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samedi 23 novembre 2013

Histoire du vin…

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Comme la vigne et le vin intéressent de nombreux budistes, ainsi que notre récent "voyage littéraire en Bourgogne" en témoigne, leur sagacité a dû les conduire à écouter, cette semaine sur France Culture, l'émission "La Fabrique de l'Histoire" qui traitait de l'Histoire du vin.


Au cas, bien improbable, où certains d'entre vous, distraits par d'autres occupations, auraient oublié de suivre ces émissions (environ 52 min chacune), voici des liens pour corriger cette omission :




  • Balade dans le vignoble d'Argenteuil avec Hervé Bennezon, professeur d'Histoire-géographie à L'Isle-Adam et  Emmanuel Monteau, œnologue sur les vignobles d’Ile de France au XIXème siècle.


Un documentaire d’Emmanuel Laurentin et de Séverine Cassar. Au début des années 1970, les vignerons du sud de la France sont dans une situation financière délicate. L’intégration européenne fait entrer en concurrence leurs productions et celles de l’Italie, tandis que les accords signés à la fin de la guerre d’Algérie autorisaient l’importation de vins algériens. Cette crise économique se double d’une crise d’identité. Le Sud de la France se considère incompris du pouvoir parisien. Les revendications occitanistes prennent une telle ampleur qu’à partir de 1972 la région abrite un foyer de contestation important : le Larzac. C’est dans ce contexte, rappelant aux plus anciens la grande crise viticole de 1907, que renaissent des actions viticoles, créées à l’époque par le leader Marcellin Albert. Soutenus par la population, les vignerons passent à l’action, n’hésitant pas à affronter les C.R.S. et à plastiquer perceptions ou péages d’autoroute. Naissent alors des leaders viticoles (Emmanuel Maffre-Beaugé, André Cases, Jean Vialade, Jean Huillet) dont la parole fait descendre des dizaines de milliers de manifestants dans les rues de Béziers ou de Montpellier. Les affrontements se durcissent tout au long des années 70 jusqu’à la manifestation du 4 mars 1976, qui fait deux morts, un CRS et un vigneron, à Montredon des Corbières. 
  • Avec Jean Huillet, Claude Marti, Rémy Pech, André Cases.


  • Valérie Boidron, auteur d’une thèse en ethnologie sur l'étude des vignerons qui ont réhabilité des cépages anciens, autochtones, oubliés… sous le titre "Culture vigneronne : vignerons, pratiques et ampélographie populaire".  
  • Mickaël Wilmart, ingénieur d'études à l'EHESS-Groupe d'archéologie médiévale.



  • Laurent Bouby, ingénieur d’étude au CNRS-CBAE, Montpellier.   
  • Matthieu Poux, Professeur d'archéologie gallo-romaine à l’Université Lumière Lyon 2
  • Fanette Laubenheimer, Directeur de Recherche émérite au CNRS
  • Jean-Pierre Brun, professeur au Collège de France. Chaire des Techniques et économies de la Méditerranée antique

Remarque : en suivant les liens ci-dessus, vous accédez à la page de chacune des émissions. Alors, cliquez sur le gros bouton rouge décoré d'une flèche blanche pour écouter l'épisode. 
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dimanche 5 février 2012

L’Atlantide de Platon à nos jours par Pierre VIDAL-NAQUET

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Dans le cadre du cycle "Retour aux conférences passées…" voici :

par Pierre VIDAL-NAQUET


Cet enregistrement a été effectué le mardi 22 novembre 2005 dans l'auditorium du musée des beaux-arts d'Orléans.


Remarques : 
  • cette conférence a été donnée quelques mois avant le décès de M. Pierre Vidal-Naquet (29 juillet 2006) ;
  • ce dernier qui enseignait au Lycée Pothier d'Orléans durant scolaire l'année 1955-56, était présent, le 22 novembre 1955, à une conférence de notre association sur Le mythe de l'Atlantide par Fernand Robert,  il vient nous parler 50 ans après, jour pour jour, du même sujet : l'Atlantide. La présentation d'Alain Malissard explique cette coïncidence (?) ;
  • le niveau du son n'est pas toujours constant, en effet M. Vidal-Naquet s'est assez souvent balancé sur sa chaise, … depuis nous avons acquis des micros-cravates.
Au bas de la page multimédia, j'ai placé quelques photos prises durant cet événement où apparaît le visage volontaire de M. Pierre Vidal-Naquet. 


Vous pouvez consulter le compte rendu de cette conférence.
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mercredi 25 janvier 2012

Paroles de poètes, par Jean-Marie BARNAUD et Jean-Pierre SIMÉON

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Dans la cadre du nouveau cycle "Retour aux conférences passées…" voici une première cassette numérisée :

par Jean-Marie BARNAUD 
et Jean-Pierre SIMÉON, poètes

Cet enregistrement a été effectué le mercredi 8 février 2006, dans la salle Marcel Reggui de la Médiathèque d'Orléans.

Vous pouvez aussi consulter le compte rendu de cette conférence à deux voix.
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Retour aux conférences passées…

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Notre association a été créée il y a bientôt 60 ans, c'était le 23 novembre 1954. Depuis cette date, près de 350 conférences ont été prononcées. Vous pouvez retrouver le compte rendu de chacune de ces conférences sur une longue page de notre site intitulé "Les conférences depuis 1954", il vous suffit de cliquer sur leur titre.

Un formidable travail de Bénédictin a été effectué par les différents secrétaires de notre association, de Michel ADAM  à André LINGOIS et Gérard LAUVERGEON actuels titulaires de cette charge. Ces comptes rendus sont rédigés afin d'être publiés dans la rubrique "La vie des sections" du bulletin de notre association nationale (deux numéros par an).

Depuis longtemps Pierre NAVIER d'abord, puis moi-même, nous enregistrons les conférences. Dans un premier temps pour éventuellement aider les secrétaires dans leur tâche, puis pour les communiquer aux absents. Enfin nous les avons mises en ligne afin de les proposer à l'écoute sur le web. Aujourd'hui, elles sont directement numérisées grâce aux enregistreurs portables modernes. Comme de nombreuses cassettes ont aussi été enregistrées au fil du temps, nous avons décidé de les numériser.

