samedi 31 mars 2012

Orphée et ses métamorphoses

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Le jeudi 15 mars 
Franck COLLIN, 
directeur des Études anciennes à la Faculté des Lettres d’Orléans
avait choisi comme sujet de conférence
ORPHEE ET SES MÉTAMORPHOSES

Les budistes — qui avaient fort apprécié la précédente conférence intitulée “Arcadie, l’invention d’une terre poétique” — ont retrouvé avec grand intérêt un mythe célèbre et abondamment illustré, mais trop souvent réduit, dans notre mémoire, à une scène pathétique. Franck Collin, qui a récemment écrit une Histoire d’Orphée et qui a rédigé la Postface d’un poème dramatique de Jean-Pierre SIMEON (que nous avons reçu à Budé en 2006 en même temps que Jean-Marie BARNAUD) évoquant l’aède antique avec ce beau titre : La Mort n’est que la mort si l’amour lui survit, était tout désigné pour nous parler de la richesse et de la complexité du mythe.

On prête souvent trois visages à Orphée : celui du poète, de l’amoureux et de l’éducateur. Or, dans le monde grec, les trois figures coexistaient, le premier rôle étant celui de l’éducateur tandis que pour les Latins, c’était l’amoureux — alors que les modernes privilégient l’artiste. En réalité, Orphée reste une créature mythique complexe, voire protéiforme — ce qui est le principe même de la métamorphose, c’est-à-dire un passage permanent de la vie à la mort en même temps qu’une interrogation sur la mort.

Dans un premier temps, Franck Collin s’est intéressé aux origines du mythe ; au départ il y a une biographie imaginaire, qui remonte au XII° siècle avant notre ère, dont on a des traces dans Simonide de Céos et dans Apollonios de Rhodes. Plus tard Diodore de Sicile relate ses voyages, sa participation à l’équipée des Argonautes, son séjour en Égypte, où il reçoit un savoir, qu’il va retransmettre sous une forme poétique. C’est là sans doute l’origine de cette doctrine initiatique appelée orphisme — assez proche du pythagorisme — dont les adeptes possèdent un “hiéros logos” (un discours sacré) au sujet de la formation du monde et de la vie dans l’au-delà. Nous en conservons un témoignage précieux : les lamelles d’or orphiques des tombes du Ve siècle avant notre ère, où l’on découvre une géographie du monde souterrain, avec le Tartare, le Styx, les Champs Élysées — lieux symboliques déjà décrits par Homère. L’orphisme se présente aussi comme une doctrine de salut, liée au culte de Dionysos, plus exactement à sa première réincarnation en Zagreus, fils de Perséphone, l’épouse d’Hadès. Ce dieu, d’origine thrace, mis en pièces par les Titans jaloux et ressuscité a mérité ses deux surnoms : Dionysos : “deux fois né” et “né de Zeus”, justification de la double part de l’homme, divine et maudite à la fois. Dans l’orphisme il y a une exigence de pureté ; l’âme doit garder la mémoire de son origine céleste pour la retrouver.

Franck Collin insiste sur ce qu’il appelle “le noyau dur du mythe” : Orphée est d’abord le “passeur” qui conduit les âmes de la Vie à la Mort, qui fait le “voyage entre les deux rives”, selon l’expression de Nerval, celui qui guide dans l’obscurité de l’Erèbe. Mais ce n’est pas son seul rôle: il participe à la maîtrise du Cosmos par la médiation de la poésie ; avec sa lyre dont le chant dompte les éléments et charme les êtres vivants, il rend sensible l’harmonie du monde.

