mercredi 26 mars 2014

70e anniversaire de la mort de Max Jacob

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À l'occasion du 70e anniversaire de la mort de Max Jacob, de nombreuses activités commémoratives se déroulent actuellement à Orléans, mais aussi à Saint-Benoît-sur-Loire, Paris et Quimper et plus largement dans toute la France avec le 16e Printemps des Poètes, qui rend hommage au poète cette année. 

Plusieurs anciens conférenciers de notre association participent à ces commémorations :


  • Émilia Ndiaye — ancien membre du bureau de notre association, qui nous a présenté le 14 octobre 2004 : Humanisme et barbarie, de Cicéron à Guillaume Budé — animera une rencontre intitulée Un poète et son œuvre avec Éric Sarner, lauréat du Prix Max Jacob 2014. Ce sera à la Médiathèque d’Orléans - Place Gambetta, le 27 mars à 18 h 30.
La commémoration de cet anniversaire par l'Association Les Amis de Max Jacob aura lieu le week-end des 5 et 6 avril à Saint-Benoît-sur-Loire, avec en particulier un concert (gratuit) du chanteur Mélaine Favennec qui a admirablement mis en musique des poèmes de Max Jacob, voici le programme de ces cérémonies.

Pour mieux connaître Max Jacob, je vous recommande quelques documents audiovisuels accessibles gratuitement sur le site de l’INA :

Deux vidéos :

Portrait de Max JACOB, né à Quimper en 1876. Jean CAVAING et Charles LE ROUX évoquent la personnalité du poète dont ils furent l'ami. Ils rappellent l'artiste, et l'homme, très discret, mais extrêmement démonstratif dans sa foi religieuse. Durant la guerre, il dut porter l'étoile jaune, et finalement mourut, interné au camp de DRANCY. Cette évocation est réalisée à l'aide de photos d'époque mais aussi de tableaux, poèmes et lettres de Max JACOB ou de ses amis artistes à son propos.
Max JACOB était un poète ; il a découvert PICASSO et fut un des précursseurs du surréalisme. Sur la fin de sa vie, il fit la rencontre d'un jeune peintre : Roger Toulouse, avec qui il vivra une très grande amitié. C'est Max JACOB qui a découvert le peintre que fut Roger Toulouse.

Vous avez sans doute remarqué ma passion pour la radio, voici quelques émissions données, pour la plupart, sur France Culture :
Il me manque la 3e partie de ces Chemins de la Connaissance, si vous les possédez, n'hésitez pas à m'en faire part… d'autres émissions (radio ou TV) sont aussi bienvenues

Quelques autres pépites :

Ce n'est pas tout, il y a aussi les expositions autour de Max Jacob :


Plus de précisions sur Max Jacob sur le site de l'association Les Amis de Max Jacob, sans oublier Les cahiers Max Jacob.
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samedi 15 mars 2014

La France occupée pendant la Première Guerre mondiale

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Ce 11 février, la section orléanaise  de l’Association Guillaume Budé accueille « un enfant de Budé » comme le présente le Président Malissard. En effet, Philippe Nivet, le conférencier du jour, est le fils de notre vice-président Jean Nivet et, dans les classes préparatoires du lycée Pothier, il a eu comme professeurs l’autre vice-présidente Geneviève Dadou et le secrétaire Gérard Lauvergeon. Normalien, agrégé d’histoire, docteur en histoire contemporaine avec une thèse préparée sous la direction d’Antoine Prost sur le Conseil municipal de Paris de 1944 à 1977,  Philippe Nivet est vice-président de l’Université de Picardie Jules Verne et, entre autres ouvrages, a fait paraître « La France occupée, 1914-1918 » en 2011 chez Armand Colin. C’est le thème choisi pour cette conférence, fondée sur les témoignages et les récits des habitants.

