mercredi 27 janvier 2016

Palmyre, vie et mort d'une cité antique

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Émue par les destructions effectuées par Daesh sur le site de Palmyre, l'Association Guillaume Budé a programmé le 7 janvier 2016 une conférence supplémentaire et a fait appel à Annie et Maurice Sartre, professeurs émérites des Universités, venus en voisins de Tours. Devant un nombreux public, ils ont présenté en duo à l'aide de diapos « La vie et la mort de la cité antique ». Auparavant, en rappel du voyage que le Président Malissard avait organisé et conduit en Syrie en 1994 pour 40 adhérents, un diaporama-souvenir est projeté sur les monuments majeurs du pays et les images de paix qu'il renvoyait.




Maurice Sartre installe d'abord Palmyre dans sa géographie, celle d'une oasis liée à une source et au confluent de deux ouadi. La situation, à mi-chemin de la Méditerranée et de la Mésopotamie, a fait sa fortune commerciale. Il l'installe aussi dans l'histoire longue puisque la ville est attestée au 24e siècle avant J-C, bientôt connue sous le nom de Tadmor. Après un millénaire de silence, la cité réapparaît riche et indépendante avec un développement urbanistique important. Les fouilles allemandes au sud de la ville romaine ont mis au jour la ville héllenistique du temps des Séleucides. Elle devient ville romaine au début du Ier siècle, sans doute avant 19. Quant aux Palmyréniens, ce sont de grands éleveurs de dromadaires nécessaires aux caravanes pour atteindre la Mésopotamie et les rives du Golfe Persique. Ils jouent un rôle majeur dans l'organisation et la maîtrise du commerce.

Annie Sartre nous convie ensuite à une visite savante de la ville romaine construite par les Palmyréniens du 1er jusqu'au milieu du 3e siècle en mettant en exergue l'utilisation et les contraintes du site.



Dans une dernière partie, les conférenciers mettent l'accent sur la profonde originalité de Palmyre qui n'est pas une cité romaine comme tant d'autres. Ainsi le panthéon palmyrénien comprend une soixantaine de divinités, reflet du cosmopolitisme de la cité. Les unes viennent de Mésopotamie comme Bol devenu Bêl et Bêlshamin D'autres viennent du monde arabe comme Allath confondue avec Athena ou de la Grèce (Heraklès). Elles sont revêtues des habits militaires des Romains, signe de la force qui protège. Les tours funéraires pour les familles illustres s'apparentent à des temples et les hypogées peintes, pour les classes moyennes, à des maisons. De même si l'extérieur des temples est conforme au modèle romain, l'intérieur s'en écarte pour des rites particuliers. Les femmes, aux riches costumes, couvertes de bijoux, se voilent la tête tandis que les hommes sont en toge dans la vie publique et dans la tenue du désert dans le privé. 



Après l'aventure de Zénobie, Palmyre continue sans incendie ni destructions violentes. C'est toujours un point d'appui stratégique pour Rome, utilisé comme camp militaire par Dioclétien. Plusieurs églises y existent avant la prise de la cité en 634 par les Arabes. La population se réduit peu à peu jusqu'à la redécouverte par les voyageurs au XVIIe.



Annie et Maurice Sartre terminent leur conférence en évoquant les destructions, les pillages, les fouilles sauvages, les ventes clandestines et l'assassinat du directeur du site, devant une dernière photo montrant la dévastation d'un des joyaux de l'Humanité.

Cliquer sur les photos pour les agrandir.

mercredi 20 janvier 2016

"Guillaume-Budé-Orléans" se souvient de Michel Tournier

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Michel Tournier est mort le 18 janvier 2016. Nous l’avions reçu le mercredi 16 mars 1994 et un public nombreux était venu l’écouter et dialoguer avec lui.

Ce jour-là, il avait commencé par nous expliquer comment, dans la solitude de son presbytère de Choisel, tel un artisan dans son atelier, il façonnait ses textes avec lenteur et patience. Puis il avait surtout parlé des contes, affirmant que le conte était pour lui un genre littéraire majeur. Il alla même jusqu'à provoquer son public en affirmant avec force qu'il tenait Le Chat botté ou Peau d'âne pour  d'immense chefs-d'œuvre, à l'égal des œuvres de Racine ou de Shakespeare !