La seconde partie de la conférence a été consacrée à l’histoire du mythe ou plus exactement à ses “métamorphoses”. Au Ve siècle, Orphée a ses détracteurs, comme Platon qui voyait en lui un charlatan, ou Aristophane qui le caricature dans Les Oiseaux. Le discours sacré a perdu de son pouvoir. Par la suite, l’intérêt se portera sur le couple Orphée / Eurydice. Celle-ci n’apparaît que tardivement, d’abord chez le poète hellénistique Moschos, qui a inspiré Virgile. Au quatrième chant des Géorgiques, Orphée aux Enfers perd Eurydice pour la seconde fois et de sa faute ; désespéré, il suscite la colère des Ménades qui le taillent en pièces : la tête jetée dans l’Hèbre continue à appeler Eurydice. Image impressionnante, mais message réconfortant : ce qui survit, c’est le chant du poète. Selon Ovide, fidèle à la tradition latine, Orphée échoue, justement à cause de l’amour et devient un héros élégiaque, tandis qu’au cours du Moyen-Age, il prend une stature de prophète (en premier lieu chez Boèce, où il se confond avec la figure christique du Bon Berger). À la Renaissance, il est à la fois poète et témoin d’une interrogation sur le cosmos ; cette double image se retrouve dans l’opéra, notamment à partir de l’Orfeo de Monteverdi. À l’époque moderne, on assiste à une réécriture littéraire qui insiste sur la fonction magique d’Orphée, alors qu’Eurydice passe au second plan — témoins Les Sonnets à Orphée (1922) de Rilke et les deux films-culte de Jean Cocteau: Orphée (1950) et Le Testament d’Orphée (1960).

Franck Collin a conclu par la dernière métamorphose d’Orphée, évoquée par Jean-Pierre Siméon, dans son poème dramatique en 7 chants (en rapport avec les 7 cordes de la lyre), où il réussit à mêler harmonieusement les diverses interprétations et les différents visages du héros mythique. Il relate tous les épisodes de son histoire, depuis sa formation et ses rapports physiques avec la terre, ses dons de virtuose apollinien dont il doit se déposséder pour entrer dans une “poétique de la nuit”, grâce à l’amour d’Eurydice : 

“Elle aima Orphée pour la nuit dans ses yeux
Elle aima dans ses yeux le chant profond...
        Et j’ai eu peur, mon ami, le bonheur est terrible,
  Il n’a qu’un chemin, il est au bord du vide...”

Le poète suit souvent ce chemin, au risque de sa vie. “Orphée est le premier poète assassiné” Et aujourd’hui lui font écho Lorca, Desnos, Max Jacob, Ossip Mandelstam…
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jeudi 15 mars 2012

Qui fait l'œuvre ?

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La 2ème Journée des Lettres organisée par l'UFR de Lettres, Langues et Science Humaines d'Orléans (mercredi 21 mars - 10 à 17 heures - entrée libre), aura pour thème :

Qui fait l'œuvre ?
avec comme écrivain invité 
Jean-Marie BLAS de ROBLES
qui prononça pour notre association une conférence intitulée : Apollonia de Cyrénaïque et les fouilles sous-marines (2009)

Nous connaissons de nombreux intervenants qui ont déjà participé à nos activités :
[Vous pouvez obtenir plus de renseignements sur cette manifestation 
en cliquant sur les affiches ci-dessus]
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lundi 5 mars 2012

Colette Audry


Le jeudi 16 février Séverine LIATARD, historienne et productrice à France-Culture a présenté :

COLETTE AUDRY, les femmes et la politique
En présentant Séverine LIATARD, le Président Alain MALISSARD a rappelé d’abord qu’elle était venue à Orléans interviewer les membres du Bureau - en compagnie de Charlotte Roux- en vue de l’émission de la “Fabrique de l’Histoire” du 5 octobre 2010 avec pour titre : “Des humanistes modernes à Orléans” (que l’on peut toujours écouter), ensuite qu’elle était l’auteur de : Les femmes politiques en France de 1945à nos jours, ainsi que d‘une thèse sur Colette Audry, grande figure encore méconnue aujourd’hui. Elle était donc la bienvenue dans notre association, qui, sans attendre que soient fixés des quotas, avait invité des personnalités féminines, telles Jacqueline de Romilly ou Élisabeth Badinter et mis à son programme Marguerite Yourcenar, Colette, Camille Claudel, Françoise Sagan et, en remontant le temps… l’orléanaise Thérèse Levasseur, la compagne de Rousseau.
Séverine Liatard, dans un style personnel, direct, sans apprêt, a donné d’emblée les raisons de son choix : oubliant volontairement les personnalités trop connues, elle s’est attachée à cette femme que le grand public n’a remarqué que par son Prix Médicis de 1962 (Derrière la baignoire) et qui représente à ses yeux l’intellectuelle à la conquête de sa liberté au cours du XXe siècle, à la fois comme enseignante, journaliste, scénariste, femme politique, écrivain et féministe dans “un contexte où l’accès des femmes au pouvoir reste problématique”.