La mémoire de cette occupation par l’armée impériale allemande s’est estompée dans le reste du pays derrière l’Occupation de la Seconde Guerre mondiale. Elle a pourtant concerné 10 départements totalement (Ardennes) ou partiellement occupés (voir carte) après la stabilisation du front. Le livre d’Annette Becker « Oubliés de la Grande Guerre » paru en 1998 constitue l’ouvrage pionnier pour l’étude de ces populations. Les travaux se sont alors développés à partir d’une énorme masse documentaire. Documents institutionnels comme les débats des conseils municipaux, les renseignements du ministère de l’Intérieur, les interrogatoires des « rapatriés », bouches inutiles, renvoyés par les Allemands via la Suisse et arrivant par Annemasse ou Evian. Ecrits privés, enrichis par la grande collecte des Archives de France  et qui restituent le vécu des habitants comme le Journal de Clémence Martin – Froment, « L’écrivain de Lubine » dans les Vosges ou celui, publié en 1997, du futur cardinal Yves Congar, alors enfant à Sedan. S’y ajoutent trois sources littéraires principales : Roland Dorgelès écrit « Le réveil des morts » en 1923, roman consacré à la reconstruction dans l’Aisne, Maxence Van der Mersch fait paraître en 1930 « Invasion 14 » où il évoque la vie dans un quartier de Roubaix, enfin Pierre Nord dans « Terre d’angoisse » de 1937 base son récit sur ses souvenirs d’adolescent pendant la guerre à Saint-Quentin.

S’appuyant sur ces témoignages et ces récits, Philippe Nivet explique que cette zone envahie, arrière–front allemand, est totalement coupée du reste de la France avec lequel la correspondance était interdite. D’où un sentiment d’isolement et de privation de nouvelles, notamment entre les soldats mobilisés et leur famille. Les communications de village à village nécessitent un laisser -passer et même les pigeons voyageurs de cette région colombophile ont été sacrifiés !

Toute cette zone fonctionne comme un territoire germanisé, ce qui rend la vie quotidienne difficile. L’importante présence allemande avec logement chez l’habitant, l’heure allemande imposée, le changement de nom des rues (à Vouziers, la rue Gambetta devient la Wilhelmstrasse), le culte protestant pratiqué dans les églises catholiques, les défilés et les concerts militaires, les portraits de l’empereur, les fêtes en son honneur, l’existence d’un journal allemand (La Gazette des Ardennes) alors que la presse locale est censurée, tout cela est dur à supporter. Il est interdit d’aider les prisonniers de guerre, Russes ou Roumains, exhibés pour manifester les succès militaires, de cacher des évadés. Geste de subordination, la population doit saluer les officiers.

L’économie est à la disposition des occupants qui mettent la zone en coupe réglée en réquisitionnant les matières premières, les machines dans les usines,  la production agricole pour alimenter un marché allemand astreint au blocus. Dès la fin de 1914, les pénuries alimentaires se font sentir, entraînant des maladies de carence. Les Etats-Unis et l’Espagne apporteront une aide humanitaire relayée par les Pays-Bas en 1917. Bien que la Convention de La Haye interdise d’imposer aux populations une contribution à l’effort de guerre de l’ennemi, le travail forcé est monnaie courante pour les hommes comme pour les femmes et même les adolescents (les « brassards rouges »). Des otages sont pris en cas d’attentats et la mort ou la déportation vers des camps punissent les résistants.

Le comportement des habitants vis-à-vis de l’occupant est variable, allant aux deux extrêmes, de la collaboration (dénonciations) à la résistance active. Des réseaux recueillent des renseignements militaires destinés à l’armée française ou britannique, aident à passer les lignes (par les Pays-Bas) pour s’engager contre l’Allemagne. Certains sont dirigés par des femmes comme celui, dans l’agglomération lilloise, de Louise de Bettignies, arrêtée à Tournai et décédée en déportation. L’hostilité à l’occupant s’exprime aussi par le refus du salut aux officiers  et, méthode originale, trois jeunes filles de Péronne s’habillent, le 14 juillet, l’une en  rouge, l’autre en blanc, la troisième en bleu pour se promener ensemble.

