vendredi 25 octobre 2013

La rentrée de Budé - Diderot et les peintres de son temps


Ce jeudi 26 septembre, la section orléanaise de l’Association Guillaume Budé accueillait ses membres et son public pour sa première séance de l’année.

Comme à l’accoutumée, le Président Malissard présentait un compte rendu des activités de l’année écoulée.
La section a organisé sept conférences mais la huitième, la rencontre avec Julia Kristeva, n’a pu avoir lieu après deux désistements consécutifs de l’écrivaine. Le partenariat avec le CDN a permis aux membres inscrits d’assister à trois pièces de théâtre (La Mouette, Six personnages en quête d’auteur, Georges Dandin) et à deux lectures. Le jubilé de notre secrétaire André Lingois fêté à l’issue de la conférence de janvier fut un moment fort et se prolongea en quelque sorte avec le voyage de trois jours (organisé par lui-même et Gérard Lauvergeon) dans sa chère Bourgogne.
La situation financière est stable, malgré la diminution des entrées aux conférences et une légère baisse des effectifs. Pourtant, cette année encore, les cotisations restent inchangées.
Le président donne alors les grandes lignes de la nouvelle saison, marquée par un retour à l’Antiquité. Ainsi, il y aura quatre conférences sur cette période  historique. Une autre portera sur la Première Guerre mondiale (Philippe Nivet), anniversaire oblige. Et deux autres seront consacrées à la littérature contemporaine (Claude Simon et Vassilis Alexakis). Une promenade littéraire de deux jours aura lieu en mai ou juin, consacrée à Ronsard.
La collaboration avec le CDN est renouvelée avec les pièces « Hannibal » de Grabbe, « Par les villages » de Handke et « Faim » de Knut Hamsun et avec une lecture tirée de l’Antigone de Sophocle.
Le bureau de la section s’est enrichi par l’entrée de deux nouveaux membres : Nicole Laval-Turpin au titre du secrétariat et Elodie Cechetti pour la communication. Le président remercie Claude Viviani pour tout le travail accompli : tenue du blog, diffusion des informations, enregistrements des conférences, etc. La salle ratifie en applaudissant chaudement notre maître toilier.

Le président donne alors la parole à Jean Nivet assisté de Nicole Laval –Turpin, de Marie-Hélène Viviani et d’André Lingois pour une lecture à plusieurs voix sur le thème : 
DIDEROT ET LES PEINTRES DE SON TEMPS,
en hommage pour le 300ème anniversaire de la naissance du philosophe.

Diderot, né à Langres le 5 octobre 1713, a laissé  une œuvre foisonnante, et dans celle-ci, le choix de Jean Nivet a été de montrer l’œuvre du critique d’art, à travers ses « Salons » dont il a assuré le compte rendu pour le périodique de Grimm de 1759 à 1781. Il s’y montre en effet dans toute sa spontanéité, dans tout son naturel et nous révèle  ses goûts et sa personnalité.
Sous la houlette du meneur de jeu, les peintures exposées lors de ces Salons  sont mises en regard des textes de Diderot les concernant, ce qui sollicite à la fois l’œil et l’oreille pour donner une grande cohérence au propos.
Diderot a été un critique souvent féroce (il invente le terme de « croûte ») même aux dépens de son ami Lagrenée, et il se laisse aller à son côté libertin à la vision de belles nudités  ou devant « La jeune fille pleurant son oiseau mort » de Greuze. Mais, au fil des Salons, il a acquis une réelle compétence en art, préparé à cette tâche par ses articles de l’Encyclopédie (sur le Beau notamment) et par la fréquentation des artistes. Balayant vingt années de production picturale française, il assiste au passage du « rococo » au néo-classicisme, de Boucher qu’il n’aime pas au jeune David qu’il admire.
Ses goûts le portent vers la peinture dite de « genre » pourtant moins considérée à l’époque que la peinture académique et, pour la réaliser il conseille aux peintres de quitter leur atelier pour observer la réalité et la nature. Il faut faire « ressemblant » et il est intransigeant sur les détails justes, le choix des couleurs, la composition.
Pour Diderot, la peinture doit susciter des émotions, faire appel à la sensibilité, « aller à l’âme par l’entremise des sens », même en acceptant la grande violence des batailles ou des tempêtes qui suggèrent l’horreur ou le pathétique. Le peintre lui-même doit être saisi par l’enthousiasme du métier, comme il le ressent à travers les paysages tourmentés de Joseph Vernet ou de Loutherbourg, préfigurant la peinture romantique.
La peinture doit aussi porter à la méditation et assumer un rôle moral, à l’instar de son théâtre, d’où son admiration pour Greuze et ses tableaux comme « Le fils ingrat » et « Le fils puni ».
Le grand mérite de Diderot est d’avoir perçu, à partir des années 1770, que l’avenir de la peinture se trouvait dans la propre vision du peintre : « votre soleil n’est pas celui de la nature ». Il accepte que la couleur et le rendu de la lumière priment sur le dessin et sur le sujet du tableau. Et Chardin lui révèle, dans ses natures mortes, une nouvelle manière de peindre, « la manière heurtée », abandonnant la fusion des teintes pour des couleurs franches. Diderot a donc su voir toute l’originalité de ce peintre, notamment dans sa « Raie dépouillée » qui annonce les techniques reprises au XIX° siècle.
Il ressort de cette remarquable contribution à quatre voix soutenue par la projection d’une cinquantaine de tableaux que Diderot a été un immense critique d’art et qu’il a eu un regard « très moderne », se libérant  du « Grand Goût » de l’époque et anticipant les évolutions futures de la peinture. C’était lui rendre un bel hommage.