Nous avons donc suivi son itinéraire, chaque étape marquant la construction de ses différentes identités. Colette Audry vient d’un milieu de tradition républicaine, laïc et protestant, où l’on est convaincu que la réussite scolaire mène à l’ascension sociale. Après des études secondaires au Lycée Molière, que fréquente aussi sa cadette — qui deviendra la cinéaste Jacqueline Audry — puis en khagne, elle entre à l’ENS de Sèvres, obtient l’agrégation de Lettres Modernes en 1928. Deux ans plus tard elle enseigne au Lycée Jeanne d’Arc de Rouen, où, au contact de ses collègues (elle y rencontre Simone Weil, Simone de Beauvoir, Sartre et Nizan) elle s’engage politiquement, d’abord par la voie du syndicalisme universitaire. Séverine Liatard, abordant cette période d’activité militante, décrit le climat d’effervescence qui règne alors dans les années de l’avant-guerre ainsi que les prises de position de Colette Audry : son adhésion au Comité de vigilance des Intellectuels antifascistes (né au lendemain du 6 février 1934), puis à la Gauche révolutionnaire, tendance de la SFIO menée par Marceau Pivert, enfin son engagement pour une intervention directe en faveur des Républicains espagnols. Elle donne l’exemple en devenant correspondante du POUM (parti ouvrier marxiste dissident). Anti-stalinienne convaincue, elle dénonce l’imposture des Procès de Moscou. Elle s’engagera ensuite dans le combat anticolonialiste. Sous l’occupation, elle sera agent de liaison dans un groupe de résistance affilié aux FTP, mais sans jamais y jouer un rôle de premier plan.

Entre 1945 et 1960, Colette Audry décide de se consacrer davantage à la littérature, mais toujours dans l’idée que celle-ci a une fonction sociale ; c’est ainsi qu’elle participe à l’aventure des Temps Modernes, tout en s’exerçant à l’écriture cinématographique, d’abord avec René Clément (pour La Bataille du Rail), ensuite avec sa sœur Jacqueline, laquelle adaptera à l’écran son succès théâtral (Soledad). Cependant, elle n’abandonnera pas ses préoccupations politiques, dans sa recherche d’un “socialisme de gauche” ; seule au milieu d’un univers masculin, elle s’implique dans des groupes de recherche qui aboutiront à la création du P.S.U. À partir de 1962, elle repart au combat politique, mais cette fois au nom du “Deuxième Sexe” (la lecture du livre de Simone de Beauvoir a été pour elle déterminante). Elle participe activement aux premiers pas du M.D.F — le Mouvement démocratique féminin, un “laboratoire d’idées féministes et socialistes” et en 1971, elle rejoindra le P.S. de François Mitterrand, sans jamais renier ses deux objectifs de lutte : l’égalité des femmes au travail et dans l’accès à la culture.