Pour vous convaincre, il avait rappelé que l'origine du conte se perdait dans la nuit des temps et que le genre était toujours vivant : paraboles des Évangiles, histoires des Mille et une Nuits, contes de fées du XVIIe siècle, contes de l'hassidisme polonais du XVIIIe, contes fantastiques du XIXe, œuvres de science-fiction modernes comme Le Cerveau du nabab de Curt Siodmak… Puis il nous avait dit pourquoi il mettait  le conte au-dessus de la fable et de la nouvelle : alors que la fable introduit une morale totalement transparente, alors que la nouvelle reste opaque pour son lecteur parce qu'elle n'introduit en fait aucune idée, le conte, lui, est seulement translucide, dans la mesure où celui qui l'écoute sent bien que son épaisseur glauque dissimule un sens qu'il doit établir lui-même.

Et Michel Tournier de montrer, à partir de l'exemple de Barbe-Bleue, que ces histoires absurdes, irrationnelles, font appel à des réminiscences enfouies dans l'inconscient collectif, que les grands mythes s'y retrouvent en quelque sorte miniaturisés. "Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?" – le plus beau cri de toute la littérature –  a la même force que le sanglot d'Emma Bovary dans sa maison de Tostes, que l'attente de Dieu dans Godot, que le cri de Jésus sur la Croix…

Pour terminer, Michel Tournier nous avait proposé l'exemple de deux de ses propres contes : La légende de la peinture et Amandine ou les deux jardins. Il avait montré que, dans les deux cas, le récit possède des richesses sous-jacentes et a donc pour vertu de solliciter de multiples interprétations. Le premier conte – l'histoire d'un peintre chinois en rivalité avec un peintre grec –  suggère qu'une œuvre dans laquelle celui qui la contemple peut se voir est supérieure à la même oeuvre d'où l'homme est absent; mais on peut lui trouver bien d'autres sens… Dans le second conte – l'histoire d'une petite fille qui découvre, derrière le mur de son jardin bien propre et bien peigné, un autre jardin négligé et en friches – les lecteurs ont pu percevoir une foule de significations diverses : crise de la puberté, libération de la femme, passage du socialisme au capitalisme, passage de la physique à la métaphysique, etc. 

Et Michel Tournier d'affirmer que la supériorité du conte sur les autres genres littéraires s'explique par le fait que, dans les contes,  "la parole est moitié à celuy qui parle, moitié à celuy qui l'escoute" (la formule est de Montaigne, III,13). Car, d'une manière générale, la valeur d'une œuvre consiste à rendre créateur celui qui la reçoit.

Michel Tournier n'est plus, mais nous nous souvenons encore de la belle leçon qu'il nous avait donnée ce jour-là, il y a plus de vingt ans…
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samedi 16 janvier 2016

Familles composées, décomposées, recomposées

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Ce jeudi 10 décembre 2015, pour la première fois de sa longue histoire (61e année d’existence), notre association accueille un sociologue, Christian de Montlibert, professeur émérite à l’Université de Strasbourg II, venu nous parler du sujet suivant :

FAMILLES COMPOSÉES, DÉCOMPOSÉES, RECOMPOSÉES

D’emblée notre conférencier souligne les liens entre l’Antiquité et la sociologie en rappelant que l’historien Fustel de Coulanges — auteur de La Cité antique — fut le professeur d’Émile Durkheim, le fondateur de la sociologie. Puis, il constate que « traiter de la famille est difficile » car « la famille ça parle, même quand elle se tait, on lui parle et on en parle », tout le monde a un avis sur la question. Tout ce qui touche à la famille résonne fortement dans la vie des Français. « Comment rendre compte de cette institution qu’est la famille ? »

La famille, loin d’être naturelle, est tout aussi arbitraire que n’importe quel autre fait social. L’ethnologie a depuis longtemps montré que la famille n’est en rien universelle. Notre conférencier s’appuie sur deux exemples, l’un choisi dans l’archipel des Marquises (société polyandrique) et l’autre, chez les Wolofs du Sénégal (société de castes et d’ordres) qui, comme beaucoup d’autres, montrent les variations considérables dans l’organisation de la famille ou de la parenté. Pour Levy-Strauss : « rien ne serait plus faux que de réduire la famille à son fondement naturel (…) une famille ne saurait exister s’il n’y avait d’abord une société ». Pour les sociologues « un fait social ne saurait s’expliquer que par le social ». Que la famille ne soit pas naturelle n’empêche pas qu’elle est une réalité. 