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Je signale que le Musée des Lumières Denis Diderot a été inauguré à LANGRES le 5 octobre 2013 (ouverture au public fin 2013) dans un très bel hôtel particulier rénové du XVIIIe siècle. Y figurent dans une salle consacrée aux « SALONS » des toiles dont Diderot a rendu compte.


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vendredi 27 septembre 2013

Bouillon, vous avez dit bouillon…

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Vous avez dû remarquer sur nos affiches présentant l‘entretien avec Vassilis Alexakis, la mention « en partenariat avec Le Bouillon, Centre Culturel de l’Université d’Orléans ».


Qui est donc ce Bouillon ? Il est situé à La Source pas très loin de la résurgence du Loiret, dont la source principale est appelée le Bouillon.






Mais celui qui nous intéresse est un bâtiment installé sur le campus d’Orléans, à l’arrière de la faculté des Lettres. C’est le Centre Culturel de l’Université d’Orléans. Il réunit un théâtre (160 places), pouvant accueillir des spectacles de théâtre, de danse, des concerts de musique classique, de musique contemporaine, des projections cinéma, des rencontres littéraires et une salle de concert (180 places). Ouvert depuis le 29 septembre 2011, ce Centre accueille les étudiants et les personnels du l’Université. Les spectacles qu’il propose sont aussi ouverts aux gens de l’extérieur, donc à nous tous (dans la limite des places disponibles).



Ainsi, la saison dernière, le grand musicien baroque, Jordi Savall, s’y est produit (4/2/2013). Certains budistes ont assisté, le 10 avril 2012, à une rencontre avec Julia Kristeva, animée par Yasmin Hoffmann qui, notons-le, a quitté les bords de Loire pour enseigner dorénavant à l’université de Montpellier, bonne chance Yasmin pour la suite de ta carrière…



Durant le premier trimestre universitaire, si l’on excepte les musiques appréciées des étudiants mais un peu éloignées de mes pôles d’intérêt, j’ai relevé parmi les propositions du Bouillon :



du théâtre : Une vie de pantin (15 oct.) par Bath’art, l’association théâtrale étudiante de l’université d’Orléans et Une vie d’opérette (26/11), un spectacle musical,



une conférence-débatRévolte des étudiants chiliens, (22/10) à l’occasion du 40e anniversaire de du coup d’état et de la mort de Salvatore Allende



des projections :

  • Le Ruban blanc film de Michael Haneke (5/11)
  • The Perfect American, un opéra de Philip Glass sur la fin de vie de Walt Disney (12/11),
  • JFK, film d’Olivier Stone (27/11), précédé d’une rencontre avec l‘historien Thierry Lentz
  • Tannhaüser (10/12) de Richard Wagner


De la danse :

  • Versus 8.4, de Guillaume Bertrand, Cie 13 Quai
  • Sad Songs, de Thierry Baë, Cie Traits de ciel

Vous pouvez prendre connaissance de l’ensemble des activités prévues en vous rendant sur le site web du Bouillon. Vous pouvez aussi télécharger la brochure trimestrielle du Bouillon : c'est par ici.
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dimanche 22 septembre 2013

Catherine Martin-Zay, officier de l'ordre des Arts et des Lettres.