Une zone "multimédia", accessible à partir de l'espace "Budé-multimédia", été mis en place sur notre site (en bas et à droite de notre page d'accueil). Aujourd'hui vous pouvez écouter toutes les conférences données depuis septembre 2009. Je vais vous proposer d'écouter ou de réécouter les enregistrements anciens que nous possédons, à raison d'une conférence par semaine.

Vous êtes invités à réagir à ces publications en rédigeant des commentaires (souvenir, découverte, intérêt…). Pour cela il vous suffit de cliquer sur le lien "commentaires" situé sous chacun des messages de ce blog.

Note : quelques explications à propos de la rédaction des commentaires sur notre site.
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samedi 31 décembre 2011

Champagne !

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Pour fêter la fin de l'année 2011, France Culture vient de proposer à ses auditeurs une semaine spéciale consacrée au vin.
Toutes les émissions "Sciences" (de 14 à 15 heures, tous les jours ouvrables) de cette antenne nous ont régalé les oreilles de glouglous et autres éclatements de bulles…
Voici le programme que vous pouvez, à loisir, écouter de votre fauteuil, peut-être un verre de champagne à la main :
Si vous cliquez sur le titre de l'émission vous pourrez lire sa présentation, puis en cliquant sur le gros bouton rouge décoré d'une flèche blanche, vous pourrez écouter la dite émission (n'oubliez pas de monter le volume de votre ordinateur).
Au cas où vous voudriez conserver ces émissions (ou plus tard, lorsque les liens ci-dessus n'existeront plus, les écouter) c'est par ici (cliquez sur les liens ci-dessous, puis, une fois la page chargée, sur Download) :
Bonne écoute !

PS :  en cliquant sur le titre de ce billet vous pouvez retrouver une synthèse de cette initiative roborative et d'autres liens viniphiles.

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jeudi 22 décembre 2011

L'Orient aux Rendez-vous de l'histoire

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Quelles que soient les bonnes raisons qui vous ont fait manquer les 14e Rendez-vous de l'histoire de Blois (13/16 octobre 2011) : trop de monde, trop de bruit ou pas assez de… vous pouvez maintenant depuis votre cher fauteuil, écouter et réécouter toutes les interventions, visionner certains débats et conférences qui se sont tenus dans l’hémicycle de la Halle aux Grains et même profiter du concert baroque "à la cité interdite",…

Je résume :
Joyeux Noël…
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mardi 4 octobre 2011

Rome sur France Culture

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Sur France Culture, deux émissions radiophoniques récentes qui avaient pour sujet Rome, m'ont intéressé :

Pour écouter cette émission, c'est par ici.
 
    Pour l'écouter, C'est par là.
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      samedi 1 octobre 2011

      Réécouter les conférences de cette semaine…

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      Il est possible d'écouter ou de télécharger les fichiers des enregistrements sonores des deux conférences de jeudi et vendredi derniers (et toutes celles de la saison 2011-2012) :

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        mardi 31 mai 2011

        Sortie littéraire du 28 mai 2011 : autour de la forêt de Fontainebleau

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        7 h 30, 49 budistes prennent la direction de la forêt de Fontainebleau. Jean Nivet expose alors le programme de la journée.

        Le château d’Augerville,
        audio - page de notre site - diaporama

        À Barbizon, nous visitons l'auberge Ganne transformée en musée,
        Une halte aux gorges de Franchard, pour parler de la forêt de Fontainebleau,

        Repas, à l’auberge d’Auvers Galant, près de Milly à Noisy-sur-École,

        À Milly-la-Forêt : maison de Jean Cocteau (transformée en musée) et son jardin,
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        puis la petite chapelle Saint-Blaise-des-Simples,
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        Le château de COURANCES et son splendide parc,
        audio - page de notre site - diaporama - site

        Enfin, l'église de Champmotteux où se trouve le cénotaphe de Michel de l’Hospital,
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        Et pour conclure, quelques poèmes de Jean Cocteau.

        Remarques : 
        De nombreux textes littéraires ont aussi été dits sans être enregistrés.  
        Les enregistrements audio ont été réalisés dans le car en mouvement,  les bruits du moteur accompagnent donc malheureusement les orateurs.
        Pour écouter les enregistrement cliquez sur le lien "audio" (un certain délai est nécessaire avant l'émission du son), pour les sauvegarder sur votre ordinateur, faites un clic droit, puis "enregistrer sous…"
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        samedi 16 avril 2011

        Alessandro VALIGNANO S.J. par Sylvie MORISHITA

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        Le mardi 9 avril, la section orléanaise de l’Association Guillaume-Budé, dans la série “Ouverture sur le monde”, après la vie dans les étoiles, la vie numérisée, a proposé une incursion dans le Japon à la fin de l’ère féodale par le truchement d’un jésuite italien.
        La conférence de Madame Sylvie MORISHITA
        Doctorante à l’Ecole de Théologie de Strasbourg
        avait pour sujet :
        Alessandro VALIGNANO, S.J. un humaniste italien
        dans le Japon du XVI° siècle
        C’était à notre vice-présidente Geneviève DADOU que revenait l’honneur de présenter la conférencière, devenue pour elle une amie depuis leur participation commune à Radio R.C.F. Celle-ci, originaire de Nantes, a rencontré à la Faculté Catholique d’Angers un jeune étudiant venu de l’Empire du Soleil levant qu’elle a épousé, s’est mise aussitôt à l’apprentissage de la langue japonaise et a entrepris une thèse sur les missions catholiques au Japon au cours des XVIe et XVIIe siècles.