L’origine de la formation de la famille pour l’Europe occidentale se trouve dans l’Église chrétienne et l’État. 
Grégoire Ier le Grand, père de l’Église, rédige, en 596, un texte sur l’organisation de la famille, sur la sexualité conjugale, extra-conjugale et sur la parentalité. Il sera la base de toutes les organisations ultérieures de l’Église catholique. Il conduit à une domination masculine et une division masculin/féminine avec une répartition : le monde extérieur aux hommes et le monde intérieur aux femmes. Des sacrements assurent l’autorité sur la famille : baptême, première communion, mariage, extrême onction. Le goût de s'immiscer dans l’intimité des familles perdure toujours au début du XXIe siècle. Cette structure a permis à l’église de bénéficier des héritages en contrariant la possibilité de garder les biens dans la parenté (interdiction du mariage entre proches, obstacles à l’adoption, interdiction de la polygynie, indissolubilité du mariage qui est un sacrement, etc.). L’église devient au Moyen-Âge le plus grand propriétaire foncier d’Europe. Aujourd’hui, les statistiques montrent bien que la conception traditionnelle, familialiste, conservatrice de la famille se situe du côté de la pratique religieuse la plus intense.

L’État a aussi façonné la famille, à titre juridique, symbolique et politique. 
L’arrêté de Villers-Cotterêts (août 1539) oblige les curés à noter les naissances et les noms des parents en langue française, l’arrêt de Blois (1579) le complète en ajoutant les mariages et les décès. L’état civil (actuel) est créé en 1792. Ces textes permettent de créer un nom de famille, l’identité de la famille est instituée, d’où la succession et ses droits. Le Code civil de 1804 transforme la famille en objet d’état (droit exclusif de la puissance publique sur le mariage) toujours en cours aujourd’hui. Le mariage n’est plus un sacrement, mais un contrat civil révocable, le divorce est rendu possible par la loi de 1792, supprimé en 1816, rétabli en 1884 ; enfin en 1975, passage du divorce pour faute, au divorce par consentement mutuel. Avec les difficultés démographiques de la guerre de 14, l’adoption est enfin institutionnalisée en 1923.  Depuis 1975, l’action de l’état change : divorce simplifié, union libre institutionnalisée en Pacs (1999), les enfants illégitimes peuvent hériter, les droits des femmes sont largement élargis, le mariage homosexuel est reconnu (et soumis à l’état). Tous ces changements correspondent à une transformation des manières de vivre…

Étudions trois groupes sociaux : les Grands, qui ont longtemps résisté aux propositions de l’église, fonctionnaient en clans (cf. Katia BÉGUIN, Les princes de Condé, Éd. Champ Vallon, 1999). La bourgeoisie change les mœurs : peu à peu, la polygynie régresse et la tendresse se développe. L’héritage est la question centrale. C’est ce modèle de famille qui se voit institutionnalisée par le Code civil napoléonien. La bourgeoisie va se regrouper dans des quartiers réservés pour s’isoler des classes laborieuses, dont les mœurs sont très éloignées des siennes. Ces classes sont dangereuses politiquement (révolutions), physiquement (le choléra entraîne l’hygiénisme et les grands travaux de Haussmann) et moralement, d’où le développement du contrôle social (mariage, famille, soucis de l’épargne) qui aboutira au développement de l’État social à la fin du XIXe siècle. Le mariage, rare à ce moment-là, se développe pour atteindre la quasi-totalité des femmes en 1950. Moment où l’âge du mariage s’abaisse à 22 ans : c’est âge d’or du mariage. Dès les années 65, la fécondité baisse, le recul du nombre de mariages aussi, parallèlement à l’augmentation des divorces, de la fécondité hors mariage et des familles monoparentales. Le pacs, très minoritaire, ne change pas la tendance générale. Aujourd’hui : 75% des enfants vivent en familles traditionnelles, 9% en familles recomposées et 14,5% en familles monoparentales.



