mardi 8 mai 2012

Deux orléanais du XVIe siècle admirateurs de l'Italie, Germain Audebert et son fils Nicolas

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Même s'ils ont donné son nom à une "allée" du quartier gare, les Orléanais ont bien oublié ce GERMAIN AUDEBERT qui fut, au XVIe siècle, un modeste "président en l'Election d'Orléans", mais qui a pu accéder aux plus grands honneurs parce que, ayant séjourné pendant dix ans en Italie, il avait fait passer son amour pour ce pays dans des poèmes en latin célébrant les quatre grandes villes italiennes. Et la qualité littéraire de ces poèmes lui a valu de figurer, au siècle suivant, parmi "les hommes illustres qui ont fleuri dans la profession des lettres".

Quant à son fils NICOLAS AUDEBERT, qui a parcouru l'Italie dans les années 1574-1577, il en a rapporté un Journal de voyage qui vaut bien celui de Montaigne, ainsi qu'une masse d'Observations que le grand géographe du XVIIe siècle Pierre Duval a cru utile de publier à la suite de son propre ouvrage sur l'Italie.

Ces deux Orléanais seront évoqués, dans le cadre des conférences de l'ACORFI, par Jean NIVETprofesseur de Lettres, vice-président de la section orléanaise Guillaume-Budé, mardi prochain 15 mai 2012 à la Maison des associations d'Orléans (18 heures - salle Érasme).
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lundi 23 avril 2012

Espace, couleur et lumière dans la sculpture grecque

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Le jeudi 12 avril, les fidèles budistes ont renoué avec leurs racines profondes en venant écouter la belle conférence de :
Bernard HOLTZMANN,
ancien élève de l’ENS, ancien membre de l’Ecole d’Athènes, professeur d’archéologie à Paris X.



Cette conférence, abondamment illustrée, qui avait pour titre :
ESPACE, COULEUR ET LUMIERE 
DANS LA SCULPTURE GRECQUE
était non seulement destinée à suggérer la richesse d’un art majeur qui a perduré du VIIIe siècle avant notre ère jusqu’au IIIe siècle après J.C. et qui a fécondé durablement l’art européen, mais aussi à montrer que cet art mettait en jeu un rapport à l’espace en proposant des volumes indépendants mis en valeur par la lumière méditerranéenne — et éventuellement par la polychromie.

Les deux premières photographies ont illustré cette permanence de la statuaire issue du monde hellénique : un Apollon archaïque, un bronze de Riace (de -470) faisaient pendant à l’âge d’airain de Rodin, tandis qu’on admirait côte à côte quatre statues équestres : le Cavalier Rampin (une des plus anciennes sculptures de l’Acropole d’Athènes), la statue de Marc-Aurèle de la place du Capitole, celle du Colleone (de Verrocchio, 1496), et celle de Frédéric II (de 1850) à Berlin, Unter den Linden.

M. Holtzmann a abordé ensuite la sculpture sous différents angles: d’abord celui du sacré, comme en témoignent ces nombreuses figures de divinités, depuis le Centaure de Lefcandi (vers -950) jusqu’à l’Aphrodite de Cnide, de Praxitèle (le premier nu féminin, dont Phrynè fut le modèle), ensuite sous les angles du rapport à la société et du rapport au réel : à ce sujet la période hellénistique est riche en œuvres réalistes — comme le tireur d’épines ou la tête dite de la palestre de Délos, véritable portrait d’une facture moderne. Notre conférencier s’est intéressé particulièrement au rapport à l’espace, la sculpture étant un art du volume où le réel va s’exprimer en trois dimensions. Après les bas-reliefs sans épaisseur (comme la 32e métope du Parthénon ou l’Athéna pensive), s’impose la ronde-bosse, par étapes successives. De la première, la plus ancienne, retenons comme emblèmes la Dame d’Auxerre, du VIIe siècle av. J.C., personnage hiératique fait pour être vu de face, ou le Kouros colossal du Cap Sounion, encore tributaire de la statuaire égyptienne. Ce type de statue très répandu va évoluer : au Ve siècle, une certaine raideur fait place au naturel, sensible à un petit détail, comme une inflexion de la jambe gauche — ce qu’on peut voir dans la très belle statue funéraire d’Aristodicos. ou celle de l’éphèbe de Critios. À l’âge d’or du Ve siècle, apparaît, avec la maîtrise de la technique, la statue de bronze, qui permet des mouvements plus amples, quitte à fausser quelque peu la réalité. Témoins le dieu du cap Artemision : Zeus ou Poséidon, prêt à jeter la foudre ou le trident ou le célèbre Discobole de Myron, dont nous possédons seulement la copie.