Après avoir présenté l’ensemble des écrits de Colette Audry — dont La statue (1983), “récit plein de charme d’une éducation sentimentale et d’une conscience qui se construit”, sans oublier sa correspondance des dernières années avec un moine bénédictin d’En Calcat, François Durand-Gasselin, publiée en 1993 sous le titre “Rien au-delà” — Séverine Liatard a porté un regard critique sur le parcours de cette femme tout compte fait inclassable ainsi que sur ses diverses “postures”. La première est l’enseignante, déjà déclassée par rapport à ses collègues masculins, voire infantilisée dans sa formation de Sévrienne, destinée à n’être qu’une “transmetteuse du savoir”. Celle-ci ne s’accomplira que dans l’engagement politique, mais sans participer au pouvoir, se disant “citoyenne par procuration”, puisqu’encore privée du droit de vote. De fait, il y aura toujours chez elle un combat intérieur entre engagement et écriture, un autre entre la militante et l’intellectuelle. Le féminisme l’a aidé à se penser comme intellectuelle ; cela dit, elle s’est toujours rangée parmi les “égalitaristes” par opposition à celles qui croient aux différences inhérentes au sexe ; elle estime qu’il faut changer le rapport hommes/femmes et que, de toute façon le féminisme ne peut se régler seul. Mais Colette Audry a toujours cherché à préserver son indépendance : son “espace d’écriture“ était nécessaire à sa réflexion et à sa liberté.

Belle figure de femme qui demandait à être davantage reconnue et merci à Séverine Liatard qui a su nous la rendre vivante.

samedi 18 février 2012

La Trilogie de la villégiature de Goldoni

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Samedi 4 février, une vingtaine de “Budistes“ d’Orléans, ont assisté au spectacle donné par les acteurs de la Comédie française "La trilogie de la villégiature" trois pièces écrites par Carlo Goldoni et mises en scène par Alain Françon. Nous avons rejoint le théâtre éphémère installé dans les jardins du Palais-Royal, pendant la réfection de la salle Richelieu, dans l’état d’esprit d’un “Embarquement pour Cythère“.

Commençons par un survol biographique de cet auteur Italien du XVIIIe qui révolutionna les formes théâtrales sur la scène vénitienne de son temps.
L'auteur de ces trois comédies est né à Venise en 1707. Avocat de profession, mordu par le démon de la scène, il a écrit quelques cinq cents pièces de tous genres dont des comédies qui lui ont valu la célébrité. Elles sont d’abord conformes au schéma de la Commedia dell'Arte où les acteurs apparaissent masqués. C'est en 1750 qu'il donne sa première comédie sans masque “Pamela". C'est en quoi, Goldoni est novateur car il crée à Venise les formes de la comédie réaliste avec des personnages croqués dans la vie de tous les jours.

Sa cible est la bourgeoisie commerçante de la Sérénissime qu'il met en scène avec brio et sympathie ce qui lui vaut un succès sans cesse grandissant à Venise. Peu à peu son regard critique sur cette petite bourgeoisie montante se fait plus critique, plus dur. Il dépeint ces bourgeois parvenus "singeant" les Seigneurs dans une volonté éperdue de leur ressembler, entreprise vouée à l’échec. Admirateur de Molière, il écrit des comédies d'intrigues et de caractère.

Plusieurs de ses comédies sont mises en musique et sa réputation s'étend ailleurs qu'en Italie, notamment à Paris. Après avoir écrit et fait jouer à Rome "Les amoureux" et "Les rustres" considérés comme des chefs-d'œuvre, il reçoit de Voltaire un poème versifié à la gloire de son talent.
Mais il subit à Venise les critiques virulentes et les moqueries de son contemporain, Carlo Gozzi, traditionaliste, grand homme de théâtre lui aussi dans un tout autre genre car il met en scène un univers poétique et fabuleux que l’on retrouve par exemple dans “L'amour des trois oranges et le Roi- Cerf.“
Goldoni âgé de 55 ans, empoisonné pas ces polémiques, mal pensionné, décide de " jouer sa carte " à Paris, poussé par un jeune acteur vénitien qui l'invite à la Comédie italienne parisienne. Avant de quitter Venise, Goldoni offre à sa ville quelques chefs-d'œuvre dont "La trilogie de la villégiature" et part à la conquête de Paris accompagné de sa femme et de son neveu. Il y arrive en 1762 dans l'espoir d'imposer sa réforme et de renouveler la Comédie italienne toujours fidèle aux masques et aux canevas de la Commedia dell'Arte. Mais il n'est pas suivi car la scène italienne alors en crise est absorbée par l'Opéra comique.