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Il est 15 heures. Le vendredi 5 septembre 2013 s’étire dans la chaleur moite d’un après-midi saturé de soleil. Nous gagnons le centre ville d’Orléans. Au débouché de la place de Gaulle s’ouvre la rue Notre-Dame de Recouvrance qui descend doucement vers la Loire, belle flâneuse que la ville porte en écharpe fluide et douce.

Quelques badauds, dont nous sommes, tournent autour de la vitrine claire du numéro 57, comme en attente d’un évènement. C’est une adresse bien connue des Orléanais, de ceux qui aiment retrouver l’un des pôles culturels qu’offre la ville ligérienne. Il attire les amoureux de la littérature et des échanges, en toute liberté de parole.  

C’est au rez-de chaussée de cet immeuble, que Catherine Martin-Zay, choisit, en 1964, d’ouvrir une librairie qu’elle appela « Les Temps modernes » en hommage à la revue fondée par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, ces « monuments » des Lettres, toujours très visités. 

Dans ce lieu aussi lumineux qu’exigu, les livres montent au plafond, se nichent dans le moindre recoin. Ils s’imposent aux regards, nous toisent du haut de leurs rayonnages ou se prêtent simplement à la caresse d’une main amicale et curieuse. 

Depuis 50 ans « Jubilé ! Jubilons ! » Catherine, de longue date adhérente de notre association, fait vivre sa librairie, avec l’exigence, l’énergie et l’allant de qui connaît parfaitement son domaine auquel elle prête son beau visage-palimpseste, ouvragé par le temps, sculpteur de nos passions.

L’effervescence se propage dans l’allée centrale bientôt surpeuplée, porte ouverte sous l’arcade ombrageant  les amis et clients qui ceinturent en grand nombre, les vitrines du magasin. Journée particulière pour notre amie libraire. Une mise à l’honneur, un jour de gloire couronné des lauriers de la République ! puisque Catherine Martin-Zay reçoit aujourd’hui les insignes d’officier des Arts et des Lettres, des mains de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti.




À l’heure dite, la haute silhouette sportive de la très médiatique ministre, franchit le seuil, se fraye un passage, cernée de toutes parts par les VIP, personnalités politiques et culturelles de la ville d’Orléans. Très à l’aise au cœur de ce public de lecteurs qui pourraient être les siens car elle est romancière en plus de ses fonctions ministérielles.      

Le silence s’est fait pendant que se déroulent les phrases d’un discours de circonstance fort bien ordonnancé. La sonorisation prévue porte la parole in et off de l’espace librairie bruissant de vie. « L’œil écoute »


Premier hommage à Jean Zay, le père de Catherine. Ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts, il fit beaucoup pour diffuser la culture, pour  tendre vers ce qu’il appelait « son  idéal démocratique ». Fidèle à la tradition paternelle, sa fille concrétisa  ses idées avec l’ouverture de la première librairie indépendante d’Orléans, forte de son identité particulière. Place aux livres de « belle et grande littérature », « patrimoine de la nation de l’esprit » rappelle Mme la ministre, citant Alfred de Vigny. Ses propos soulignent le rôle de passeur d’intelligence qu’a joué Catherine, pendant 50 ans, attentive à toute forme de nouveauté littéraire quand celle-ci sait allier l’exigence d’une pensée avec l’art du styliste. Puis l’oratrice salue la ferveur de son engagement militant au service des Lettres et des Arts, avant de clore son allocution.



Au prix de quelques contorsions, je peux apercevoir Catherine que la République a choisi d’honorer en ce jour de septembre. Vêtue de blanc, telle une vestale antique, elle nous semble la gardienne d’un Temple, vouée au dieu de la littérature qu’elle sert toujours avec la flamme de sa conviction. Je la vois qui pose en toute simplicité, fine statuette de Tanagra que la Messagère culturelle épingle bientôt de la médaille d’officier des Arts et des Lettres. Bravo !