M. Holtzmann a abordé alors la seconde partie de son propos en insistant sur la lente progression de la statuaire grecque vers la troisième dimension, amorcée dès l’époque classique par Polyclète, dont nous avons admiré les copies du Didumène et de l’Amazone blessée. Le IVe siècle est l’époque des innovations où vont rivaliser les Praxitèle, Scopas, Léocharès, Lysippe et Euphranôr. Deux exemples , parmi tant d’autres : l’Apollon du Belvédère de Léocharès, considéré souvent comme le sommet de l’art grec ; la Ménade dansant de Scopas, qui nous “invite à tourner autour d’elle pour apprécier ses aspects très différents dont aucun n’est privilégié.” Cette maîtrise de la 3e dimension se retrouve à l’époque hellénistique dans la réalisation des groupes, comme celui des Galates Ludovisi, ou du Taureau Farnèse, ou encore du Laocoon, œuvres impressionnantes de virtuosité.

En dernier ressort il a été question de la polychromie, dont le sujet redevient actuel, après avoir alimenté un vif débat au XVIIIe siècle. Pour ne donner qu’un détail significatif, les Korè de l’Acropole ont conservé des traces de peinture sur les motifs de leur vêtement ; ce traitement du marbre, hérité de la céramique primitive, était courant ; les sculptures de Praxitèle avaient droit au pinceau de Nicias, le grand artiste de l’époque ; certaines statues étaient recouvertes de feuilles d’or. Presque toutes étaient faites pour l’extérieur. Dans la Grèce antique, c’est la lumière du soleil qui donne une juste appréciation de l’œuvre d’art. Les architectes du nouveau Musée de l’Acropole d’Athènes (Bernard Tschumi et Michael Photiadis) l’ont bien compris : c’est par cette lumière qui avait séduit Chateaubriand que sont mises en valeur ses richesses — des richesses que notre guide nous a fait mieux apprécier sans jamais lasser notre admiration.
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mardi 10 avril 2012

Rencontre avec Julia Kristeva


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Mardi 10 avril à 18 heures au Bouillon, le Centre culturel de l'université d'Orléans, a lieu une rencontre culturelle avec :
Julia Kristeva
Ce rendez-vous sera animé par Yasmin Hoffmann.

Julia Kristeva, née en Bulgarie, travaille et vit en France depuis 1966. Elle est écrivain, psychanalyste, professeur émérite à l’Université Paris 7 - Diderot et membre titulaire de la Société Psychanalytique de Paris. Docteur Honoris Causa de nombreuses universités aux États-Unis, au Canada et en Europe où elle enseigne régulièrement. Son œuvre est entièrement traduite en anglais, et la plupart de ses livres sont disponibles dans les grandes langues du monde.
Julia Kristeva a participé à la revue d'avant-garde Tel Quel fondée par Philippe Sollers et collaboré dans ce groupe avec Michel Foucault, Roland Barthes, Jacques Derrida, Jean-Louis Baudry, Jean-Pierre Faye, Marcelin Pleynet, Jean Ricardou, Jacqueline Risset, Denis Roche, Umberto Eco, Pierre Rottenberg, Jean Thibaudeau et Philippe Sollers, dont elle deviendra l'épouse.