        Avant de faire le portrait de Valignano, qui joua un rôle très important et qui reste encore méconnu, alors que son disciple Matteo Ricci, évangélisateur de la Chine, a été l’objet l’an dernier d’une célébration officielle en France comme en Italie, Sylvie Morishita a tenu à situer le contexte historique du Japon du XVI° siècle. Au cours de cette période tumultueuse, le clan des guerriers - des seigneurs féodaux ou “daïmio” ne respectait plus le pouvoir du “Shogoun” (le chef militaire à qui l’Empereur délègue en réalité son autorité). C’est dans ce climat troublé que le Japon est entré en contact avec l’Occident : les “Barbares du Sud”, c’est-à-dire les Portugais (par opposition aux Hollandais surnommés les “poils rouges”) grands navigateurs venus par le Cap de Bonne-espérance, après avoir fait halte dans leurs comptoirs de Goa, Malacca et Macao ont abordé à l’ïle de Kiû-Shû pour des raisons commerciales. Chacun se souvient des Conquérants de Hérédia et du “fabuleux métal que Cipango mûrit dans ses mines lointaines”, mais ignore que le métal en question était l’argent, qui représentait alors à peu près le tiers de la production mondiale. La ville de Nagasaki a été fondée pour les besoins du négoce entre Portugais et Japonais par l’intermédiaire des Jésuites : elle sera à l’époque en quelque sorte à la fois un port international et une cité chrétienne. Notre conférencière insiste sur le rôle de la Compagnie de Jésus, laquelle travaille dans l’orbite du “patronage” portugais, où le roi représente la refondation de la religion, mais contrôle les finances — le spirituel et le politique étant toujours mêlés ; elle a participé à ce fructueux commerce, en principe interdit. Valignano fut justement un des premiers à le soutenir ; il s’opposera plus tard à la venue des Ordres mendiants déjà installés aux Philippines, ayant suivi, depuis Acapulco au Mexique la fameuse “route du galion de Manille” ouverte par le frère augustinien Andrès Urdaneta. Il essaiera même d’obtenir, en vain, une interdiction papale. Ces ordres vont alors proliférer, se quereller entre eux ; il en résultera des persécutions dès la fin du XVIe, et finalement, en 1639 tous les missionnaires seront expulsés.



        À la suite de cette mise au point fort utile, Mme Morishita s’est attachée à cerner la personnalité originale de Valignano. Cet italien, né en 1539 à Chieti dans les Abruzzes, c’est-à-dire dans le Royaume de Naples, étudiant à l’Université de Padoue, fut admis chez les Jésuites en 1566, ordonné prêtre en 1570 ; dès 1573, il est nommé “visiteur des missions en Inde et Extrême-Orient” — charge très importante — et s’embarque pour Goa avec 41 Jésuites qu’il a recrutés lui-même. Après Malacca et Macao, il atteint Nagasaki en 1579 pour son premier séjour (il en fera deux autres). En 1592, il repart à Macao où il fonde le Collège St Paul, centre de formation des missionnaires en Asie et y meurt en 1606.

        Pour apprécier l’œuvre de notre Jésuite, nous possédons un document essentiel, écrit en castillan, le “Sumario de las cosas del Japon” ou Inventaire des choses du Japon paru en 1583. Il y note, entre autres, la “grande patience et la grande endurance dans l’adversité“ ainsi que le haut niveau intellectuel des Japonais. Au nom de l’acculturation, il demande que les missionnaires s’adaptent au pays étranger (et non le contraire !) ; il explique la nécessité de former un clergé local et pense même qu’on peut admettre des Nippons dans la Société de Jésus ! Il a organisé des écoles de deux niveaux : le “seminario” (où l’on apprend le japonais et le latin), le “collegio” : un enseignement supérieur avec cursus des humanités européennes et japonaises. Dans son désir de rapprochement entre l’Orient et l’Occident, il a organisé la première ambassade japonaise en Europe (qui dura de 1582 à 1590) : quatre jeunes vont faire la connaissance de la culture chrétienne et des nations européennes tout en montrant le rôle bénéfique des missions (avec en plus, l’obligation de rapporter d’Anvers une presse d’imprimerie). Ce détail va nous conduire à un chapitre non négligeable du travail des Jésuites au Japon — sur lequel on ne peut s’étendre — ce sont leurs publications nombreuses et variées comme les œuvres de Cicéron, les traités de théologie, les dictionnaires, les livres de piété (le “best seller” étant L’Imitation de notre Seigneur sous le titre Comptentus mundi). Le premier livre sorti au Japon de la fameuse presse, installée dans le village de Katsuza, était une “Vie des Saints”, avec une gravure sur cuivre, copie d’un original imprimé à Anvers par Christophe Plantin (originaire de Montlouis !) Bel exemple de mondialisation... au XVIe siècle! Et c’est bien à Valignano — qui a jeté un pont entre l’Orient et l’Occident — que nous devons cet échange pacifique. 

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        vendredi 25 mars 2011

        Un enregistrement de Jacques BOUDET (198O)

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        Nous avons retrouvé dans nos archives un enregistrement, vieux de plus de trente ans, d’une conférence de Jacques BOUDET et nous avons pensé que ceux qui l’ont connu aimeraient entendre à nouveau la voix de celui qui a été vice-président de notre association orléanaise depuis sa fondation.

        Ce jour-là, le 28 octobre 1980, dans la salle de conférences du centre Charles-Péguy, Jacques Boudet parla de deux Orléanais en procès, Charles Péguy contre Gustave Lanson. Lanson, en effet, a été pendant plusieurs années en butte aux critiques et aux sarcasmes de Péguy : celui-ci ne lui avait pas pardonné d’avoir éreinté le mémoire sur Vigny qu’il avait présenté alors qu’il était jeune normalien. Aussi, pendant plusieurs années, Péguy multiplia-t-il les accusations les plus injustes contre le grand critique. Pourtant Lanson ne lui en a pas tenu pas rigueur, puisque, après la guerre, il ajouta un bel éloge de son compatriote Péguy dans son Histoire de la Littérature française.

        Vous pouvez télécharger le fichier mp3 de cette conférence.