D’autres positions sont plus nuancées. Dans son journal, Clémence Martin –Froment reconnaît de la qualité à certains ennemis et même la possibilité de tisser des liens de camaraderie avec eux. D’ailleurs les Allemands ont publié son œuvre en en expurgeant les passages où elle dit que son cœur est purement français et où elle exprime ses critiques à leur égard. D’où, à la libération, sa traduction devant une Cour d’Assises qui l’acquitte. Les relations amoureuses n’ont pas manqué comme le relatent Van der Mersch et Dorgelès.

La sortie de l’occupation s’est faite de manière individuelle grâce aux « rapatriements » qui se sont accélérés au cours de la guerre mais qui ont toujours suscité des réticences car les hommes ne pouvaient y participer et à cause de la crainte du pillage des maisons abandonnées.

La fin de la guerre déchaîne l’enthousiasme comme à Lille, accompagnée des violences à l’encontre des « collaborateurs », notamment des femmes qui ont été tondues pour avoir fréquenté des ennemis comme le rapporte Simenon à Fumay. Mais la République victorieuse, doutant du comportement des populations durant quatre ans, installe une sorte de reconstruction morale en surveillant la correspondance des Lillois, en valorisant les résistants par la construction de monuments (à Lille, ceux dédiés aux quatre du réseau Jacquet, à Louise de Bettignies, aux pigeons voyageurs), en punissant les coupables d’intelligence avec l’ennemi, traduits en Conseil de guerre, certains fusillés, d’autres incarcérés, libérés par les Allemands en 1940 !

Philippe Nivet conclut  en soulignant que ces Français occupés ont connu une expérience de la guerre très différente de celle des autres. Leur vie a été plus rude, plus rude même que celle subie pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont eu l’impression d’avoir fait preuve d’un grand patriotisme et ont trouvé, après 1919, insupportables les soupçons de compromission et le manque de compréhension de leurs épreuves. D’où un mouvement régionaliste qui s’exprime dans la reconstruction en style flamand, notamment de Bailleul, pour affirmer l’originalité des gens du Nord.

Dans la salle, les questions et les témoignages viennent surtout de personnes originaires du Nord, intéressées par cette conférence qui a fait avec une grande compétence le tour de la question tout en ouvrant les pistes littéraires chères à Budé. Des précisions sont apportées sur les perspectives allemandes d’annexion, inexistantes pour le Nord mais possibles pour certaines villes de l’Est. De même pour l’existence de camps de déportés dans les Vosges.
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vendredi 14 mars 2014

Donner corps à la faim…

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Honte à moi, je n’ai jamais lu Knut Hamsun. Peut-être ses sympathies pour le nazisme dont j’avais connaissance m’en tenaient-elles éloignée.

Je redoutais ce soir-là de me trouver confrontée de façon abrupte à la misère qui hante nos trottoirs. Et en effet ce texte de 1890 décrit exactement le naufrage de ceux que l’on nomme crument « SDF ». Mais ces pages se veulent à peine « témoignage social ». La seule protestation s’adresse à Dieu, dans une invective hurlée qui sidère le spectateur. La mise en scène, minimale, cède toute la place, peu à peu, à l’expression du corps crispé, recroquevillé, propre à nous faire sentir le basculement physique d’un affamé.

La faim… ou comment ses mirages s’emparent aussi de l’imaginaire et l’entraîne en poignantes divagations. J’ai cru revoir alors Le Journal d’un fou de Gogol, dans cette descente inéluctable. Et relire le conte d’Andersen devant le sapin lumineux, évoquant La petite fille aux allumettes, morte de faim une nuit de Noël.


L’adaptation du roman n’était peut-être pas du théâtre, au sens strict, mais nous étions bien au théâtre, grâce à la magie d’un acteur habité, creusé par le rôle, au plus près de nos hantises, dans cet espace Vitez où tout semble proche. Une belle expérience à mes yeux.
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dimanche 23 février 2014

Toutes les conférences de la BNF, en ligne

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Sur le site de la Bibliothèque Nationale de France (BNF), il est possible de voir, entendre ou réentendre les conférences données depuis la naissance de notre siècle (certaines remontent à 2001)En choisissant la recherche par thème sur la page "Toutes les conférences", neuf rubriques, bien alléchantes, nous sont proposées :