Julia Kristeva a récemment publié Thérèse mon amour (2008) et Le Regard perce nos ombres (2011). Cet ouvrage reprend la correspondance échangée, pendant plus d'un an, entre Julia Kristeva, qui fait de son vécu de mère un combat politique pour la vie digne dans la cité des hommes et des femmes en situation de handicap, et Jean Vanier, fondateur il y a quarante-six ans de L'Arche, qui héberge des handicapés, sur des questions telles que : pourquoi le handicap fait-il si peur aux gens ? En quoi l'irréductible différence des handicapés moteurs, sensoriels et surtout psychiques et mentaux suscite-t-elle recul, angoisse, parfois épouvante ? Comment parvenir à changer le regard de la société sur ces êtres que notre culture de la performance, de l'excellence et de la compétition rendent les plus « étrangers » des êtres humains ? Ce livre permet aussi d'aborder d'autres questions, plus générales : pourquoi voulons-nous être parents ? Qu'est-ce qu'être mère ? A quoi sert la religion ? Jusqu'où ira la science ? Que peut la famille ? Et l'Etat ?
(texte repris sur le site du Bouillon)

Yasmin Hoffmann enseigne à l'université d'Orléans. Elle est traductrice, entre autres, d'Elfriede Jelinec (lauréate du prix Nobel de littérature en 2004) et d'Alfred Döblin. Elle s'est déjà produite deux fois dans le cadre de notre association : 

Cette rencontre est gratuite et réalisée en partenariat avec la Maison des Écrivains et de la Littérature.

Pour aller plus loin :
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mardi 3 avril 2012

Albert Camus : la Terre et les Hommes

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Vendredi 13 avril 2012 à partir de 20 h 30 à la salle Erasme, de la Maison des  Associations, rue sainte Catherine, Orléans

« Albert Camus : la Terre et les Hommes »

Conférence de Guy BASSET

qui a récemment participé au Dictionnaire Albert Camus (Jean Yves Guérin éd.) et au dictionnaire l'Algérie et la France, (Jeannine Verdès-Leroux éd.) parus dans la collection Bouquins. Il est Vice-Président de la Société des Amis de Max Jacob, il est secrétaire-adjoint et directeur des publications de la Société des études camusiennes.

Albert Camus :
Né en Algérie, mort quelques mois avant l'Indépendance, Albert Camus n'a cessé de chanter la terre algérienne. Refusant un engagement partisan,  ses prises de position publiques et ses silences ont pu susciter des oppositions et des méfiances à l'égard de l'homme comme de l'œuvre. Cinquante ans après l'indépendance de l'Algérie, la figure d'Albert Camus, continue d'être inséparable de son terreau nourricier algérien et est revendiquée comme telle par une partie de l'intelligentsia algérienne.

Cette conférence est organisée dans le cadre du Salon du Livre Algérien organisé du 12 au 14 avril 2012 à la Maison des Associations d’Orléans à l'occasion du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie par :
  • L’ASLA (Association Solidarité Loiret Algérie),
  • L’APAC  (Association Populaire Art et Culture, fondée en 1958 par Marcel Reggui), 
  • L’association Cultures et Spiritualités
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samedi 31 mars 2012

Orphée et ses métamorphoses

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Le jeudi 15 mars 
Franck COLLIN, 
directeur des Études anciennes à la Faculté des Lettres d’Orléans
avait choisi comme sujet de conférence
ORPHEE ET SES MÉTAMORPHOSES

Les budistes — qui avaient fort apprécié la précédente conférence intitulée “Arcadie, l’invention d’une terre poétique” — ont retrouvé avec grand intérêt un mythe célèbre et abondamment illustré, mais trop souvent réduit, dans notre mémoire, à une scène pathétique. Franck Collin, qui a récemment écrit une Histoire d’Orphée et qui a rédigé la Postface d’un poème dramatique de Jean-Pierre SIMEON (que nous avons reçu à Budé en 2006 en même temps que Jean-Marie BARNAUD) évoquant l’aède antique avec ce beau titre : La Mort n’est que la mort si l’amour lui survit, était tout désigné pour nous parler de la richesse et de la complexité du mythe.