        Cet enregistrement est aussi accessible depuis la page d'accueil de notre site (cliquer, en bas et à droite, sur "Écouter quelques conférences", puis sur "saisons antérieures").
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        mardi 22 mars 2011

        Explorer l'incertain par Marie-Claire Bancquart

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        Professeur émérite à la Sorbonne, Marie-Claire Bancquart a travaillé particulièrement sur Maupassant, Anatole France, Jules Vallès et les surréalistes. Elle est aussi l’auteur de six romans. Mais, consciente des insuffisances de la prose rhétorique et de la prose romanesque, elle s’est investie essentiellement dans l’écriture poétique. C’est à ce titre qu’elle a été invitée par notre association, dans le cadre des rencontres avec des poètes que nous organisons depuis quelques années. Et Marie-Claire Bancquart a réagi de bonne grâce, et avec un remarquable dynamisme, aux questions que Franck Collin (faculté des Lettres d'Orléans) s’est chargé de lui poser au nom d’un auditoire nombreux et sympathiquement plus juvénile que nos auditoires habituels.


        Invitée d’abord à commenter le titre de son dernier ouvrage (Explorer l’incertain) Marie-Claire Bancquart a présenté le langage poétique comme un instrument par lequel nous tentons de dévoiler ce qui reste mystérieux en nous et pour nous, un instrument par lequel nous explorons ce que nous nous sommes pas capables de discerner clairement soit dans notre vie (par exemple un amour naissant), soit dans notre corps (par exemple une maladie sourdement présente).

        Plus proche de Plotin que de Platon, Marie-Claire Bancquart dit ne pas faire de différence entre l'âme et le corps, entre le raisonnement et la sensation. Elle perçoit l'univers comme quelque chose de continu dans quoi on doit se placer pour arriver à une véritable sensibilité poétique, permettant de retrouver la qualité même du vivant. D'où, pour elle, l'importance du corps, par lequel nous nous trouvons en communauté et en communication avec l'ensemble du monde vivant. D’où cette "poésie de l’intérieur du corps" et ces "petites choses" extérieures (arbres, bêtes, brins d’herbe ou détails d’une ville) ressenties comme de véritables "puits de mystère" qu’elle soumet à son examen et qu’elle s’efforce de mettre en relation avec l’ensemble de l’univers. Assez proche en cela de Spinoza, Marie-Claire Bancquart dit sentir en elle comme un "appel de l’organisme", un mouvement personnel qui la porte vers un mouvement universel. Sa poésie est une poésie qui s’interroge sur la vie, sur la mort, sur la mémoire, s’efforçant toujours d’aller "au plus profond du puits".

        Marie-Claire Bancquart explique cette sensibilité particulière en partie par son enfance qui s'est développée dans la guerre et dans la maladie (victime d'une tuberculose osseuse, elle est restée, dans son enfance, immobilisée dans un plâtre pendant près de cinq années). Avoir la mort en regard lui a permis de donner à la vie ce prix dont beaucoup d'entre nous semblent ne pas avoir conscience.


        En revanche, Marie-Claire Bancquart refuse l'idée qu'il y aurait une sensibilité particulière de la femme : lorsqu'elle écrit sur l'amour, la mort, le partage, elle n'a pas l'impression d'écrire "comme une femme". Certes, dans l'ordre ancien, les femmes se trouvaient reléguées au second rôle de muse, de confidente ou d'intendante ; mais les femmes de plume modernes s'affirment "poètes tout simplement", comme cela est apparu lors du 12e Printemps des poètes et dans la sélection de poèmes publiée à cette occasion sous le titre Couleurs Femmes.

        Marie-Claire Bancquart revient ensuite sur ce qu’a été sa découverte de la poésie. Comme ce fut le cas pour la plupart des adolescents de sa génération, ses études secondaires ne lui ont présenté aucun poète postérieur à Apollinaire, sinon les "poètes de la Résistance" qui, pour être accessibles au plus grand nombre, pratiquaient une poésie assez traditionnelle, souvent médiocre. Après la guerre, alors qu’on assistait à un inquiétant déclin de la poésie, le structuralisme s’est engouffré dans ce vide, imposant une poésie jouant uniquement sur le langage, une poésie de pure recherche où l'écriture est seule avec l'écriture ; mais cette poésie stérilisée dans l’abstraction ne convenait en rien à la jeune adolescente de dix-huit ans qui a dû son ouverture à la poésie essentiellement à trois poètes : Michaux, Bonnefoy et Frénaud.

        S'attardant sur ce dernier, Marie-Claire Bancquart explique pourquoi ses Rois Mages l'ont séduite : ce texte, écrit en 1941, prend certes place parmi les poèmes de la Résistance, mais d’une manière originale, avec une arrière-pensée, car André Frénaud se doutait que, même après la victoire souhaitée, il y aurait de grandes tristesses et de grands dangers; c'est pourquoi ses rois mages, en marchant vers l'Étoile, sentent qu'il vont échouer dans leur mission ; et pourtant quelque chose les pousse, le besoin vital de sentir les autres, la nature et les hommes.

        Marie-Claire Bancquart se dit consciente que la véritable poésie, aujourd'hui, continue de susciter une certaine méfiance. Il suffit de rappeler quelle fut la réaction de nombreux enseignants lorsque les Planches courbes de Bonnefoy ont été inscrites au programme de la classe terminale littéraire : ils jugèrent presque impossible de présenter ce recueil à des élèves pour lesquels la poésie n'est qu'évocation d'un objet extérieur ou simple expression lyrique. Cette remarque offre l’occasion à Marie-Claire Bancquart d’insister sur le fait que l'ennemi de la poésie est la facilité, l'épanchement des états d'âme, la "bibine sentimentale", la "dégoulinade des bons et mauvais sentiments" et même la "poésie psychologique". Sans chercher la difficulté ou l'obscurité pour elle-même, elle conçoit la poésie avant tout comme un travail rigoureux sur le texte, sur la langue, sur les mots, sur leur étymologie (n'est-il pas fascinant que le mot "mot" et le mot "muet" se greffent sur une même racine "mu" désignant le son inarticulé ?). Ainsi le langage poétique procède-t-il par décalages volontaires par rapport à la langue commune, ce que Marie-Claire Bancquart appelle des "désobéissances".