Comment expliquer ces changements ? 
Par la réduction massive des populations rurales et paysannes. Celles-ci ne divorcent pas puisqu’elles reposent sur la participation de l’épouse au travail et que le patrimoine est partagé. Lorsque le monde rural rétrécit, la famille traditionnelle disparaît. Ces transformations structurelles s’accompagnent d’un déclin des pratiques religieuses d’où une diminution de l’adhésion aux valeurs familialistes. 
L’accroissement de la durée de scolarisation des filles des milieux sociaux dominants va leur permettre d’entrer dans le monde du travail. Les luttes féministes s’intensifient. Des mesures favorables aux femmes sont institutionnalisées par l’État. Ces changements modifieront la reproduction féminine qui devient plus tardive ; l’ordre familial est aussi bouleversé par l’extension du travail féminin.
Les services publics ont sécurisé la vie des familles populaires. Mais quand l’État social régresse, comme c’est le cas depuis une trentaine d’années, les bases de la famille populaire sont minées.

Si les investissements, sur et dans la famille, sont si intenses, c’est qu’elle est le lieu où se jouent les deux opérations les plus importantes de toute société : la reproduction des divisions sociales et la division sexuelle du travail. La famille s’organise par rapport à ses capitaux économique, culturel et symbolique. Le capital culturel est devenu le déterminant des trajectoires professionnelles et sociales. Le capital symbolique (mélange d’honneur, de prestige, de respect…) est de l’ordre de la dignité à maintenir. Les familles vont établir des stratégies, dont la stratégie matrimoniale fait partie. Cette reproduction sociale semble exiger l’homogamie sociale, les familles s’y soumettent, en particulier grâce aux trajectoires scolaires. 

En somme, la participation des familles à la reproduction sociale contribue à la répartition inégale des espèces de capital. Pour que cette reproduction fonctionne, il faut que les héritiers acceptent l’héritage. C’est là qu’intervient la notion d’habitus, chère à Pierre Bourdieu. Pour l’imager, notre conférencier donne l’exemple de Joseph Aletti (le père des palaces français, né de parents domestiques de haut rang). 

Cette reproduction sociale ne fonctionne que dans le cadre de la division sexuelle du travail. La famille est le lieu où se développent la masculinisation des petits garçons et la féminisation des petites filles, ce qui contribue à la domination masculine. Les femmes sont soumises à des conditions de travail plus contraignantes que les hommes, souvent les emplois les moins qualifiés. Les femmes des classes supérieures occupent rarement des fonctions de direction, sauf dans la culture, la mode et la communication. Ces habitus sexués sont sans cesse réactivés. Malgré toutes les mesures tendant à l’égalité, les clivages perdurent.


Dans ces conditions, on comprend l’importance donnée à la famille puisqu’elle contribue, même sans le vouloir, à la reproduction de la division en classes sociales et à la reproduction de la domination masculine.


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dimanche 6 décembre 2015

Le mythe de Tristan - Relecture et discussion

Le mardi 17 novembre, dans le cadre de nos conférences habituelles au Musée des Beaux-arts, et en prélude à la représentation au C.D.N. du Tristan d’Eric Vigner, nous avons accueilli Frédéric BOYER qui a proposé une Relecture du mythe de Tristan.

Frédéric BOYER
n’est pas un inconnu pour la majorité des budistes, aussi bien les fidèles qui sont à l’écoute de France-Culture où récemment Denis Podalydès a lu : Quelle terreur en nous ne veut pas finir, que ceux qui suivent l’activité littéraire et religieuse.

Frédéric Boyer est en effet à l’initiative de la nouvelle traduction de la Bible parue aux éditions Bayard, ainsi que d’une nouvelle traduction des Confessions de Saint-Augustin, sans parler de son œuvre romanesque propre commencée dès 1991 et qui a connu la notoriété avec Des choses idiotes et douces.

Notre vice-président le plus ancien, Jean NIVET, en présentant le conférencier a rappelé ses nombreux travaux dans des domaines variés, comme par exemple Rappeler Roland, œuvre qui traduit en toute liberté, en même temps qu’elle éclaire d’un jour nouveau la chanson de geste fondatrice de notre littérature. C’est une démarche semblable qui a conduit Frédéric Boyer à relire — avec un regard contemporain — cette légende issue de la tradition orale du monde celtique entrée dans notre patrimoine littéraire au XIIe siècle avec deux versions, celle du Normand Béroul et celle de Thomas d’Angleterre, réunies et retranscrites en  français moderne au début du XX° par Joseph Bédier.