Catherine alors s’anime pour répondre au discours ministériel. Sa voix s’élève maintenant dans un silence quasi religieux. L’émotion gagne certains d’entre nous qui la connaissons bien. Remerciements chaleureux à tous ceux qui l’ont aidée dans sa mission de service public. Rappel du passé, souvenirs de la petite enfance à Riom où elle retrouvait fugitivement son père apprenant, comme lui, à lutter contre l’adversité, telle la Chèvre de M Seguin, qu’elle fait surgir près d’elle, le temps d’évoquer son combat acharné de résistante aux forces du mal. Nous la suivons dans le déroulement des étapes de sa vie ; son arrivée à Orléans, la découverte du prestigieux passé de la ville où elle s’insère et prend place en donnant aux Livres une maison à vivre et «commercer» avec la clientèle qu’elle fidélise grâce à des activités ciblées qui animent sa librairie « Bouillon de culture ». J’aperçois, près d’elle, sa sœur Hélène, elle-même témoin de son temps avec la fondation du CERCIL, en ville d’Orléans. 

Catherine évoque ces temps de rencontres inoubliables avec les auteurs qu’elle convie régulièrement dans son pré-carré du partage, tant hier qu’aujourd’hui, puis elle dévide un chapelet de noms d’écrivains, tous « ces travailleurs intellectuels » dont les ouvrages, les photos, les posters vivent sous nos yeux, façonnant la personnalité de cette librairie « atypique » où le livre n’est pas simple gadget soumis aux modes mais source de vie.

Avant de clore son discours, Catherine présente la nouvelle directrice de la  maison, sa fille Sophie épanouie auprès d’elle, déjà projetée dans une galaxie nouvelle toujours peuplée d'ouvrages en quête de lecteurs. Fidélité ! Beauté de la transmission familiale !  

Il me plaît de retrouver le timbre de sa voix, la scansion douce et nette de son phrasé. Nous sommes suspendus à ses lèvres, heureux de l’hommage rendu à « notre Dame Catherine » fiers d’être de ceux qui hantent sa librairie, vont, viennent, discutent, montent les escaliers pour envahir l’espace d’en-haut, rempli de lumière. Je l’imagine au cœur de son activité quasi hebdomadaire. 

Catherine devient  l’« Arthenice des Temps modernes », le jour où elle reçoit l’invité(e) du jeudi, dans sa « ruelle » du premier étage. Les amateurs ont ainsi rendez-vous avec les auteurs, poètes et romanciers, peintres, artistes, théoriciens et philosophes que l’on rencontre « sur le vif » le temps d’un rendez-vous qu’on savoure avec le plaisir gourmand des amoureux de la vie dans tous ses états.   

Chacun prend place cahin-caha dans un joyeux fouillis de tabourets et de chaises ( très demandées) dans le brouhaha des « flashs « de conversations qui préludent à la présentation de la personne invitée. Nous aimons ces heures lumineuses, les échanges, les controverses, les feux de l’esprit qui étincellent autour d’une lecture qui nous échauffe la tête et le coeur. On se dit qu’on a retrouvé le temps perdu à je ne sais quoi et «recouvré » la santé mentale avec l’art de la conversation. L’on se sent accueilli dans cette maison du 57 rue de la Recouvrance la bien nommée car elle soigne notre mal de vivre.




Pour toutes ces raisons, pour la passion vécue,
Chère Catherine , 
« Grâce vous soit rendue ».
Écouter la cérémonie
[Cliquer sur les photos pour les agrandir]
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samedi 31 août 2013

Daniel Cuisiat nous a quittés

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Le bureau de l'association Guillaume-Budé a la tristesse de vous faire part du décès survenu le 22 août de Daniel CUISIAT, professeur honoraire de classes préparatoires au Lycée Pothier, et fidèle membre de notre association depuis son arrivée à Orléans en 1973. Agrégé de Lettres classiques, docteur d'Université, Daniel Cuisiat s'était fait un nom parmi les seizièmistes en publiant en 1998 chez Droz dans la collection Travaux d'humanisme et Renaissance les "Lettres du Cardinal Charles de Lorraine". Il nous avait d'ailleurs présenté ce  personnage hors du commun dans une brillante conférence qui inaugurait la saison 2003/2004. Les collègues, les élèves et tous les budistes gardent le souvenir d'un homme ouvert, accueillant, d'une grande  simplicité.