        Et notre invitée nous donne un exemple de son travail sur le langage avec le mot "énergumène", qu’elle a utilisé dans le titre de son recueil de l’année 2009 (Terre énergumène) : étymologiquement l’énergumène est "celui qui est sous l'influence d'un esprit mauvais" ; c'est aussi, au XIIIe siècle, l'hérétique ; mais, aujourd'hui, on peut appeler ainsi celui qui pense à côté de la pensée admise, celui qui a assez de force, d'énergie, pour donner l'exemple de la liberté de pensée. Et Franck Collin de faire remarquer que tout enseignant, aujourd'hui, se devrait d'être, en ce sens du moins, un énergumène…

        Pour nourrir sa poésie, Marie-Claire Bancquart s'efforce de remonter aux origines non seulement des mots, mais aussi des idées et des thèmes. D'où son intérêt pour les mythologies grecque, latine ou chrétienne, où se trouve enfermée toute l'aventure humaine. Elle cite en exemple Virgile et sa sixième églogue, le livre premier des Métamorphoses d'Ovide avec la très belle légende de Phébus qui, devant Daphné métamorphosée en abrisseau, pose sa main sur le tronc et sent le coeur qui palpite encore sous l'écorce (positaque in stipite dextra / sentit adhuc trepidare nouo sub cortice pectus) ; elle cite aussi le dernier livre des mêmes Métamorphoses où s'expose la doctrine pythagoricienne et enfin, dans l'Odyssée, le passage où Ulysse reçoit de Tirésias l'ordre de partir vers l'inconnu, jusqu'à ce qu'il arrive dans une contrée dont les habitants ne sauront pas ce qu'est une rame : c'est cet Ulysse devenu malgré lui explorateur de l'incertain, cet Ulysse image de l’homme jeté malgré lui dans l’aventure de la vie, qui a inspiré aussi Jean-Pierre Siméon dans son Odyssée dernier chant.

        Partant du titre Anamorphoses qu’elle a choisi pour l’un de ses recueils (celui de l’année 2002), Marie-Claire Bancquart va préciser encore ses idées sur la poésie. La poésie, dit-elle, c’est un "regard biaisant" que l’on porte sur les choses, de même qu’il faut regarder de biais les Ambassadeurs d’Holbein pour percevoir la tête de mort anamorphosée qui donne tout son sens au tableau. Et, en exemple, elle lit les vers qu’elle a écrits à partir du premier panneau de la Bataille de San Romano par Paolo Uccello, tableau sur lequel elle porte un regard très personnel et dans lequel elle s’autorise – parce que, dit-elle, elle en avait besoin – à introduire un lapin, animal qui, en fait, n’apparaît que dans le troisième panneau de la Bataille, celui qui est conservé à Florence).

        Bien que Marie-Claire Bancquart ne se rattache à aucune philosophie, à aucune religion, elle reconnaît que sa poésie est du domaine du sacré par les questions qu'elle pose : vers quoi allons-nous ? qu'est-ce que la mort ? quelle est cette énergie qui traverse l'univers ? L'essentiel, dans ce domaine, est, dit-elle, de ne jamais avoir le sentiment que l'on possède une vérité une fois pour toutes, mais d’être conscient que ces problèmes ne trouveront jamais leur solution, du moins dans notre état de vie actuel.

        Une lecture par Marie-Claire Bancquart d’extraits de son poème Babel a clos ces échanges passionnants, auxquels s’est ajoutée pour finir une remarque du mari de notre invitée, le musicien Alain Bancquart, qui a esquissé une comparaison entre le travail d’écriture du poète et le travail du compositeur, soulignant malicieusement combien la composition musicale est plus longue et plus astreignante encore que la composition poétique…

        Vous pouvez écouter cette conférence et voir quelques photos de cet événement sur notre site.
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        mardi 8 mars 2011

        La foule parisienne et ses évènements au XVIII° siècle par Arlette Farge

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        Pour cette conférence, notre section orléanaise accueille le 27 janvier 2011 Mme Arlette Farge. Directrice de recherche au CNRS et enseignante à l’EHESS, celle-ci a consacré sa vie à l’histoire des femmes et à l’histoire des classes populaires du XVIII° siècle. Auteur d’une vingtaine de livres (dont le dernier est : « Essai pour une histoire des voix ») et d’un nombre considérable d’articles, participant sur France-Culture à la « Fabrique de l’Histoire », elle a aussi donné au n° 64 de la revue orléanaise Théodore Balmoral un très beau texte dont le président Malissard lit l’extrait concernant le XVIII° siècle.

        Arlette Farge nous informe d’abord de sa « façon singulière de travailler ». Proche de Michel Foucault et de Jacques Revel, elle doit aussi beaucoup aux romanciers contemporains comme Pierre Michon et ses « Vies minuscules » ou Pascal Quignard. Ses sources sont avant tout les archives de la police, détenues par les Archives nationales et la Bibliothèque de l’Arsenal. Il s’agit de plaintes devant la justice, d’interrogatoires de police, de témoignages qui concernent de minuscules évènements, des incidents, des petites infractions, des désordres habituels mais pas la grande criminalité. Ce sont donc des gens de peu qui sont venus devant la police pour une rixe ou une plainte ordinaire. Ce type d’archive exige un travail minutieux et un protocole de recherche.

        L’historien y est confronté à des êtres de chair que l’histoire n’a pas retenu, à des anonymes qui ont réellement existé. Ils sont présents par des fragments de paroles, des bribes de phrases mais jamais de longs textes, ni d’anecdotes. Ce sont des gens qui se sont heurtés au pouvoir et la lumière sur eux vient du haut. Il faut savoir interpréter en historienne ces archives belles, émouvantes, pathétiques, en triant entre le vraisemblable et l’invraisemblable, entre les mensonges tactiques et la spontanéité franche.