On prête souvent trois visages à Orphée : celui du poète, de l’amoureux et de l’éducateur. Or, dans le monde grec, les trois figures coexistaient, le premier rôle étant celui de l’éducateur tandis que pour les Latins, c’était l’amoureux — alors que les modernes privilégient l’artiste. En réalité, Orphée reste une créature mythique complexe, voire protéiforme — ce qui est le principe même de la métamorphose, c’est-à-dire un passage permanent de la vie à la mort en même temps qu’une interrogation sur la mort.

Dans un premier temps, Franck Collin s’est intéressé aux origines du mythe ; au départ il y a une biographie imaginaire, qui remonte au XII° siècle avant notre ère, dont on a des traces dans Simonide de Céos et dans Apollonios de Rhodes. Plus tard Diodore de Sicile relate ses voyages, sa participation à l’équipée des Argonautes, son séjour en Égypte, où il reçoit un savoir, qu’il va retransmettre sous une forme poétique. C’est là sans doute l’origine de cette doctrine initiatique appelée orphisme — assez proche du pythagorisme — dont les adeptes possèdent un “hiéros logos” (un discours sacré) au sujet de la formation du monde et de la vie dans l’au-delà. Nous en conservons un témoignage précieux : les lamelles d’or orphiques des tombes du Ve siècle avant notre ère, où l’on découvre une géographie du monde souterrain, avec le Tartare, le Styx, les Champs Élysées — lieux symboliques déjà décrits par Homère. L’orphisme se présente aussi comme une doctrine de salut, liée au culte de Dionysos, plus exactement à sa première réincarnation en Zagreus, fils de Perséphone, l’épouse d’Hadès. Ce dieu, d’origine thrace, mis en pièces par les Titans jaloux et ressuscité a mérité ses deux surnoms : Dionysos : “deux fois né” et “né de Zeus”, justification de la double part de l’homme, divine et maudite à la fois. Dans l’orphisme il y a une exigence de pureté ; l’âme doit garder la mémoire de son origine céleste pour la retrouver.

Franck Collin insiste sur ce qu’il appelle “le noyau dur du mythe” : Orphée est d’abord le “passeur” qui conduit les âmes de la Vie à la Mort, qui fait le “voyage entre les deux rives”, selon l’expression de Nerval, celui qui guide dans l’obscurité de l’Erèbe. Mais ce n’est pas son seul rôle: il participe à la maîtrise du Cosmos par la médiation de la poésie ; avec sa lyre dont le chant dompte les éléments et charme les êtres vivants, il rend sensible l’harmonie du monde.

La seconde partie de la conférence a été consacrée à l’histoire du mythe ou plus exactement à ses “métamorphoses”. Au Ve siècle, Orphée a ses détracteurs, comme Platon qui voyait en lui un charlatan, ou Aristophane qui le caricature dans Les Oiseaux. Le discours sacré a perdu de son pouvoir. Par la suite, l’intérêt se portera sur le couple Orphée / Eurydice. Celle-ci n’apparaît que tardivement, d’abord chez le poète hellénistique Moschos, qui a inspiré Virgile. Au quatrième chant des Géorgiques, Orphée aux Enfers perd Eurydice pour la seconde fois et de sa faute ; désespéré, il suscite la colère des Ménades qui le taillent en pièces : la tête jetée dans l’Hèbre continue à appeler Eurydice. Image impressionnante, mais message réconfortant : ce qui survit, c’est le chant du poète. Selon Ovide, fidèle à la tradition latine, Orphée échoue, justement à cause de l’amour et devient un héros élégiaque, tandis qu’au cours du Moyen-Age, il prend une stature de prophète (en premier lieu chez Boèce, où il se confond avec la figure christique du Bon Berger). À la Renaissance, il est à la fois poète et témoin d’une interrogation sur le cosmos ; cette double image se retrouve dans l’opéra, notamment à partir de l’Orfeo de Monteverdi. À l’époque moderne, on assiste à une réécriture littéraire qui insiste sur la fonction magique d’Orphée, alors qu’Eurydice passe au second plan — témoins Les Sonnets à Orphée (1922) de Rilke et les deux films-culte de Jean Cocteau: Orphée (1950) et Le Testament d’Orphée (1960).