Au lieu de se livrer à l’exercice un peu formel de la conférence traditionnelle, Frédéric BOYER a préféré ouvrir devant nous ce qu’il a appelé son « chantier poétique ». Et de nous donner de larges extraits de sa propre traduction, où le public a pu apprécier à la fois son talent de « diseur » — j’allais dire : trouvère — et celui de «  transcripteur », cherchant à préserver la musique et surtout le  rythme des décasyllabes, tout en gardant une certaine concision (un commentateur parlera d’ « austérité elliptique » ! ) L’exercice de traduction pour lui n’est pas une simple translation, mais plutôt une réappropriation, une véritable ré-écriture, dans le but , selon ses propres termes, de « réaliser un vieux rêve médiéval : une sorte d’entrelangue, entre les écrits d’autrefois et ceux d’aujourd’hui. »



Ce travail de ré-écriture, qui va influer sur l’esprit du traducteur peut faire penser à la théorie de Du Bellay dans sa Défense et Illustration de la langue française où il définit « l’innutrition »: ce travail doit être fidèle à la lettre , mis aussi à l’esprit de l’épopée initiale, et d’abord à tout ce qu’elle contient de violence et de dureté. L’aventure de Tristan et Yseult a sans doute une dimension politique, du fait qu’elle perturbe l’ordre établi, mais aussi elle montre les dangers de la passion en même temps qu’elle décrit la folie des amants exerçant une réelle fascination, fascination que renforce la présence constante d’un univers poétique que le style du traducteur a su rendre sensible.

Notre amour notre désir
Jamais personne n’a pu nous en séparer.
Angoisse peine et douleur
n’ont pu briser notre amour.
On a pu séparer nos corps
mais l’amour on n’a pu
nous en séparer. »

Pour conclure, je me contenterai de citer de mémoire notre vice-Président : « Frédéric Boyer a sans aucun doute fait pâlir les nombreux travaux universitaires à propos de Tristan. Et en échange, il nous a proposé une autre lecture, une lecture qui fait revivre le texte, tout en lui laissant le charme du vieux poème celtique…»


mardi 17 novembre 2015

La ville du futur à l’aune du réchauffement climatique – Vers une vision humaniste des projets.


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L'association Guillaume Budé Orléans s'est jointe à l'agence d'urbanisme de l'agglomération orléanaise pour proposer une table ronde avec :
  • Vincent Viguié, physicien spécialiste du climat
  • Anne Pons, architecte urbaniste
  • Patrick Lagadec, spécialiste des gestions de crise
Elle aura lieu lundi 23 Novembre 2015 à 19h15, à la salle Canopé (ex-CRDP), 55 rue Notre Dame de Recouvrance à Orléans

Le réchauffement climatique que, personne ne conteste aujourd’hui, a et aura des répercussions plus ou moins importantes et engendrera des phénomènes plus ou moins visibles selon notre implantation géographique. Les climatologues nous alertent. Nos politiques prennent la mesure des conséquences d’une hypothèse d’une population atteignant 10 milliards d’habitants en 2050 (contre 7.3 milliards en 2015) et les scientifiques prônent à l’échelle de la France de diviser par 4 l’émission des gaz à effets de serre afin de limiter les dégâts.

Depuis 50 ans la ville traditionnelle s’est enveloppée d’une ville diffuse exigeante du point de vue des moyens de locomotion entre habitat et emploi, consommant le sol comme denrée de première nécessité. Les urbanistes ont traduit les injonctions des climatologues en propositions concrètes dans les documents de planification, sous forme de mesures limitant l’étalement urbain, favorisant les transports collectifs ou le covoiturage, l’insertion de la nature en ville limitant les îlots de chaleur. Mais ces mesures, plus ou suivies d’effets, suffiront-elles au vu des disparités comportementales à l’échelle mondiale ?

Nos responsabilités collective et individuelle sont engagées mais avons-nous réellement conscience de ce qui nous attend à l’horizon 2050 en terme de répercussion sur nos modes de vie ? Sommes-nous capables d’appréhender les conséquences des effets du climat et les implications que va nous demander cette transition ? Comment allons-nous gérer dans nos vies le changement ?