        Les foules parisiennes au XVIIIe siècle sont semblables à celles des grandes villes comme Marseille et Lyon et Arlette Farge nous introduit dans l’essentiel de son développement par la lecture d’une description par les odeurs faite par Louis-Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris. Chaque quartier est une personne morale avec une personnalité particulière et l’on y vit sous le regard des autres car à l’époque, on vit dehors. Il n’y a pas de portes et les ateliers sont dans la rue. Il y a beaucoup de marchands ambulants. Espace public et espace privé sont confondus. Tout arrive par la Seine et notamment le bois du Morvan. Les carrefours sont lieux d’échanges et d’embauche, les ponts sont très animés. L’eau provient de la Seine, de la fontaine ou des porteurs d’eau. Montreurs d’ours et petits vendeurs de nouvelles et de pamphlets à un sou se côtoient. S’il y a solidarité entre voisins et compagnons de travail, la violence physique se frotte à une police bien organisée depuis le règne de Louis XIV et à l’incarcération dans l’une des 25 prisons.

        Aussi la foule est omniprésente dans les rues, les églises, sur les bords de Seine, dans les faubourgs où le vin est moins cher. Les voyageurs, comme Arthur Young, éprouvent de l’effroi devant cette marée humaine désordonnée. Ce qui frappe, ce sont les bruits, les voix et les gestes. Le peuple, aux deux tiers analphabète, est bouche ouverte. Il s’exprime avec son corps dans la promiscuité mais avec une grande pudeur. C’est une société orale, sans écrit. Chaque marchand a son cri pour être entendu dans la cacophonie.

        Les aristocrates comme la bourgeoisie marchande et intellectuelle vivent à Paris dans les hôtels du Marais ou dans les étages nobles des immeubles. Leurs domestiques traduisent à leurs maîtres tous ces cris très différents des conversations de salon et émis par des voix rauques et grossières. C’est une langue étrangère qui est au sens premier du terme « inepte » et les domestiques font fonction d’interprètes. S’ajoutent à cela les migrants venus de toutes les provinces du royaume pour trouver du travail. Population flottante utilisant tous les patois, tous les accents, toutes les prononciations à tel point qu’il faut des interprètes devant le tribunal de police.

        Pour le roi, la foule est « l’inconnue des inconnues ». Perçue comme « étrangère », elle fait peur. Partout, on colle très haut des affiches, des placards, aujourd’hui conservés sur plusieurs épaisseurs. On les lit à haute voix, les réactions fusent. Aussi Paris auquel le pouvoir porte grande attention est-il très surveillé par des inspecteurs de police et par des mouchards payés pour écouter ce qui se dit, notamment dans les cabarets. Les mauvais propos, même peu graves, peuvent conduire à la Bastille. Les blasphèmes et les sacrilèges sont les plus grands forfaits. Parler du roi est interdit car le lien roi- sujets doit être fusionnel mais des changements apparaissent. Dans l’émeute, la cabale, le peuple est immédiatement confronté à la monarchie. Son seul rempart est son corps. Mais les foules ne sont pas irrationnelles, leurs mouvements s’appuient sur des réalités sociales. Elles sont capables de ferveur, d’enthousiasme, de solidarité en plein siècle des Lumières.

        Les questions ont permis à Arlette Farge de préciser certains points.

        Elle ne croit pas à la continuité de l’histoire et elle travaille comme si la Révolution n’avait pas existé et sans penser que le 14 juillet allait arriver. L’histoire est imprévisible. Qui pouvait en 1720 prévoir 1789 ? La faiblesse de l’historien est qu’il connaît ce qui va arriver aux temps passés. Aussi doit-il être modeste.

        À propos des grandes villes de province, elle souligne le rôle très important des octrois, lieux de passage, de mendicité, de prostitution avec une sociabilité particulière liée à la présence des soldats.

        Comment la Révolution désirant une seule voix pour la nation souveraine a-t-elle résolu le problème de la langue ? Une grande enquête initiée par l’abbé Grégoire a été faite par 64 personnes envoyées dans les villages pour décrire tous les patois et toutes les prononciations. La volonté était d’éradiquer les patois. Pour commencer, la Déclaration de l’homme et du citoyen devait être prononcée en bon français.

        Enfin, une question a été posée sur la série télévisée « Nicolas le Floch ». Arlette Farge répond que tout y est vrai et que les auteurs, très malins, n’ont pas vraiment plagié ses recherches. Elle pense que si les découvertes des historiens sont utilisées par d’autres, cela doit les inciter à mieux faire passer leur travail auprès du public.
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        mercredi 2 mars 2011

        Peut-on encore vivre heureux dans la société numérique ? par Yann Padova

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        La séance du jeudi 10 février a été consacrée à un sujet de société très actuel posé sous la forme d’une question déterminante:
        Peut-on encore vivre heureux dans la société numérique ?
        Notre invité était:
        Yann PADOVA, secrétaire général 
        de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés

        En présentant le conférencier, intervenant à l’ENA et à l’École Nationale de la Magistrature, Alain MALISSARD a tenu à souligner la nouveauté d’un tel sujet qui fait appel à une technologie de pointe et qui, en même temps, montre la permanence de l’esprit budiste, puisque notre Père Fondateur, philologue et helléniste s’est fait connaître par le De Asse, un ouvrage en latin de réflexions morales et politiques à partir de problèmes monétaires.

        À une telle question, quelque peu provocatrice, certains esprits chagrins répondront par la négative, mais à l’inverse beaucoup considéreront que cette société numérique apporte le bonheur. Internet n’est-il pas une promesse de partage, de croyance en une convergence entre progrès moral et progrès technique ? Le droit au bonheur, inscrit déjà dans la Déclaration de 1789 n’est-il pas de nos jours imprescriptible ? C’est en effet sur cette notion de valorisation du bonheur que notre conférencier a commencé son analyse de la société contemporaine, caractérisée par la conjonction de trois phénomènes :
        • le besoin primordial de sécurité (conséquence immédiate de l’Attentat du 11 septembre 2001) avec une multiplicité des garanties,
        • le développement très rapide des technologies, lequel a créé une “société de surveillance”, avec une multiplicité de contrôles officiels et privés,
        • la présence d’une menace réelle, proliférante sur le bonheur individuel — ou tout au moins sur notre domaine personnel.
        Et c’est bien pour protéger la vie privée des personnes, laquelle risquerait de devenir “un espace en voie de disparition” — qu’a été créée la CNIL, par la Loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique et aux fichiers. Cet organisme de régulation est, du point de vue juridique, une A.A.I, c’est-à-dire une autorité administrative indépendante. Il a vu le jour à la suite d’une levée de boucliers causée en 1974 par le projet SAFARI (Système automatisé pour les fichiers administratifs et le répertoire des individus), où, à l’aide du simple numéro de Sécurité Sociale, interconnecté à toutes sortes de dossiers, il était possible de “ficher” tous les Français. On a cru voir le spectre de Big Brother se profiler à l’horizon…