  • Arts de la scène, où figurent nos plus importants metteurs en scène, mais aussi une pièce (Cool Memories de Jean Baudrillard, mise en scène d'Arny Berry)    
  • Beaux-arts, trop courte
  • Histoire, beau panorama de l'histoire immédiate, George Semprun y apparaît… 
  • Littérature, évidemment la rubrique la plus fournie de la BNF
  • Musique, où concerts et conférences s'entremêlent
  • Numérique, l'avenir de l'écrit est questionné,  
  • Oulipo, ouvroir de littérature potentielle, voir aussi… 
  • Philosophie, de Derrida en 2001 à Edgar Morin en 2013, 
  • Science, des maths au climat, d'hier à demain
  • Société, de Lacan aux cités obscures.
À partir de la même page il est aussi possible de rechercher des conférences par intervenant ou par date…

Puisque nous sommes sur le site de la BNF, ne manquez pas la dernière exposition virtuelle, elle est consacrée au génial Gustave Doré, à l'occasion de l'exposition au musée d'Orsay du 18 février au 11 mai 2014.

Toutes les expositions virtuelles de la BNF.
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jeudi 13 février 2014

Héritages de Byzance…

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Monsieur Olivier DELOUIS, adhérent à notre association et chargé de recherche au Centre d'histoire et civilisation de Byzance (CNRS) nous prie de vous informer de la parution d’un ouvrage : Héritages de Byzance en Europe du Sud-Est à l’époque moderne et contemporaine par Olivier Delouis, Anne Couderc et Petre Guran, dans la collection Mondes Méditerranéens et Balkaniques 4, Athènes 2013. 522 p. ISBN 9 782869 582538. 69 €. Diffusion : De Boccard.

La civilisation byzantine a marqué durablement de son empreinte les hommes et les sociétés du Sud-Est de l’Europe. L’ambition de ce volume collectif est d’étudier, de façon comparée et grâce à des études de chercheurs de tous pays, l’histoire de la mémoire de Byzance dans cette région.

L’émission religieuse de France Culture Orthodoxie lui consacre, ce mois ci, deux émissions :
En cliquant sur l’image ci-dessus, vous pouvez lire le sommaire, l’introduction 
et les résumés des chapitres de ce livre… et mieux voir la couverture.
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lundi 10 février 2014

Claude Simon dans son siècle

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Ce jeudi 23 janvier, la section orléanaise de l’Association G. Budé avait tenu à honorer la mémoire d’un écrivain important, disparu depuis bientôt dix ans. Claude Simon, malgré la récompense du Prix Nobel de littérature en 1985, n’a pas trouvé son public, car il souffre encore de la réputation d’ésotérisme attribuée au Nouveau Roman, auquel on l’a rattaché par simplification. Il méritait donc une juste reconnaissance et l’on se devait de la confier à une spécialiste confirmée.

Mme Georgette Pastiaux - une familière de notre groupe budiste qui a enseigné les lettres au lycée Jean Zay d’Orléans et fut aussi chercheur à l’Institut National de la Recherche Pédagogique à Paris - a présenté la conférencière qu’elle connaît de longue date en tant que membre de “l’Association des Lecteurs de Claude Simon”. 

Cécile Yapaudjian-Labat et Georgette Pastiaux 

Cécile Yapaudjian-Labat, agrégée de lettres modernes, docteur ès lettres, a publié en 2010 une thèse sous le titre: Écriture, deuil & mélancolie: les derniers textes de Samuel Beckett, Robert Pinget & Claude Simon. À propos de ce dernier, auquel elle s’est particulièrement attachée, elle a cherché à corriger l’image d’un écrivain hermétique et purement formel dont on l’affuble, en soulignant les qualités d’observateur lucide de son époque ainsi que sa recherche méticuleuse d’une écriture originale qui brise le rythme linéaire de la narration tout en restituant “la dimension sensorielle” de la réalité.