Notre plus ancien secrétaire, qui le connaissait de longue date, avait tenu, lors de la cérémonie funèbre, à dire ces quelques mots à titre amical : 


Ce n’est pas le collègue, le professeur, l’historien que je veux évoquer devant vous, mais tout simplement l’ami. Et c’est en mon nom personnel que je vais, cher Daniel, te dire adieu ; cependant j’espère que tous ceux qui ont eu la chance de te connaître m’accompagneront dans cet adieu, même si les souvenirs que je voudrais rappeler ont leur part d’intimité.


Cher Daniel, je te connaissais déjà avant de t’avoir rencontré. En effet je suis arrivé au CPR de Dijon juste un an après ton passage, mais je peux dire que tu étais encore très présent. Mon maître de stage, qui fut le tien (je veux nommer Guy Grand, un homme dont la personnalité ne laissait personne indifférent) parlait de toi avec enthousiasme; il avait même en quelque sorte pressenti tes travaux futurs: il ne s’était pas trompé. A Reims, tu as rencontré la figure emblématique du Cardinal Charles de Lorraine auquel tu as consacré ton grand œuvre.


Le hasard — que je préfère appeler la chance — a voulu qu’Orléans soit le lieu où nous avons fait réellement connaissance et où nous avons tissé des liens d’amitié, renforcés par nos rencontres dans une association dont l’emblème est l’oiseau d’Athéna, et qui a su allier la culture antique et l’ouverture au monde. Ensemble, nous avons été conduits à faire (et à refaire) le “pèlerinage aux sources”: en Grèce, en Attique et dans le Péloponnèse, dans les musées d’Athènes comme dans les vieilles rues de Monastiraki, à Pylos et dans le Magne laconien, dans l’ile de Kéa, pour admirer” l’archaïos léôn”, et jusqu’en Crète, et au fond de la Crète, dans une bourgade reculée du Lassithi. Nous garderons longtemps l’image de cette taverne,  où tu as retrouvé une de tes anciennes élèves de la khâgne du Lycée Pothier, tellement conquise-grâce à toi- par la langue d’Homère qu’elle s’était éprise d’un jeune Hellène au profil minoen. Ce fut un moment très émouvant…


Au-delà de cette culture classique qui nous a été inculquée par nos vieux maîtres lors de nos classes d’“humanités” , comme on le disait du temps d’Anatole France, nous avons eu tous les deux un lien profond avec ce qu’on appelle le terroir, c’est-à-dire le paysage, le sol, les produits du sol. Et, sans parler de la vieille alliance entre le Duché de Bourgogne et la Comté (devenue Franche), nous allons trouver des éléments qui nous rapprochent. Mon terroir, c’est la “Côte”— sans épithète, une longue colline vineuse qui s’étire de Dijon à Cluny, et, en son milieu, un finage limité à quelques noms évocateurs. Pour toi, Daniel, le terroir, c’est la Côte du Jura, le Revermont, qui suit à peu près une ligne nord/sud allant de Dôle à Bourg-en-Bresse. Et au milieu de ce Revermont, c’est-à-dire le Revers du Mont, il y a ton village éponyme, joliment situé entre Coligny et Treffort, deux bourgades aux clochers jurassiens en forme de dômes, avec de belles fontaines et quelques vieilles maisons vigneronnes cossues. Le vignoble a disparu depuis longtemps et, pour le retrouver, il faut remonter vers le nord, sur Voiteur et surtout Château-Chalon accroché à sa falaise. J’en parle, mon cher Daniel, parce que c’est un peu le symbole du Jura et surtout parce que tu m’as fait apprécier son vin. Car tu l’aimais comme tu aimais la vie et en ce moment si rempli de gravité et de tristesse, je voudrais que tout le monde garde le souvenir d’un homme vivant, plein de sensibilité, de gaieté et de ferveur.