        Yann Padova nous propose alors une analyse des risques. Le premier est contenu dans l’allégorie de George Orwell qui évoque à la fois un État omnipotent qui contrôle tout et un État inquisiteur qui veut tout savoir du citoyen, lequel devient totalement transparent dans les régimes totalitaires. On pense aussitôt à la création récente (le 20 juillet 2008) du fichier “Edwige” ou “exploitation documentaire et valorisation de l’information générale”, qui a soulevé un véritable scandale, faisant écho à celui causé par le décret de 1990 réorganisant le service des Renseignements Généraux. Un autre risque consiste en ce qu’on peut appeler l’“irrationnel irrécupérable” : le meilleur exemple est l’existence du STIC (système de traitement des infractions constatées) qui est une base de données interconnectant tous les fichiers de police que la Préfecture a le droit de consulter lors du recrutement de personnel ; étant donné que l’informatique conserve la mémoire de toute affaire, même classée depuis longtemps, elle fonctionne comme “un mécanisme à produire de l’exclusion”.

        Yann Padova, abordant un second point de son propos, nous montre que Big Brother n’est pas seul. Il y a un autre danger, plus insidieux appelé “Little Sister” : ce terme désigne “le développement et la multiplication non coordonnés des systèmes d’information collectant des données sur des personnes dont la synergie pourrait conduire à une certaine forme de surveillance, donc de restriction des libertés individuelles. ”Il faut prendre en compte, en plus des données objectives des papiers d’identité, de celles circulant sur les multiples réseaux sociaux tissés sur le web, lesquelles créent parallèlement une société de “sous-veillance”.

        Il passe ensuite en revue les principales techniques : la vidéo-surveillance (sur la voie publique comme dans l’usage privé), la géo-localisation (qui va du GPS à la filature policière), la biométrie ou l’identification d’un individu par une partie du corps (la plus “pointue” étant la reconnaissance faciale). Certains aspects du progrès technologique ne laissent pas d’être inquiétants, comme la vidéo-surveillance dite comportementale (capable de débusquer dans un groupe les attitudes bizarres ou “comportements erratiques”) Notre conférencier dénombre trois phénomènes préoccupants : la concentration (par exemple dans les aéroports où l’on multiplie les caméras et scanners), la “dilation” (en quelque sorte une expansion incontrôlée, du fait que, les serveurs étant “externalisés”, les informations sont non localisables et irréparables), la miniaturisation, phénomène le plus dangereux, car avec les nanotechnologies, se profile à plus ou moins long terme le risque du “clonage mental”, nous privant de la pensée originale et du secret…

        Mais il y a un risque immédiat presque aussi grave, celui du “traçage” de la personne : peut-on être heureux quand on est “tracé” ? (La “traçabilité” a été inventée pour les poulets, pas pour les hommes !”) Si le traçage dans l’espace peut avoir une certaine utilité, en revanche le traçage dans le temps pose actuellement un problème extrêmement grave : toute information, une fois livrée, est irrécupérable ; la durée de conservation est illimitée. Aussi l’individu est-il sclérosé, figé, sinon pour l’éternité, au moins pour la vie. Or il se construit grâce à l’oubli ; il a donc le droit à l’oubli, un droit aujourd’hui menacé.

        Yann Padova aborde alors la conclusion en reposant la question initiale sous une forme plus positive (et plus cinématographique !) : comment “sauver le soldat bonheur “dans cette société numérique ?

        À l’échelle du citoyen, tout simplement en faisant connaître le rôle de la CNIL, et en faisant appel à elle, lorsqu’il y a atteinte évidente aux libertés. Son rôle est d’ailleurs de plus en plus reconnu, ne serait-ce que par le nombre de dossiers traités. Le travail pédagogique est développé, notamment par un partenariat avec la presse spécialisée à destination des jeunes ; récemment a été édité un Guide pour les enseignants du second degré. Dans un autre domaine, la CNIL a obtenu que dans tout document filmé ou vidéo, les visages soient floutés. Elle a l’ambition de jouer un rôle préventif et curatif, et à ce sujet d’être le “nettoyeur du net”. À la différence des USA, où les données sur la personne sont considérées comme un bien marchand, en France, la protection est liée à la dignité de la personne ; à la société de contrats, nous opposons une société de valeurs.

        Ces dernières constatations, après les inquiétudes réelles devant le futur des techniques de pointe au service non du Grand Frère mais des Petites Sœurs nous donne quelque espoir…
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        mardi 18 janvier 2011

        De l'origine de la vie à la vie dans l'univers par André BRACK

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        Le jeudi 13 janvier, nous avons accueilli
        M. André BRACK
        Directeur de recherches honoraire au Centre de biophysique
        moléculaire du CNRS et spécialiste d'astrobiologie
        venu parler de:
        De l'origine de la vie à la vie dans l'univers

        Dans sa présentation, le Président Alain Malissard a attiré l'attention sur le caractère exceptionnel de la conférence : « C'est une première pour notre section Budé que de recevoir un éminent scientifique, qui a été membre de la mission Mars Express, qui s'est donné pour tâche essentielle de rechercher partout la vie. » Et de rappeler que M. Brack a écrit sur ce sujet de nombreux ouvrages, entre autres La vie dans l'univers entre mythes et réalité, problème déjà soulevé au IIIe siècle avant notre ère par Epicure, et qui s'inscrit de ce fait dans notre tradition budiste. Cela dit, la référence à l'Antiquité pouvait ne pas suffire à rassurer les auditeurs, dans leur ensemble peu accoutumés à pénétrer dans ce milieu inconnu qui porte les noms d'astrobiologie ou d'exobiologie. Disons tout de suite qu'ils ont été captivés par l'enthousiasme du conférencier et par la clarté de son discours - de plus illustré d'étonnantes photographies de ce monde interstellaire - sans parler de ses résonances poétiques, avec, çà et là, une touche d'humour…