Cécile Yapaudjian-Labat a d’emblée mis en lumière les éléments autobiographiques - plus ou moins apparents - dans l’œuvre de Claude Simon. “Tous mes romans, écrit-il en 1990, sont à base de mon vécu”. Ainsi dans L’acacia, il fait part de son appartenance à sa double ascendance, avec d’un côté le père athée, né d’un paysan jurassien, de l’autre la mère, bourgeoise ultra-catholique, issue d’une famille de riches propriétaires fonciers des Pyrénées orientales, deux lignées très dissemblables en apparence, mais unies par l’amour de la terre et du travail de la terre. Claude Simon suivra leur exemple: il s’installera en I945 dans le Roussillon, cultivant son domaine et publiant sa première œuvre (Le Tricheur), se disant lui-même, comme Lamartine, “à la fois vigneron et écrivain”. À vrai dire, il avait été tenté très jeune par la peinture. Il a d’ailleurs laissé une œuvre de peintre (et aussi de photographe) fort estimable, dont on trouve de nombreuses traces littéraires dans les romans qui illustrent son second thème majeur et obsessionnel : la guerre. Il en fera une première expérience dès 1932 à Barcelone, au milieu des républicains espagnols, ce qui constituera la trame de son 6e roman Palace (1962). L’ouvrage précédent La route des Flandres (1960) s’est nourri de sa vie de brigadier au 31e dragons, de ses souvenirs de la bataille des Ardennes de mai 40 et de la débâcle dans la boue où se débat son héros, le capitaine de Reixach. On retrouve cet épisode dans Les Géorgiques (1981) où Claude Simon, cavalier en déroute, joue son propre rôle, en parallèle avec deux personnages réels dans un autre espace-temps (à Barcelone en 1936, l’écrivain anglais George Orwell et en 1810 le général J.-P. Lacombe St Michel, ancêtre de Simon du côté maternel )

Afin de nous donner une vue d’ensemble de l’œuvre - abondante, puisque l’édition de la Pléiade compte plus de 25 ouvrages, notre guide a distingué quatre grandes périodes : la première va des débuts à la parution en 1957 de Le Vent, où se manifeste l’influence de Faulkner ; la 2° de 1958 ( Histoire) à 1967, période de recherche formelle et de refus des conventions romanesques, où il se rapproche du groupe d’écrivains autour de l’éditeur Jérôme Lindon et dont Nathalie Sarraute avec L’ère du soupçon a été pour un temps la théoricienne; la 3° commence avec La bataille de Pharsale (1969), dix années pendant lesquelles Simon privilégie le travail sur la langue, quitte à être jugé obscur, voire illisible ; au cours de la dernière étape, des Géorgiques au Tramway (2001) de la large fresque mêlant les époques au récit circonscrit et nourri des souvenirs d’enfance, la matière romanesque paraît se rétrécir au profit de l’autobiographie.

Cécile Yapaudjian-Labat a tenu ensuite à éclairer cette part intime que Claude Simon a révélé dans son œuvre et en premier son expérience des deuils. Une expérience présente tout au long de L’acacia où il rappelle la mort et la quête du père disparu au mois d’août 1914, tandis que la longue maladie de la mère constitue le cœur de la narration dans Le Tramway. Le deuil est pour lui en quelque sorte une “valeur familiale”. La mort rôde partout, indissociable de la guerre qui fait partie de son destin personnel, avec ses blessures comme l’humiliation de la défaite et la captivité. Mais la guerre est aussi pour lui “une réalité anthropologique” - autrement dit une création de l’homme ; elle se répète, toujours avec la même violence, comme un cataclysme naturel. Elle brouille tous les repères : pire, “elle remet en cause le statut de l’humain” ; les soldats sous la mitraille ne sont plus qu’une “masse informe et dérisoire.” Plus question d’honneur ni d’héroïsme ; les hommages aux morts sont qualifiés de “carnavalesque parodie”. D’autre part Claude Simon insiste sur la répétition cyclique du phénomène ; dans Les Géorgiques il met sur le même plan trois guerres, de l’époque napoléonienne à “la drôle de guerre” ; dans L’acacia, on passe sans cesse de 1914 à 1940 ou du père au fils ; dans Le Jardin des plantes, il montre le chaos de la dernière défaite et va même jusqu’à en accuser les responsables, politiques et militaires. Dans cette vision radicalement pessimiste du monde l’Histoire apparaît comme un monstre dévorateur anéantissant l’homme et ses valeurs, le réduisant même à un déchet, avec des images très dures, voire répugnantes.