Franck Collin a conclu par la dernière métamorphose d’Orphée, évoquée par Jean-Pierre Siméon, dans son poème dramatique en 7 chants (en rapport avec les 7 cordes de la lyre), où il réussit à mêler harmonieusement les diverses interprétations et les différents visages du héros mythique. Il relate tous les épisodes de son histoire, depuis sa formation et ses rapports physiques avec la terre, ses dons de virtuose apollinien dont il doit se déposséder pour entrer dans une “poétique de la nuit”, grâce à l’amour d’Eurydice : 

“Elle aima Orphée pour la nuit dans ses yeux
Elle aima dans ses yeux le chant profond...
        Et j’ai eu peur, mon ami, le bonheur est terrible,
  Il n’a qu’un chemin, il est au bord du vide...”

Le poète suit souvent ce chemin, au risque de sa vie. “Orphée est le premier poète assassiné” Et aujourd’hui lui font écho Lorca, Desnos, Max Jacob, Ossip Mandelstam…
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jeudi 15 mars 2012

Qui fait l'œuvre ?

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La 2ème Journée des Lettres organisée par l'UFR de Lettres, Langues et Science Humaines d'Orléans (mercredi 21 mars - 10 à 17 heures - entrée libre), aura pour thème :

Qui fait l'œuvre ?
avec comme écrivain invité 
Jean-Marie BLAS de ROBLES
qui prononça pour notre association une conférence intitulée : Apollonia de Cyrénaïque et les fouilles sous-marines (2009)

Nous connaissons de nombreux intervenants qui ont déjà participé à nos activités :
[Vous pouvez obtenir plus de renseignements sur cette manifestation 
en cliquant sur les affiches ci-dessus]
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lundi 5 mars 2012

Colette Audry


Le jeudi 16 février Séverine LIATARD, historienne et productrice à France-Culture a présenté :

COLETTE AUDRY, les femmes et la politique
En présentant Séverine LIATARD, le Président Alain MALISSARD a rappelé d’abord qu’elle était venue à Orléans interviewer les membres du Bureau - en compagnie de Charlotte Roux- en vue de l’émission de la “Fabrique de l’Histoire” du 5 octobre 2010 avec pour titre : “Des humanistes modernes à Orléans” (que l’on peut toujours écouter), ensuite qu’elle était l’auteur de : Les femmes politiques en France de 1945à nos jours, ainsi que d‘une thèse sur Colette Audry, grande figure encore méconnue aujourd’hui. Elle était donc la bienvenue dans notre association, qui, sans attendre que soient fixés des quotas, avait invité des personnalités féminines, telles Jacqueline de Romilly ou Élisabeth Badinter et mis à son programme Marguerite Yourcenar, Colette, Camille Claudel, Françoise Sagan et, en remontant le temps… l’orléanaise Thérèse Levasseur, la compagne de Rousseau.
Séverine Liatard, dans un style personnel, direct, sans apprêt, a donné d’emblée les raisons de son choix : oubliant volontairement les personnalités trop connues, elle s’est attachée à cette femme que le grand public n’a remarqué que par son Prix Médicis de 1962 (Derrière la baignoire) et qui représente à ses yeux l’intellectuelle à la conquête de sa liberté au cours du XXe siècle, à la fois comme enseignante, journaliste, scénariste, femme politique, écrivain et féministe dans “un contexte où l’accès des femmes au pouvoir reste problématique”.