La table ronde réunira trois points de vue :

Celui du climatologue représenté par Vincent Viguier, physicien formé à l’Ecole normale supérieure de Lyon. Il expliquera les effets du climat dans notre région actuellement tempéré et les changements à venir.

Celui de l’urbaniste représenté par Anne Pons, architecte-urbaniste à Strasbourg, qui parlera de l’analyse des enjeux et des difficultés à positionner le curseur entre intérêt général, propriété individuelle et écologie des modes de vie.

Celui du philosophe, Patrick Lagadec, directeur de recherche honoraire à l’Ecole polytechnique, spécialiste des gestions de crises et qui appréhende les notions de conscience, d’éducation, d’engagement, de responsabilité et d’acceptation de la crise qui nous transformera très profondément dans nos modes de vie mais surtout dans nos modes de pensée.

mercredi 4 novembre 2015

L'histoire de la magie, une nouvelle discipline ?

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Budé reçoit Leslie Villiaume, une jeune doctorante (Paris-1) originaire de Meung-sur-Loire et ancienne élève du lycée Pothier. Elle prépare une thèse sur un sujet neuf et original « La prestidigitation en Europe au XIXe siècle ». Prestidigitatrice elle-même (tours de cartes), elle ne s'intéresse qu'à la magie blanche et propose de répondre à la question : « L'histoire de la magie, une nouvelle discipline ? ».


Elle précise d'abord qu'il existe un « patrimoine magique » auquel l'UNESCO donne ses lettres de noblesse en encourageant à sa conservation, à sa protection et à sa transmission exactement comme pour l'histoire de la photo ou du cinéma. Un lieu comme la Maison de la Magie à Blois répond tout à fait à cette mission. D'autre part, une « communauté magique » s'est constituée au XVIe à partir du « Prévost » (1584) premier ouvrage traitant de magie et mettant fin à une transmission qui était auparavant uniquement orale. Et depuis 1903, des Journées de Rencontre ont lieu tous les trois ans, réunissant le gratin de la profession tandis qu'une Revue de la prestidigitation assure la liaison entre les membres.

Tout en soulignant que le secret qui entoure les prestations en rend l'histoire difficile, la conférencière insiste sur l'abondance des sources. Photos de la Maison de Blois à l'appui, elle détaille : les Mémoires comme ceux de Robert Houdin (1868), les affiches de spectacles, les appareils truqués comme l'horloge du même Houdin, des automates et divers objets. Il existe peu d'autres lieux identiques et il y a eu très peu d'expositions (une cependant sur Méliès). Si la BNF ne possède que peu de livres spécialisés, par contre, les collections privées sont riches d'ouvrages allant de la Renaissance à nos jours et un Américain possède 10 000 documents dont la moitié en français. Tout cela permet une étude des magiciens eux-mêmes, de leurs tours, de leurs spectacles, de leurs déplacements et de l'évolution de leur art. Des enquêtes peuvent être menées mais seulement sous serment de secret (en dehors des trucs du XIX° siècle qui peuvent être dévoilés quand c'est possible).




Pour montrer l'intérêt de ce nouveau champ d'étude, la conférencière souligne que les liens entre Science et Magie sont étroits dès le XVIIe. Ainsi Robert Houdin pratique une physique amusante et correspond avec la communauté scientifique de son époque. Le symbole de ces contacts est l'automate. Certains magiciens (Robin) conçoivent leurs tours comme une vulgarisation des sciences et donc comme un enseignement. Mais d'autres comme Mesmer (1734-1815) manifestent la volonté de faire croire à des pouvoirs surnaturels ou tel Davenport (1865) se présentent comme médium pour le spiritisme ou la lecture dans la pensée. D'où le risque de charlatanisme pour tromper et soumettre le spectateur et non plus le divertir.

En conclusion, L. Villiaume insiste sur les difficultés d'accès à certaines sources car la transmission s'effectue entre initiés. Mais, exerçant elle-même, cela lui facilite les contacts, les enquêtes et tout ce qui est travail de terrain. Car pour mener à bien sa thèse, il est nécessaire d'avoir « l'esprit magique ». Au total, l'histoire de la magie, si elle n'est pas une nouvelle discipline, terme trop fort à mon sens, représente au moins un nouveau champ d'investigation prometteur.