Au début, il rencontre peu de succès auprès des Parisiens et pour vivre, devient professeur d'italien de la fille de Louis XV, Adélaïde d'où son transfert à Versailles. Plus tard, il aura pour élèves les sœurs du roi Louis XVI. Il rencontre enfin un succès parisien avec "Le bourru bienfaisant". En 1784, il reçoit la visite de l'écrivain italien, le dramaturge Vittore Alfieri qui l'incite à écrire "ses Mémoires". Il se met à les rédiger en français, déjà octogénaire comme le fera plus tard Casanova de 20 ans son cadet.

Goldoni, à Paris, est un auteur pensionné sous l’Ancien Régime mais la Révolution française le laisse démuni. Le public parisien se désintéresse de son théâtre. Il subit le déclin et vit même dans la pauvreté puisqu’il ne reçoit plus de pensions royales. Le secours généreux du député de la Convention Marie-Joseph Chénier arrive trop tard. Il s’éteint en 1793 dans son dernier refuge parisien, sis dans une ruelle près de l'église Saint Eustache.
Aujourd’hui vous pouvez voir sa plaque commémorative au numéro 21 de la rue Dussoubs.

Cette “Trilogie de la villégiature“ qui nous a enchantés est écrite en toscan littéraire, traduit par Myriam Tanant. Traduction qui restitue l’éclat et la vivacité de la langue italienne. Les trois comédies peignent de manière vivante le milieu et le modus vivendi de ces nouvelles classes de la bourgeoisie marchande dans une Venise telle que l’a peinte Pietro Longhi. Nous retrouvons bien le ton enlevé de la comédie d’intrigue destinée à nous faire rire mais Goldoni se montre fidèle au principe de Molière “castigat ridendo mores = on corrige les mœurs en riant“ d’où cette peinture réaliste et lucide qui nous ouvre les yeux sur la Comédie humaine.

Les personnages principaux semblent pris de vertige dans leur frénésie d’acquérir les signes distinctifs de l’aristocratie, celle des Signori nobili, arbitres de la mode. Le snobisme de cette classe bourgeoise est constamment souligné et moqué par l’auteur. Le public s’amuse beaucoup à voir s’affronter les deux jeunes filles Giacinta et Vittoria, précieuses ridicules énervées pour qui porter le vêtement à la mode est un enjeu vital. Rien ni personne ne saurait empêcher l’accomplissement de leurs désirs si coûteux soient-ils. Il faut paraître à tout prix, donner des fêtes dispendieuses, quitter la ville pour une résidence d’été, selon l’habitude des propriétaires terriens d’ancienne noblesse dont la fortune est déjà bien assise.
Ils se ruinent donc pour singer les Grands et partir en villégiature chaque année. L’auteur a situé volontairement l’action de sa trilogie en Toscane, à Livourne et non pas à Venise pour se sentir plus libre de peindre ses contemporains vénitiens comme étrangers à la satire ! Ces bourgeois livournais vont en villégiature à Montenero. Ceux de Venise se retiraient sur la terre ferme où ils possédaient de riches domaines agricoles sur lesquels ils faisaient construire de belles villas richement décorées.

Face à ces bourgeois obsédés par l’envie de paraître, jamais contents, infantilisés par leurs caprices, ignorants dans l’art de vivre, nous voyons “s’épanouir“ sur scène, les domestiques non seulement lucides sur l’aveuglement de leurs maîtres (les rappelant à la raison, comme Paolo) mais encore sensibles à la douceur de certains moments privilégiés. Alain Françon, au début de la deuxième partie, nous les montre dans une scène délicieuse, où libérés de leurs obligations domestiques, ils prennent le temps de vivre — chocolat et chatteries amoureuses — baignés dans la lumière dorée d’une oasis de volupté calme. Sereins, au milieu du délire brouillon qu’est la vie de leurs maîtres.
Cette scène que Giorgio Strehler avait supprimée dans sa splendide mise en scène de 1978 est une épiphanie joyeuse dans le tohu-bohu du train de vie journalier.