Nous avons donc suivi son itinéraire, chaque étape marquant la construction de ses différentes identités. Colette Audry vient d’un milieu de tradition républicaine, laïc et protestant, où l’on est convaincu que la réussite scolaire mène à l’ascension sociale. Après des études secondaires au Lycée Molière, que fréquente aussi sa cadette — qui deviendra la cinéaste Jacqueline Audry — puis en khagne, elle entre à l’ENS de Sèvres, obtient l’agrégation de Lettres Modernes en 1928. Deux ans plus tard elle enseigne au Lycée Jeanne d’Arc de Rouen, où, au contact de ses collègues (elle y rencontre Simone Weil, Simone de Beauvoir, Sartre et Nizan) elle s’engage politiquement, d’abord par la voie du syndicalisme universitaire. Séverine Liatard, abordant cette période d’activité militante, décrit le climat d’effervescence qui règne alors dans les années de l’avant-guerre ainsi que les prises de position de Colette Audry : son adhésion au Comité de vigilance des Intellectuels antifascistes (né au lendemain du 6 février 1934), puis à la Gauche révolutionnaire, tendance de la SFIO menée par Marceau Pivert, enfin son engagement pour une intervention directe en faveur des Républicains espagnols. Elle donne l’exemple en devenant correspondante du POUM (parti ouvrier marxiste dissident). Anti-stalinienne convaincue, elle dénonce l’imposture des Procès de Moscou. Elle s’engagera ensuite dans le combat anticolonialiste. Sous l’occupation, elle sera agent de liaison dans un groupe de résistance affilié aux FTP, mais sans jamais y jouer un rôle de premier plan.

Entre 1945 et 1960, Colette Audry décide de se consacrer davantage à la littérature, mais toujours dans l’idée que celle-ci a une fonction sociale ; c’est ainsi qu’elle participe à l’aventure des Temps Modernes, tout en s’exerçant à l’écriture cinématographique, d’abord avec René Clément (pour La Bataille du Rail), ensuite avec sa sœur Jacqueline, laquelle adaptera à l’écran son succès théâtral (Soledad). Cependant, elle n’abandonnera pas ses préoccupations politiques, dans sa recherche d’un “socialisme de gauche” ; seule au milieu d’un univers masculin, elle s’implique dans des groupes de recherche qui aboutiront à la création du P.S.U. À partir de 1962, elle repart au combat politique, mais cette fois au nom du “Deuxième Sexe” (la lecture du livre de Simone de Beauvoir a été pour elle déterminante). Elle participe activement aux premiers pas du M.D.F — le Mouvement démocratique féminin, un “laboratoire d’idées féministes et socialistes” et en 1971, elle rejoindra le P.S. de François Mitterrand, sans jamais renier ses deux objectifs de lutte : l’égalité des femmes au travail et dans l’accès à la culture.

Après avoir présenté l’ensemble des écrits de Colette Audry — dont La statue (1983), “récit plein de charme d’une éducation sentimentale et d’une conscience qui se construit”, sans oublier sa correspondance des dernières années avec un moine bénédictin d’En Calcat, François Durand-Gasselin, publiée en 1993 sous le titre “Rien au-delà” — Séverine Liatard a porté un regard critique sur le parcours de cette femme tout compte fait inclassable ainsi que sur ses diverses “postures”. La première est l’enseignante, déjà déclassée par rapport à ses collègues masculins, voire infantilisée dans sa formation de Sévrienne, destinée à n’être qu’une “transmetteuse du savoir”. Celle-ci ne s’accomplira que dans l’engagement politique, mais sans participer au pouvoir, se disant “citoyenne par procuration”, puisqu’encore privée du droit de vote. De fait, il y aura toujours chez elle un combat intérieur entre engagement et écriture, un autre entre la militante et l’intellectuelle. Le féminisme l’a aidé à se penser comme intellectuelle ; cela dit, elle s’est toujours rangée parmi les “égalitaristes” par opposition à celles qui croient aux différences inhérentes au sexe ; elle estime qu’il faut changer le rapport hommes/femmes et que, de toute façon le féminisme ne peut se régler seul. Mais Colette Audry a toujours cherché à préserver son indépendance : son “espace d’écriture“ était nécessaire à sa réflexion et à sa liberté.

Belle figure de femme qui demandait à être davantage reconnue et merci à Séverine Liatard qui a su nous la rendre vivante.