Ensuite, la jeune conférencière répond avec vivacité et clarté aux questions qui lui sont posées comme la magie chez Harry Potter (une « magie de pouvoir ») ou les liens qui peuvent apparaître avec le théâtre ou le cinéma qu'elle pratique aussi elle-même (documentaires sur le Bénin et sur Le Caire). Ce dernier parallèle lui permet d'achever sa prestation en mettant en exergue que dans ces formes d'art, de même qu'avec la magie, on fabrique du faux pour traduire le vrai et pour produire une émotion. Applaudissements chaleureux. 

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lundi 2 novembre 2015

Entretien avec l’écrivain Yannick HAENEL

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C’est à notre Vice-Président Jean NIVET que revenait l’honneur d’ouvrir la séance de rentrée – la 62e depuis la fondation en 1954 — ainsi que de présenter au public le nouveau Président de la Section locale de l’Association Guillaume-Budé, élu à l’unanimité par le Bureau : Bertrand HAUCHECORNE.


Jean Nivet a rappelé à cette occasion le rôle qu’avait joué dans la vie culturelle orléanaise son père, François Hauchecorne, Conservateur de la Bibliothèque d’Orléans disparu en 1981, avec qui il avait eu le privilège et le plaisir de travailler dans le cadre de la Société Archéologique. Très ému, Bertrand Hauchecorne a exprimé d’abord une légitime appréhension (car « succéder à un Président tel qu’Alain Malissard est une lourde tâche »), mais en même temps une certaine confiance, se sachant secondé par une équipe active et soudée, fidèle à l’esprit budiste, nourrie de la sagesse antique tout en étant ouverte à la culture vivante et novatrice.



Selon la tradition, Jean Nivet a, en premier lieu, résumé les activités de la saison écoulée: sept conférences (dont les deux dernières : « Victor Hugo sénateur » par Jean-Pierre Sueur et « Innovation et Humanisme » par Anne Lauvergeon ont connu une belle affluence), une Table Ronde sur la guerre animée par Lucien Giraudo, professeur au Lycée Pothier, intitulée : « Penser la guerre, écrire la guerre », réunissant Florence Aubenas, Eric Germain, Georges Malbrunot et Eric Pernot, une séance de lectures, en hommage à Alain Malissard : « Scandales à Rome : Cicéron monte à la tribune », mise en scène par l’acteur Xavier Gallais.

En somme une riche année, clôturée par un Voyage du 2 au 4 juin : « En Lorraine avec les écrivains en guerre » (Louis Pergaud, Jules Romains, Maurice Genevoix, Alain-Fournier, Maurice Barrès), voyage qui a mené les participants du moulin de Valmy à la colline de Sion-Vaudémont avec une longue et fructueuse halte à Nancy.

Notre vice-président a ensuite évoqué à grands traits le programme de la saison future :
  • 15 octobre : Histoire de la magie: une nouvelle discipline ? par Leslie Vuillaume, doctorante à l’Université de Paris I ;
  • 17 novembre : Autour du mythe de Tristan et Iseut, par Frédéric Boyer, écrivain ;
  • 10 décembre : Familles composées, décomposées et recomposées, par Christian de Montlibert, sociologue, professeur émérite à Strasbourg II ;
  • 14 janvier 2016 : Un historien gaulois, Trogue Pompée, une vision singulière de l’Histoire, par Bernard Mineo, professeur à l’Université de Nantes ;
  • 4 février : Quelques femmes dans la vie de Giuseppe Verdi, par Yveline Couf, professeur, membre de la Soc. des Amis de Verdi ;
  • 24 mars : Danse et musique dans le théâtre au début de l’Empire romain, par Florence Dupont, prof. émérite à Paris VII ;
  • 19 avril : Y a-t-il une tradition républicaine ? par Mona Ozouf, historienne, directrice de recherche au CNRS ;
  • en mai/juin : Excursion littéraire « une journée en Indre-et-Loire ». Descartes et ses trois René (Descartes, Boylesve, Buxeuil). Richelieu (modèle d’urbanisme du XVIIe siècle), le château de Touffou, demeure de Jean Chasteigner, compagnon d’armes de François Ier.