Aussi je souhaite m’arrêter sur une dernière image, dans un tout autre lieu, que tu aimais également , sous un climat plus ensoleillé : je veux parler de ta thébaïde sur les hauts plateaux du Var, dans un paysage digne des romans de Giono. Nous marchions sur un sentier le long des champs de lavandes , vers le Prieuré de Valmogne et nous parlions… peut-être de Giono justement. Tout ce que je sais, c’est qu’il me reste de ce moment une impression de douceur, de plénitude et en un mot de bonheur. Et ce petit instant intemporel de bonheur, c’est à l’amitié qu’on le doit…


Cher camarade, je pense que tu n’aimerais pas trop les effusions lyriques. Mais, comme je l’avais affirmé il y a bien longtemps : 
“Daniel, tu es encore très présent parmi nous.”


André LINGOIS

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lundi 3 juin 2013

Olivier Zunz

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Notre amie Patricia Sustrac, présidente de l'association des Amis de Max Jacob
me prie de vous informer de l'événement suivant :

L'association des Amis de Max Jacob
en partenariat avec la Médiathèque d'Orléans
vous invite à la conférence exceptionnelle
d'Olivier Zunz,
Commonwealth Professor of  History
université de Virginie
qui aura lieu le :

Jeudi 6 Juin
18h 30
Médiathèque d'Orléans
(auditorium M. Reggui)

DON ET POLITIQUE ETRANGERE
LE CAS DE LA  PHILANTROPIE AMERICAINE EN EUROPE
DEPUIS LA PREMIERE GUERRE MONDIALE
JUSQU'A L'APRES-GUERRE FROIDE

Olivier ZUNZ
est l'auteur de
La Philantropie en Amérique,
Argent privé, Affaires d'Etat (Fayard, 2012)


L'association des Amis de Max Jacob est particulièrement heureuse d'accueillir à Orléans, en partenariat avec la Médiathèque d'Orléans, le petit-fils de Robert ZUNZ, dernier mécène et commanditaire de Max Jacob pour qui l'artiste réalisa, en 1939, un album religieux. Cet album est une longue méditation sur Le Chemin de croix (inédit publié dans le recueil des Oeuvres de Max Jacob (Quarto/ Gallimard). Il a été acquis par la ville d’Orléans en 2007 (manuscrit autographe de trente-sept feuillets et de quarante-sept dessins).


dimanche 26 mai 2013

Le Premier Homme

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Notre ami Guy BASSET me prie de vous informer de l'événement suivant :

Lundi 3 juin à 20 h 00 
au Cinéma Les Carmes

Le Premier Homme

À l’occasion du centenaire de la naissance d’Albert Camus, en partenariat et à l’initiative de l’ASLA, de l’APAC et de Citizens Carmes.


Le film sera suivi d’une rencontre avec Guy BASSET, directeur des publications de la « Société des études camusiennes ». 


Le Premier Homme, un film de Gianni Amelio (Ital/Alg/Fr, 1h41, 2013).
Août 1957. Un écrivain célèbre d’une quarantaine d’années, Jacques Cormery, rend visite à sa mère qui demeure à Alger. La ville est en état de guerre. Il se souvient de ses années d’écolier, de ses amis européens et algériens et de M. Bernard, cet instituteur qui l’a projeté vers une vie inconcevable pour un enfant né dans une famille pauvre et analphabète. Fidèle à son passé, que peut-il faire pour réconcilier ceux qui comme lui, pieds-noirs et algériens, sont nés sur le même sol, mais que le mouvement de l’histoire a transformés en ennemis héréditaires ?
Cinéma Les Carmes 
7, rue des Carmes - 45000 Orléans 
02 38 62 94 79 
cinema@cinemalescarmes.com 
cinemalescarmes.com  
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lundi 11 mars 2013

George Dandin par Patrick Dandrey

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Le jeudi 7 mars, les Budistes orléanais ont eu grand  plaisir à écouter un conférencier de très grande qualité, spécialiste de la littérature du XVII° siècle, en l’occurence Patrick DANDREY, professeur à l’Université de Paris IV (Sorbonne) venu parler de :
George DANDIN 
ou  le  secret d’une comédie “grinçante”
en prélude à la représentation de la pièce en partenariat avec le CDN.