Notre guide nous a alors invités à relire l’œuvre simonienne comme le constat d’une faillite de l’humanisme, au sens de la culture savante, des belles lettres avec leurs beaux modèles antiques, comme au sens plus large d’une philosophie érigeant la dignité de l’homme en valeur suprême. La réalité qui s’est imposée au cours du dernier conflit avec ses destructions - comme le bombardement de la bibliothèque de Leipzig a montré que la culture ne pouvait empêcher la dégradation de l’humain, qu’elle “n’était plus une garantie contre la barbarie”. Dans son Discours de Stockholm (10 décembre 1985), Claude Simon, reprenant la déclaration d’Adorno sur l’impossibilité d’écrire après la découverte des camps d’extermination, affirmait qu’ “Auschwitz est une rupture fondamentale de l’écriture, rendant tout discours humaniste simplement indécent”. En même temps il annonçait la proche disparition du roman traditionnel, de sa forme narrative linéaire ainsi que la mort définitive du modèle littéraire du XIXe, allant même jusqu’à considérer des ouvrages tels que La condition humaine ou Les Chemins de la liberté comme héritiers d’une “vision totalisante” et assimilés à des romans à thèse ou idéologiques. Cependant l’échec de l’humanisme ne doit pas entraîner pour autant le désintérêt pour l’Homme et même le plus humble, celui qui n’a plus la parole.

Dans une dernière partie Cécile Yapaudjian-Labat a défini le regard que l’écrivain Claude Simon pose sur son siècle, distinguant à vrai dire trois types de regard : celui d’abord qui enregistre le réel, un regard fragmenté traduisant la violence d’un monde “qui ne fait plus sens”, ensuite le regard créateur, qui redessine l’espace et le temps, pour tenter d’appréhender le monde, et en même temps un regard de peintre soucieux de rendre des formes ou des nuances fugaces, enfin le regard mélancolique, mais sans aucune nostalgie mièvre, un regard associé au désir, une sorte de pulsion difficile à contenir, traduisant un besoin de surmonter les angoisses et les bouleversements du siècle. Et de nous laisser l’image d’un Claude Simon façonné par les deuils et les événements de l’Histoire, adoptant une attitude critique devant la faillite des valeurs de la civilisation, dans un rapport ambigu avec le monde moderne qu’il transcende par l’écriture, comme dans cette scène emblématique du Jardin des Plantes où il décrit une femme en robe rose marchant dans les décombres du Berlin de 1945 avec une furieuse volonté de vivre…

P.S. : Claude Simon n’est pas un de mes auteurs familiers ; j’ai lu, il y a un certain temps “la route des Flandres” avec quelque effort, mais j’y ai reconnu un ton nouveau. Dans la galaxie du Nouveau Roman (bien que Simon en refuse l’étiquette) cette “Route des Flandres” était en bonne place, avec “le Planétarium” de N. Sarraute et peut-être “le Voyeur” de Robbe-Grillet, en réservant la palme de l’illisibilité et de l'ennui à “L’observatoire de Cannes” de Jean Ricardou, par ailleurs fort bon théoricien. Mais je dois avouer en toute sincérité que notre ambassadrice Cécile Yapaudjian-Labat m’a presque converti. Je vais relire Claude Simon avec “des yeux dessillés” , comme on dit chez les Chrétiens. Déjà la lecture du “Tramway” a fait modifier mon jugement. Et puis, savoir que Simon s’est penché sur les vignes, comme notre Alphonse, cela me le rend éminemment sympathique…
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jeudi 2 janvier 2014

Aryballe corinthien en forme de chouette

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Notre ami Jean-Louis Gautreau, amateur d'art bien connu des Orléanais, auteur du blog très fréquenté consacré aux musées des Beaux-Arts de France et vice-président des Amis de Roger Toulouse, a réalisé une étude sur l'aryballe corinthien en forme de chouette [Art grec archaïque (vers 640 av. J.-C.) du musée du Louvre] d'où est issu le logo de notre association, je vous communique ce travail en guise de cadeau pour l'année 2014 commençante.