La parole a été alors confiée à Nicole Laval-Turpin qui avait la tâche de présenter notre invité : Yannick Haenel, un écrivain de 48 ans, à l’allure d’éternel jeune homme. Retraçant les grandes lignes de l’œuvre déjà abondante d’un auteur qui suscite la curiosité, voire la discussion, elle a cité son premier livre, en grande partie autobiographique Les Petits Soldats (1996), puis évoqué la polémique autour de Jan Karski (2009) – dont le CDN avait monté avec succès une adaptation du roman qui, par ailleurs, avait essuyé les feux d’une sévère critique de la part de Claude Lanzmann (à qui elle a répondu vertement en défendant le droit à la fiction comme une nécessité) avant d’aborder le vif du suite : un entretien autour de son dernier ouvrage : « Je cherche l’Italie », un entretien mené par Catherine Malissard, très attentive et soucieuse de poser les bonnes questions. 





La plus délicate portait sur la raison invoquée par Yannnick Haenel de sa décision, prise il y a quatre ans, de s’installer à Florence avec femme et enfant pour « faire le point ».

Lectures à l’appui, Il l’explique d’abord par « un besoin de faire une pause dans une existence qui va trop vite », par le désir de trouver dans l’Italie « un hâvre qui l’accueille », et aussi de réaliser un rêve de jeunesse : avoir tout son temps pour jouir des œuvres d’art. Ce rêve va perdurer : pendant quatre années, il se veut disponible à l’écoute de la vraie mémoire qui est celle de l’art. « Faire le point » permet de réunir tous les siècles en un même temps et surtout de s’opposer à l’inessentiel – et en 2011 l’inessentiel se confondait avec la politique, cette politique qui s’incarnait alors en Italie dans le sourire arrogant de Berlusconi affiché ostensiblement dans tous les médias, un sourire « qui éclaboussait Florence », et, en réalité masquait le drame humain symbolisé par la rencontre avec un immigré sénégalais vendeur à la sauvette devant le palais des Médicis.




Comment réagir face à ce mélange de beauté, de détresse et de vulgarité ? Yannick Haenel parle de « résistance intime », et de ses outils qui sont la solitude, le silence, la contemplation du beau ; il est à la « quête des éblouissements, des extases, des illuminations ». L’écriture a le pouvoir de créer ce lieu de résistance, ce « territoire qu’on porte en soi » et qui vous rend la liberté – et c’est là une des constantes dans toute l’œuvre de Yannick Haenel.

Dans un long échange, sur le ton de la conversation la plus amicale, Yannick Haenel a évoqué, entre autres, son admiration pour saint François qui a réussi à satisfaire à la fois son désir de solitude et son aspiration à la vie communautaire, et qui est, à ses yeux, le héros d’une aventure de l’esprit et, en même temps, une conscience politique. Et aujourd’hui, cette conscience politique ne peut oublier la tragédie qui se joue au large des côtes italiennes. « Il y a eu trois cents morts à Lampedusa et presque personne n’en a parlé. Cela m’obsède… Depuis, il y a eu un millier de morts en un an. Lampedusa est le nom d’une infamie. Le roman tourne autour de ce mot. 




Je cherche l’Italie dénonce la barbarie de notre monde, mais aussi construit en quelque sorte un barrage contre le mensonge de « la langue de bois » des politiques et de la propagande ». La question que pose mon livre est : y a-t-il de l’indemne, du non-damné ? Il y a l’amour, bien sûr ; il y a aussi l’art, les œuvres les plus vieilles que je passais mon temps à visiter, car elles constituent un moment vivable dans l’invivable… (…) Un point en soi, où la société dans ce qu’elle a de pire n’a pas de prise sur nous.

À la fin de cet échange, les participants ont relancé le débat, notamment à propos du « château de la parole » (l’énigmatique Castel del Monte). Il restait à Yannick Haenel de nous faire revivre son ultime joie : assister, seul au couvent de San Marco, à l’aube naissante, devant l’Annonciation de Fra Angelico, lorsque le rayon lumineux est venu frapper le ventre de la Vierge. C’était le 25 mars, jour de l’Annonciation…
« Ce matin-là, dit-il, j’ai trouvé l’Italie… » 



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