Peu après, dans la lumière crépusculaire de la troisième partie, nous verrons leurs maîtres abattus, ruinés, dégrisés. Chacun des principaux protagonistes se voit contraint de revenir à la rude réalité économique. Nous assistons alors à la défaite les jeunes vaniteuses, revenues de tout. Brisées et pathétiques, elles acceptent leur destin dans un climat nostalgique de renoncement à l’amour.
Comme Giacinta qui, à la fin de la pièce se plaint directement au public de la caricature que l’auteur a fait d’elle, j’invite les amis budistes, spectateurs de cette Triologie à donner leur avis sur ce spectacle. Il y a tant à dire sur cette œuvre théâtrale de cinq heures et sur les acteurs du Français éblouissants dans l’interprétation de ce beau texte de Carlo Goldoni.
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dimanche 5 février 2012

L’Atlantide de Platon à nos jours par Pierre VIDAL-NAQUET

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Dans le cadre du cycle "Retour aux conférences passées…" voici :

par Pierre VIDAL-NAQUET


Cet enregistrement a été effectué le mardi 22 novembre 2005 dans l'auditorium du musée des beaux-arts d'Orléans.


Remarques : 
  • cette conférence a été donnée quelques mois avant le décès de M. Pierre Vidal-Naquet (29 juillet 2006) ;
  • ce dernier qui enseignait au Lycée Pothier d'Orléans durant scolaire l'année 1955-56, était présent, le 22 novembre 1955, à une conférence de notre association sur Le mythe de l'Atlantide par Fernand Robert,  il vient nous parler 50 ans après, jour pour jour, du même sujet : l'Atlantide. La présentation d'Alain Malissard explique cette coïncidence (?) ;
  • le niveau du son n'est pas toujours constant, en effet M. Vidal-Naquet s'est assez souvent balancé sur sa chaise, … depuis nous avons acquis des micros-cravates.
Au bas de la page multimédia, j'ai placé quelques photos prises durant cet événement où apparaît le visage volontaire de M. Pierre Vidal-Naquet. 


Vous pouvez consulter le compte rendu de cette conférence.
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mercredi 1 février 2012

Une conférence de Marie-Hélène VIVIANI à l'ACORFI

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Marie-Hélène VIVIANI donnera pour l'ACORFI, mardi 7 février, à 18 heures, salle Érasme - maison des associations d'Orléans, une conférence sur :
Mme de Staël à travers son roman Corinne et l’Italie
La saison dernière elle a présenté pour la rentrée de notre association :
Le voyage en Amérique de Chateaubriand
dont vous pouvez consulter le compte rendu sur ce blog.
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mercredi 25 janvier 2012

Les Romains en Chine

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Le jeudi 12 janvier 2012, les budistes sont venus nombreux, sans aucun doute attirés par l’originalité du sujet, écouter
Jean-Noël ROBERT
latiniste et historien spécialiste des mentalités romaines,
(bien connu par ses nombreux ouvrages parus aux Belles Lettres)
venu parler d’une curiosité historique, sous le titre:
Quand les Romains allaient en Chine
Nous attendions depuis longtemps notre conférencier — annoncé l’an dernier et empêché par une grève de la SNCF — pour qu’il étanche notre soif d’inattendu. Celui-ci a rappelé d’emblée que, lorsqu’on évoque la découverte de ce pays immense et lointain, c’est à Marco Polo que l’on pense aussitôt. Or les premiers grands voyageurs ont bien été les Romains, ou plus exactement, les alliés (involontaires) des Romains, en l’occurrence… les Gaulois! En effet, un petit contingent de nos supposés ancêtres, commandé par Publius Crassus, le fils du triumvir rival de César et Pompée, participait à la campagne contre les Parthes qui se termina par l’humiliante défaite de Carrhae en -53 (au milieu de l’Iran actuel) où périrent d’ailleurs les deux Crassus. Les Huns qui attaquaient de leur côté les Parthes firent prisonniers les Gaulois, les embrigadèrent de force dans leurs hordes, pour affronter les Chinois, lesquels, à leur tour, capturèrent nos Gaulois après une autre terrible bataille qui eut lieu en -36. Aujourd’hui, dans la région du Lob-Nor (asséché), certains autochtones appelés par leurs voisins “les long-nez”, se disent descendants des Romains…