        Au-delà des interrogations qui nous hantent et qui nourrissent les scénarios de la science-fiction, comme par exemple la présence dans le cosmos d'une vie parallèle à la nôtre, M. Brack a posé deux questions fondamentales : 1) qu'est-ce que la vie ? La réponse (partielle) vient de la chimie : est considéré comme vivant, tout système ouvert (c'est-à-dire qui reçoit et produit de l'énergie et de la matière) capable d'auto-reproduction et d'évolution, 2) quelle est l'origine de cette vie ? Celle-ci serait née il y a environ quatre milliards d'années dans une eau à 50 degrés qui recouvrait notre planète (notons qu'elle avait la bonne taille - plus grosse, elle aurait été essentiellement composée de gaz, plus petite elle n'aurait pas eu d'atmosphère, de plus elle était à la bonne distance de son étoile, pour la chaleur). La vie est très étroitement dépendante de la « chimie du carbone ». Cet élément proviendrait de plusieurs sources, la plus importante étant d'origine extra-terrestre. En effet, certaines météorites (la France en a deux beaux spécimens, à Rochechouart et à Ensisheim) contiennent des molécules de carbone et certains acides aminés présentent une « dissymétrie moléculaire », un des éléments permettant de distinguer le vivant de la matière inerte. Notons que ces météorites « arrivent » sur terre différemment selon leur poids. Les plus grosses (plus d'une tonne) se désintègrent en pénétrant dans l'atmosphère. Celles de l'ordre du kilogramme « passent » bien (plus de 20 000 sont recensées dans les musées de la planète). Et on trouve dans environ 4% d'entre elles des acides aminés. Celles de l'ordre du gramme, par contre, se désagrègent pour former les étoiles filantes. Enfin, les plus minuscules (les « micrométéorites » pesant de l'ordre du milligramme) arrivent au sol avec des acides aminés préservés. On les recueille principalement en Antarctique, mais on en a trouvé dans les échantillons lunaires. On estime qu'en 200 millions d'années, le carbone accumulé aurait pu former une sorte de « marée noire » de 40 m d'épaisseur sur l'ensemble de la surface de la terre. Ces météorites sont, pour la plupart, d'origine cométaire : la sonde européenne Rosetta en rapportera en 2015 d'une comète lointaine, à condition qu'elles supportent le voyage spatial retour.
        Sans doute par la simulation de la chimie organique interstellaire, a-t-on réussi à synthétiser 16 acides aminés, lesquels ont été analysés dans les labos du CNRS d'Orléans. Mais pour retrouver la vie, il faut une cellule, avec son ARN, et, à cette étape, « on n'a pas encore réussi », avoue modestement M. Brack. On fait alors appel à la micropaléontologie, qui étudie les sédiments anciens (le plus ancien, au Groenland, date de 3,8 milliards d'années !) ainsi que les microfossiles.
        Et, là aussi, les informations sont maigres, et les vestiges de la vie primitive presque tous effacés. Ainsi la recherche s'est à nouveau tournée vers l'espace. Il y a encore de l'eau, sous forme de glace à la surface de Mars, planète à la surface de laquelle les traces d'érosion par l'eau sont évidentes. Il y a même eu un espoir plus grand : la découverte par les américains, dans une météorite d'origine martienne, de structures interprétées comme des nanobactéries martiennes. Malheureusement ce scoop n'a pas résisté à une étude plus approfondie : ces structures ont été produites par les infiltrations d'eau lors du séjour prolongé (plusieurs milliers d'années) de cette météorite à la surface de la terre. Dans l'ensemble, la quête a été peu concluante, que ce soit sur le satellite Europe de Jupiter, sur Titan visité par la sonde Huygens, ou sur Encelade, le satellite de Saturne - qui nous a valu une photo surréaliste d'un geyser de glace.
        Faudra-t-il donc aller au-delà du système solaire ?
        À ce moment, nous autres pauvres terriens, nous avons éprouvé quelque vertige. Notre guide interplanétaire nous a assuré qu'on a dénombré 519 planètes hors du système solaires (ou exoplanètes), et encore, on ne voit que les plus grosses (qui sont faites de gaz). En 2006 la France a lancé le télescope spatial Corot pour observer les exoplanètes dites « rocheuses », et en 2010 on en a découvert une, 3 à 4 fois plus volumineuse que la Terre, mais pourra-t-on déceler si elle est habitable, c'est-à-dire avec de l'oxygène, du CO2 et de la vapeur d'eau ? La Mission Darwin de l'Agence Spatiale Européenne prévue pour 2020 nous le dira peut-être… Les esprits terre à terre répondront qu'il est inutile de chercher à savoir et qu'il y a bien assez à faire sur notre globe terraqué. Mais c'est certainement Einstein qui, une fois de plus, a raison : il ne faut jamais cesser de poser des questions !
        Pendant la discussion qui a suivi, l'esprit flottant encore dans les galaxies, je me suis mis à évoquer la fin du XVIIe siècle, quand la frontière n'existait pas entre lettres et sciences, au temps où notre Fontenelle écrivait ses Entretiens sur la pluralité des mondes et j'ai remarqué que son héroïne, la Marquise de la Mésengère posait exactement les mêmes questions que nous-mêmes aujourd'hui, mais qu'elle n'avait pas eu la chance d'écouter un homme de talent comme André Brack.
        P.S. Cette conférence, André Brack l'a dédiée à la mémoire de son collègue et ami Gustave Cornet (appelé familièrement Gus) qui était une figure marquante de notre groupe et que nous aimions tous.


        Pour aller plus loin :

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