Qu’est-ce qu’un aryballe ?

En dépit de sa forme, celle d'une petite chouette (5 cm) très expressive avec sa tête penchée et ses grands yeux étonnés, ce vase est un aryballe : petit vase à huile parfumée dont Corinthe s'était fait la spécialiste. En effet, un réservoir se trouve à l'intérieur de l'objet et un orifice a été pratiqué sous la base afin de favoriser l'écoulement du liquide. De même, les deux trous percés dans cette même base permettaient de suspendre l'objet à son poignet. Ce petit aryballe en forme de chouette est à usage individuel et portatif.
Corinthe va devenir l'atelier céramique dominant de l'époque orientalisante (VIIe siècle av.-J.-C.). 
Son succès s'explique par sa spécialisation dans les petits vases à parfum (entre 5 et 20 cm), faciles à exporter, par l'invention d'une nouvelle technique, celle des figures noires qui ajoute aux silhouettes noires déjà existantes des incisions et des rehauts de couleurs.
L’argile corinthienne, naturellement pâle, les rehauts rouges, le vernis noir et le dessin au trait forment un ensemble polychrome des plus harmonieux.


Quelle chouette ? 

La Chevêche d'Athéna ou Chouette chevêche (Athene noctua) est une espèce d'oiseau de la famille des strigidés de petite taille à l'aspect trapu. C'est la plus diurne des strigidés, malgré son nom latin (Athene noctua). Dans l'Antiquité grecque, la Chevêche d'Athéna était l'attribut d'Athéna, déesse de la Sagesse.

Tétradrachme d’Athènes - Dans la Grèce antique, la Chevêche d'Athéna, attribut d'Athéna, symbole de la Connaissance (la sagesse mais aussi la science) devint tout naturellement celui de la ville d'Athènes (Athéna était la déesse protectrice d’Athènes). On retrouve ainsi la chevêche accompagnée d'un rameau d'olivier sur les drachmes de cette ville. On retrouve encore aujourd'hui la chevêche sur les pièces grecques de 1 euro.

Pourquoi la chouette est-elle l’un des attributs d’Athéna ?

La chouette est le symbole de la sagesse dans le monde antique. Elle est liée à la déesse grecque Athéna, à laquelle Homère attache déjà l'épithète de glaukôpis (Athéna aux yeux brillants, ou "aux-yeux-de-chouette"). Cette particularité du regard de la déesse a conduit à plusieurs interprétations : elle voit dans la nuit, elle représente la connaissance liée à la Lune, c'est-à-dire une connaissance indirecte, par reflet, fondée par conséquent sur le détour par la pensée et par la raison. Déesse des Arts et de la sagesse, de la guerre défensive et de l'activité intelligente, elle prête son symbole ailé à la ville d'Athènes, qui frappe monnaie à l'effigie de l'animal.

La Chouette et Athéna symbolisent donc la réflexion qui domine les ténèbres, la sagesse qui s'impose contre la violence : les armes d'Athéna, contrairement à celles d'Arès, sont défensives.
C'est pourquoi les dons d'Athéna sont toujours féconds pour le développement de la civilisation contre la barbarie toujours menaçante à l'intérieur comme à l'extérieur de l'homme et de la cité. Elle accorde par exemple l'olivier, source de bienfaits matériels et civiques. Elle enseigne les techniques, mot grec qu'on peut traduire par arts, comme la poterie ou la menuiserie, ou le tissage. Elle préside aux débats en protégeant les orateurs et les philosophes. Son action civilisatrice est encore plus nette lorsqu'elle encourage les hommes d'Athènes à substituer une justice nouvelle fondée sur la raison à une ancienne fondée sur la violence de la vengeance sans fin
La Chouette d'Athéna nous rappelle donc les mille ressources de l'intelligence hellénique, et particulièrement le goût pour la clarté de la raison toujours vigilante. Elle nous propose ainsi finalement une des voies pour un humanisme moderne.

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