J.N. Robert a eu raison — carte à l’appui — de nous rappeler quelques notions historiques et géographiques sur l’Asie aux premiers siècles de notre ère : l’empire de Chine étendu à l’ouest jusqu’au Pamir (que les Romains de l’époque assimilaient au pays des Sères, donnant son nom à la soie, ce tissu aussi convoité qu’onéreux), celui des Kouchans, occupant une position centrale — en gros l’ancien royaume de Bactriane, foyer de culture et lieu d’échange —, des Parthes, redoutables guerriers, sur les restes de l’ancien empire séleucide et perse, tandis que Rome règne de la Mer noire à l’Euphrate.

Les relations entre Rome et la Chine ont repris au IIe siècle, et de manière plus officielle : les Annales chinoises de la dynastie des Han attestent qu’en 166 des Romains — peut-être des ambassadeurs envoyés par Marc-Aurèle — furent reçus par le Fils du Ciel. Ils étaient venus de Ta T’sien (= l’autre Chine ! c.a.d. Rome) par la voie maritime, déjà connue des Indiens qui savaient utiliser les vents de mousson et éviter les pirates. Cependant des échanges commerciaux ont transité, par des routes terrestres dangereuses pour atteindre Tch’ang-ngan, la capitale de la “soie blanche”, dont deux principales : celle du nord, par la Sogdiane et la région de Kachgar, celle du milieu par Palmyre et Persépolis, le Pamir et le désert du Taklamakan, l’un des plus hostiles au monde, où la chaleur peut atteindre 50 degrés…

Cependant les relations entre Rome et la Chine n’ont pas été uniquement d’ordre économique. À partir du Ie siècle de notre ère, l’Empire kouchan va jouer un rôle de premier plan : la région du Gandhâra, au nord de l’Inde, lieu de naissance de Bouddha connaît une grande effervescence religieuse, propage le bouddhisme dans toute l’Asie, d’abord sous la forme dite du “Petit Véhicule”, sorte d’ascèse personnelle, puis, plus tard sous la forme du “Grand Véhicule” qui crée pour la première fois l’image du Bouddha. Celui-ci apparaît, à Peshavar comme à Taxila, revêtu de la toge romaine, avec le visage de l’Apollon hellénistique ; c’est un bel exemple à la fois de syncrétisme religieux et de mélange des arts de l’Inde, des Parthes et du style gréco-romain. De telles représentations vont essaimer jusqu’aux confins de la Mongolie, montrant le croisement des cultures, tandis qu’à Rome, les mentalités se complaisent à imaginer une Chine de légende, totalement fantaisiste, même avec la caution d’un Pline l’Ancien.

Au fil du temps, ces deux mondes lointains vont s’oublier peu à peu — surtout à partir du VIIe siècle, lorsque l’Asie subit des invasions successives dont les Huns, les Turcs et les Arabes — jusqu’au XIIIe siècle où un marchand vénitien pénétra au royaume du Grand Khan, rejetant définitivement dans l’ombre ces hardis explorateurs anonymes...
M. J. N. Robert a abordé sa conclusion en franchissant délibérément les siècles : la Chine d’aujourd’hui, bien éveillée depuis quelques décennies, n’a rien perdu de sa volonté d’expansionnisme, mettant en danger la paix mondiale. Un coup d’oeil sur la répartition des richesses entre Orient et Occident est édifiant : au Moyen-Age, les 2/3 étaient en Asie ; au XIXe, lors de la révolution industrielle le rapport est inversé ; de nos jours on assiste à un retour de balancier. Les relations entre la Chine et l’Occident peuvent nous réserver encore des surprises. Et la route de la soie gardera ses secrets … et ses pièges…


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