin à l’autre, du Luxembourg à Kallithéa, quartier de l’enfance d’Alexakis, les personnages s’invitent et forment un pont entre la vie d’avant et celle d’aujourd’hui, un pont pour les exclus, élargissant du même coup le champ de ce roman à un monde bien plus vaste où la littérature est une terre sans frontières…”
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mercredi 13 novembre 2013

Concert à Saint Marceau les 23 et 24 Novembre

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Notre amie Monique BAGNESTE me prie de vous informer qu'un concert intéressant aura lieu à l'église Saint Marceau les prochains 23 et 24 novembre.

[Pour plus de précisions, cliquez sur l'affiche]


Alfred Desenclos (1912-1971) est un compositeur important du XXe siècle. Son fils Fréderic accompagne à l'orgue solistes et choristes de l'ensemble vocal Hémiole dirigé par Christian EYPPER. D'autres pièces complètent le programme (Esquivel, Palestrina, Duruflé, Arvo Part)
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vendredi 25 octobre 2013

La rentrée de Budé - Diderot et les peintres de son temps


Ce jeudi 26 septembre, la section orléanaise de l’Association Guillaume Budé accueillait ses membres et son public pour sa première séance de l’année.

Comme à l’accoutumée, le Président Malissard présentait un compte rendu des activités de l’année écoulée.
La section a organisé sept conférences mais la huitième, la rencontre avec Julia Kristeva, n’a pu avoir lieu après deux désistements consécutifs de l’écrivaine. Le partenariat avec le CDN a permis aux membres inscrits d’assister à trois pièces de théâtre (La Mouette, Six personnages en quête d’auteur, Georges Dandin) et à deux lectures. Le jubilé de notre secrétaire André Lingois fêté à l’issue de la conférence de janvier fut un moment fort et se prolongea en quelque sorte avec le voyage de trois jours (organisé par lui-même et Gérard Lauvergeon) dans sa chère Bourgogne.
La situation financière est stable, malgré la diminution des entrées aux conférences et une légère baisse des effectifs. Pourtant, cette année encore, les cotisations restent inchangées.
Le président donne alors les grandes lignes de la nouvelle saison, marquée par un retour à l’Antiquité. Ainsi, il y aura quatre conférences sur cette période  historique. Une autre portera sur la Première Guerre mondiale (Philippe Nivet), anniversaire oblige. Et deux autres seront consacrées à la littérature contemporaine (Claude Simon et Vassilis Alexakis). Une promenade littéraire de deux jours aura lieu en mai ou juin, consacrée à Ronsard.
La collaboration avec le CDN est renouvelée avec les pièces « Hannibal » de Grabbe, « Par les villages » de Handke et « Faim » de Knut Hamsun et avec une lecture tirée de l’Antigone de Sophocle.
Le bureau de la section s’est enrichi par l’entrée de deux nouveaux membres : Nicole Laval-Turpin au titre du secrétariat et Elodie Cechetti pour la communication. Le président remercie Claude Viviani pour tout le travail accompli : tenue du blog, diffusion des informations, enregistrements des conférences, etc. La salle ratifie en applaudissant chaudement notre maître toilier.

Le président donne alors la parole à Jean Nivet assisté de Nicole Laval –Turpin, de Marie-Hélène Viviani et d’André Lingois pour une lecture à plusieurs voix sur le thème : 
DIDEROT ET LES PEINTRES DE SON TEMPS,
en hommage pour le 300ème anniversaire de la naissance du philosophe.

Diderot, né à Langres le 5 octobre 1713, a laissé  une œuvre foisonnante, et dans celle-ci, le choix de Jean Nivet a été de montrer l’œuvre du critique d’art, à travers ses « Salons » dont il a assuré le compte rendu pour le périodique de Grimm de 1759 à 1781. Il s’y montre en effet dans toute sa spontanéité, dans tout son naturel et nous révèle  ses goûts et sa personnalité.
Sous la houlette du meneur de jeu, les peintures exposées lors de ces Salons  sont mises en regard des textes de Diderot les concernant, ce qui sollicite à la fois l’œil et l’oreille pour donner une grande cohérence au propos.
Diderot a été un critique souvent féroce (il invente le terme de « croûte ») même aux dépens de son ami Lagrenée, et il se laisse aller à son côté libertin à la vision de belles nudités  ou devant « La jeune fille pleurant son oiseau mort » de Greuze. Mais, au fil des Salons, il a acquis une réelle compétence en art, préparé à cette tâche par ses articles de l’Encyclopédie (sur le Beau notamment) et par la fréquentation des artistes. Balayant vingt années de production picturale française, il assiste au passage du « rococo » au néo-classicisme, de Boucher qu’il n’aime pas au jeune David qu’il admire.
Ses goûts le portent vers la peinture dite de « genre » pourtant moins considérée à l’époque que la peinture académique et, pour la réaliser il conseille aux peintres de quitter leur atelier pour observer la réalité et la nature. Il faut faire « ressemblant » et il est intransigeant sur les détails justes, le choix des couleurs, la composition.
Pour Diderot, la peinture doit susciter des émotions, faire appel à la sensibilité, « aller à l’âme par l’entremise des sens », même en acceptant la grande violence des batailles ou des tempêtes qui suggèrent l’horreur ou le pathétique. Le peintre lui-même doit être saisi par l’enthousiasme du métier, comme il le ressent à travers les paysages tourmentés de Joseph Vernet ou de Loutherbourg, préfigurant la peinture romantique.
La peinture doit aussi porter à la méditation et assumer un rôle moral, à l’instar de son théâtre, d’où son admiration pour Greuze et ses tableaux comme « Le fils ingrat » et « Le fils puni ».
Le grand mérite de Diderot est d’avoir perçu, à partir des années 1770, que l’avenir de la peinture se trouvait dans la propre vision du peintre : « votre soleil n’est pas celui de la nature ». Il accepte que la couleur et le rendu de la lumière priment sur le dessin et sur le sujet du tableau. Et Chardin lui révèle, dans ses natures mortes, une nouvelle manière de peindre, « la manière heurtée », abandonnant la fusion des teintes pour des couleurs franches. Diderot a donc su voir toute l’originalité de ce peintre, notamment dans sa « Raie dépouillée » qui annonce les techniques reprises au XIX° siècle.
Il ressort de cette remarquable contribution à quatre voix soutenue par la projection d’une cinquantaine de tableaux que Diderot a été un immense critique d’art et qu’il a eu un regard « très moderne », se libérant  du « Grand Goût » de l’époque et anticipant les évolutions futures de la peinture. C’était lui rendre un bel hommage.

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Je signale que le Musée des Lumières Denis Diderot a été inauguré à LANGRES le 5 octobre 2013 (ouverture au public fin 2013) dans un très bel hôtel particulier rénové du XVIIIe siècle. Y figurent dans une salle consacrée aux « SALONS » des toiles dont Diderot a rendu compte.


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