M. Dandrey est entré aussitôt dans le vif du sujet : George Dandin est une farce, d’un comique classique à la fois par le sujet — une histoire de cocuage — et la structure répétitive et pourtant, elle renferme une part de mystère. D’abord le lieu de sa création (les Jardins de Versailles) est inhabituel, ensuite les circonstances le sont également : ce “grand divertissement” au mois de juillet 1668 compensait le Carnaval, annulé pour cause de Roi aux armées. Mais — double compensation — on fête la victoire et la paix d’Aix-la-Chapelle. De plus  c’est une commande “à livrer de suite”, ce qui oblige Molière à puiser dans son fonds provincial et à reprendre le canevas brodé à gros points de La Jalousie du Barbouillé. Mais, divertissement oblige, cette farce s’inclut dans une idylle champêtre avec des scènes dansées, des “sucreries musicales”. Or pastorale et cocuage ne font pas bon ménage ; il y a donc rupture de ton et de style. 

La pièce se déroule selon “une dynamique contrastée” : Dandin, comme l’Arnolphe de L’Ecole des Femmes, piétine tandis que sa femme Angélique et son amoureux progressent ; les jeunes s’adaptent, alors que le barbon s’enferre progressivement. Il essaie par tous les moyens de prouver qu’il est cocu et il ne le peut pas ! — moments à la fois drôles et pitoyables. M. Dandrey souligne justement cet aspect grinçant de la pièce, qui a parfois les accents d’une satire sociale, avec sa rudesse et même sa noirceur, que renforcent la peinture caricaturale des beaux-parents (le couple des Sotenville, aristocrates décatis), le cynisme de l’épouse, la sottise du valet et la méchanceté de la servante Claudine. Ce côté sombre de la comédie contraste apparemment avec d’une part les mièvreries de la pastorale, de l’autre le décor somptueux inventé par Vigarani de ce théâtre de verdure éphémère agrémenté de jeux d’eaux et de feux d’artifice.

Dans un tel cadre, on peut se demander pourquoi Molière a choisi un tel sujet  — sujet à contre-courant, car d’habitude, le mariage clôt la comédie ; ici tout se passe après le mariage. En réalité, la trame se trouvait déjà au début de L’Impromptu de Versailles, où “Mademoiselle Molière” dit à son mari : “Le mariage change bien les gens.” L’auteur définit lui-même Dandin comme “paysan marié”, par opposition au “berger amoureux” de la pastorale ; il se crée alors un décalage entre l’univers (et le langage) précieux de la “bergerie” et celui de la réalité. Cette divergence dans les registres est à la base même du burlesque, dont un des modèles litttéraires est le Virgile travesti de Scarron.

M. Dandrey a tenté alors “la genèse hypothétique de George Dandin” : au départ Molière aurait pensé à un ballet burlesque, dans le genre du Ballet des Muses représenté à Saint-Germain en 1666, avec une églogue et une farce en contrepoint, laquelle pourrait être une suite au Mariage forcé ; il reprendrait donc le motif du mari  destiné à être trompé, en l’étoffant au moyen des deux  thèmes de la jalousie et de la mésalliance. Il a dû s’interroger sur “la morale” de sa pièce et sur l’image qu’il veut donner de son héros Dandin : un benêt issu d’une farce médiévale ? un tyran domestique ? un être foncièrement  antipathique ? un pauvre bougre capable de nous émouvoir ? On pourrait répondre un peu trop facilement qu’il est tout cela à la fois, car il n’est pas ce qu’on appelle au théâtre un “caractère”. M. Dandrey le résume parfaitement : “Dandin n’est pas tellement plus ridicule qu’Alceste. Molière l’a même rendu attendrissant.” Et de nous montrer un dernier effet de “décalage” : le rire qui aurait dû accompagner le bonhomme Dandin/mari bafoué, s’est concentré sur les Sotenville qu’il surnomme “les sémaphores du ridicule” !

“Sous l’apparence d’une pièce traditionnelle et sans histoire, George Dandin est une comédie fragile, incertaine, ouverte aux risques de l’interprétation et à la liberté des scénographes. Aucune lecture ne sera donc totalement satisfaisante.”

P. S. : J’ai donc abordé le George Dandin du CDN avec une lègère appréhension, mais l’esprit rempli de l’analyse si fine de Patrick Dandrey. Las ! J’ai vite déchanté devant la mise en scène kitschissime de M. Rodinson. La pièce est parasitée par des ajouts en principe hyper-modernes et outrageusement encombrants : sous des strates d’alluvions et détritus du quaternaire, on pouvait (enfin !) atteindre ça et là le filon de carbone pur : le texte de Molière.